Coronavirus : « Le bac 2020 ne sera pas un diplôme au rabais », estime l’historien de l’éducation, Bruno Poucet

INTERVIEW Bruno Poucet, historien de l’éducation et professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Picardie Jules Verne

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Une candidate au bac en 2019.
Une candidate au bac en 2019. — DOMINIQUE FAGET / AFP
  • L’épidémie de coronavirus a conduit le gouvernement à annuler les épreuves du baccalauréat, avec un examen qui reposera cette année uniquement sur le contrôle continu.
  • Ce qui fait redouter à certains lycéens et leurs parents un bac qui n’aura pas la même valeur que les autres.
  • Mais selon Bruno Poucet, historien de l’éducation et professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Picardie Jules Verne, ce ne sera pas le cas.

Une première pour une « situation exceptionnelle » : le baccalauréat sera évalué cette année en contrôle continu en raison de l’épidémie de coronavirus, alors que nul ne sait quand une reprise des cours aura lieu. C’est la décision qu’a annoncé ce vendredi, Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education.

Ce qui laisse craindre à certains lycéens à leurs familles un bac​ dévalué. 20 Minutes a interrogé Bruno Poucet, historien de l’éducation et professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Picardie Jules Verne, pour évaluer ce risque.

A quels autres moments dans l’histoire de notre pays, le baccalauréat a-t-il été remanié en urgence, comme c’est le cas cette année ?

Ce fut le cas en mai 1940, où les épreuves avaient été réorganisées en raison de la guerre. Mais à l’époque, le nombre de candidats était réduit, cela avait été donc plus facile de le faire. En 1968, les épreuves écrites ont été annulées et remplacées par des oraux. Mais là encore, le nombre de candidats concernés était plus restreint. La situation d’aujourd’hui est inédite puisqu’elle concerne plus de 700.000 candidats et qu’il est impossible de savoir quand ils seront en mesure de se déplacer.

Peut-on s’attendre à taux de réussite en hausse pour cette session ?

Ce qui est sûr c’est que le taux de réussite ne sera pas plus bas. Il sera égal ou supérieur à celui de 2019. Il y a fort à parier que les jurys seront bienveillants.

Le bac 2020 aura-t-il moins de valeur que celui obtenu les années précédents ?

Dans l’imaginaire populaire, le bac de 1968 a été « offert » aux candidats, car le taux de réussite à l’examen est passé de 60 % pour l’année précédente à 80 %. Mais une étude sur la cohorte des diplômés de 1968 montre que les lauréats n’ont eu aucun mal à se faire embaucher ensuite et ont exercé pour beaucoup des fonctions de cadres. Donc le bac 1968 n’avait pas été dévalué.

Le bac 2020 ne sera pas non plus un bac au rabais, car le contrôle continu prend en compte les efforts fournis toute l’année. Et les lauréats 2020 ne seront pas pénalisés. Tout d’abord parce qu’il n’est plus un examen sélectif depuis longtemps. Et que l’admission dans l’enseignement supérieur dépend de des notes de 1re et de celles obtenues lors des deux premiers trimestres de Terminale.

Les candidats des lycées élitistes sont-ils assurés de voir leurs notes revues à la hausse ou doivent-ils s’inquiéter ?

Comme leur livret scolaire avec les appréciations des enseignants sera scruté, ces élèves ne seront pas pénalisés. Les membres des jurys seront responsables et prendront en compte le lycée d’origine du candidat. Et cette situation révélera les façons de corriger trop sévères et poussera je l’espère, certains enseignants à réfléchir à leurs pratiques en la matière.

Mais les semaines voire les mois de cours que les lycéens de Terminale n’ont pas eu ne risquent-ils pas de les handicaper ?

Soit, les connaissances acquises à partir du mois de mars ne seront pas tout à fait les mêmes que s’ils avaient suivi des cours. Mais la plupart des enseignants de lycées ont fourni un travail énorme pour assurer la continuité pédagogique pendant le confinement. Et cette période de classe à la maison est comme un miroir grossissant des dysfonctionnements qui existaient déjà avant. Les lycées qui auront peu travaillé pendant cette période étaient déjà ceux qui ne suivaient pas bien leurs cours auparavant. Et l’on peut penser que lorsque le déconfinement aura lieu, beaucoup d’élèves seront motivés lorsqu’ils regagneront leurs établissements. Car ils auront pu mesurer l’investissement de leurs professeurs et à quel point leur rôle est important.