Coronavirus : Manque de matériel, absence de reconnaissance… La colère de sapeurs-pompiers en première ligne face au virus

COVID-19 Alors que le matériel de protection se fait rare, les pompiers ne décolèrent pas contre le gouvernement qui, estiment plusieurs syndicats, manque de reconnaissance envers la profession

Thibaut Chevillard

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Des pompiers à Chessy, en Seine-et-Marne
Des pompiers à Chessy, en Seine-et-Marne — LEWIS JOLY/JDD/SIPA
  • Le Covid-19 représente aujourd’hui une part de plus en plus importante de l’activité des sapeurs-pompiers.
  • Mais ces derniers déplorent, dans plusieurs départements, un manque criant de matériel pour se protéger.
  • En première ligne, ils estiment que le gouvernement manque de reconnaissance à l'égard de leur profession.

La colère gronde dans les casernes. « Les pompiers sont furieux. L’heure n’est pas à polémiquer ou à faire grève. Mais après cet épisode-là, on aura des choses à régler avec le gouvernement, on ne va pas se laisser humilier de façon continuelle. Ça fait trop longtemps que ça dure », s’emporte Rémy Chabbouh, secrétaire national du syndicat Sud-Sdis (Services départementaux d’incendie et de secours). Alors que la France est touchée par le Coronavirus, les sapeurs-pompiers, de plus en plus sollicités sur le front de la lutte contre l’épidémie, « ne sont jamais cités dans les discours » du président de la République ou du Premier ministre, regrette-t-il.

Depuis le début du confinement, l’activité des pompiers a été profondément modifiée. En Haute-Savoie, elle a diminué de 40 %. « Les activités humaines ont été drastiquement réduites. Il n’y a quasiment plus de circulation routière, il y a beaucoup moins de chantiers. Conséquemment, il y a moins d’accidents de la circulation ou de travail », explique le contrôleur général Pascal Lorteau, qui dirige les services d’incendie et de secours dans ce département. Les pompiers, partout en France, recensent toujours quelques accidents domestiques – bricolage, jardinage – liés à l’obligation de rester chez soi.

Transport de personnes malades

En revanche, le transport des personnes malades prend une part de plus en plus importante de leur activité. Dans le Val-d'Oise, 70 % des déplacements effectués par les pompiers concernent désormais « des gens qui ont de la fièvre, de la toux, et qui sont emmenés à l’hôpital se faire tester », affirme Jérôme François, secrétaire général de l’Unsa-Sdis. « Notre activité est se concentre essentiellement sur le secours à personne, le transport de personnes malades, confirme Rémy Chabbouh, qui est pompier professionnel dans le Rhône. On a même fait des transferts interdépartementaux : on a rapatrié sur Lyon des personnes hospitalisées dans le Grand-Est. C’est quelque chose nouveau ça, on n’en faisait pas avant. »

Les secours ont donc dû adapter leurs modes de prises en charge des victimes. « Lors d’un secours ordinaire, vu que le virus circule librement au sein de la population et que la personne transportée peut être contaminée sans forcément présenter des symptômes, on lui fait porter systématiquement un masque chirurgical, tout comme le sauveteur qui est à son contact », souligne le contrôleur général Pascal Lorteau. Lorsque le cas est avéré, « on applique des mesures de protection maximales », c’est-à-dire le port d’une charlotte, de surchaussures et d’une blouse et l’utilisation de gel hydroalcoolique. Les pompiers de Haute-Savoie ont d’ailleurs récemment été formés à « l’utilisation des équipements de protection individuelle ».

« Des stocks qui fondent à vue d’œil »

A Paris, « nous avons 200.000 masques FFP2 et nous en utilisons environ 35.000 chaque semaine. Nous pouvons tenir jusqu’à la fin du mois environ », a indiqué le porte-parole de la brigade des sapeurs-pompiers, le lieutenant-colonel Gabriel Plus, dans une interview accordée ce jeudi à 20 Minutes. Le contrôleur général Pascal Lorteau nous fait également savoir qu’il n’y a pas, non plus, « d’inquiétude à avoir en Haute-Savoie » concernant une éventuelle pénurie de matériel de protection. Mais la situation est loin d’être la même dans d’autres départementaux.

« Depuis quelques jours, du matériel arrive au compte-gouttes. Mais il faut y faire attention car on est parti sur un marathon. Et j’ai peur qu’on n’arrive pas à tenir la distance. Pour les jours qui arrivent, ça va on a encore du matériel. Mais pourra-t-on tenir 15 jours ou trois semaines de plus ? Je ne suis pas sûr », confie Rémy Chabbouh. Le secrétaire national du syndicat Sud-Sdis « tire la sonnette d’alarme », car il a l’impression que les pompiers, dépourvus de matériel de protection, sont « envoyés au casse-pipe ». « Les Sdis voient leurs stocks qui fondent à vue d’œil », souffle Jérôme François.

« De la chair à canon »

Sans matériel de protection, les pompiers redoutent en outre de devenir des vecteurs de transmission du virus et de contaminer leur famille. « Tous les gars qui passent leur journée dans les ambulances ont ça en tête quand ils rentrent chez eux. Quand tu es testé positif, tu ne regardes plus tes enfants comme avant », poursuit le secrétaire général de l’Unsa-Sdis. Lui-même est tombé malade et a été confiné deux semaines. Mais les dépistages n’étant pas systématiques, il est allé discrètement se faire tester par un laboratoire qui lui a confirmé sa contamination.

Si aucun pompier n’est décédé pour le moment du Covid-19, « il y en a quelques-uns en réanimation » et d’autres qui ont été placés en quarantaine, remarque Rémy Chabbouh, estimant que « les pompiers sont de la chair à canon ». « Nous sommes en première ligne et nous n’avons le droit à aucune reconnaissance. Pourtant, s’il y a des gens dans les hôpitaux, c’est bien parce qu’ils ont été transportés. Cela nous exaspère car les pompiers sont les éternels oubliés et n’ont aucune considération du plus haut niveau de l’Etat. On demandera des comptes car il ne faut pas se moquer du monde. »