Coronavirus : « J’ai eu 40 ans en quarantaine ! »… Ils fêtent leur anniversaire en plein confinement

TEMOIGNAGES Faire la fête quand même ou souffler rapidement ses bougies… That’s the question

Delphine Bancaud
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Jeune femme a sa fenêtre avec un masque. Paris, France, 29 Mars 2020.
Jeune femme a sa fenêtre avec un masque. Paris, France, 29 Mars 2020. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Dommage pour eux, ils sont nés fin mars ou en avril et leur anniversaire tombe en plein milieu du confinement.
  • Mais pour certains de nos lecteurs, pas question de laisser cette situation si particulière pourrir cette journée spéciale. Ils font la fête, même virtuellement.
  • Pour d’autres, cet anniversaire confiné laissera un goût amer et les renvoie à leur sentiment de solitude.

Une soirée dans un bar, un dîner romantique au resto, un week-end entre amis ? Tour est tombé à l’eau avec le confinement. Et l’anniversaire que l’on devait fêter très entouré va finalement virer à la soirée très très intime, version chaussons et pyjama. Une perspective qui peut rebuter beaucoup de Français, tant les anniversaires sont importants dans l’Hexagone : « Dans d’autres pays, on fête davantage le collectif. Mais culturellement, en France, on a le goût de fêter les individus. Cette marque de reconnaissance est très importante pour chacun », observe la psychothérapeute Catherine Aimelet-Périssol*.

Alors pour certains, pas question de laisser le confinement pourrir cette journée spéciale. « Face à la situation, ils se montrent créatifs et ont décidé de réinventer leur manière de célébrer l’évènement », constate Catherine Aimelet-Périssol. C’est le cas de Nadia, qui fêtera son anniversaire ce vendredi et a répondu à notre appel à témoins : « J’ai invité mes amis à mon "anni-confinement" pour un partage de vidéo simultané sur Messenger et je soufflerai mes bougies en direct avec eux, mon mari et mon fils ! ». Pas question de se laisser voler la fête non plus pour Coralie, 26 ans : « J’ai fait mon tiramisu Nutella d’anniversaire, soufflé mes bougies en visio avec mes proches. Et j’ai mangé une bonne raclette », se félicite-t-elle.

« Tout le monde était déguisé, on a joué à des jeux par écrans interposés »

Et pour ceux qui changent de dizaine, la pression à réussir la fête est encore plus grande : « La dimension symbolique de l’anniversaire est encore plus forte pour eux et ils ressentent le besoin de bien inaugurer cette nouvelle dizaine », note Catherine Aimelet-Périssol. C’est le cas de Fred : « J’ai eu 40 ans en quarantaine ! Grâce aux réseaux sociaux, j’ai eu la chance de fêter mon anniversaire avec tous les gens qui comptent pour moi. Tout le monde était déguisé, on a joué à des jeux par écrans interposés, ce qui m’a permis de passer une excellente soirée ». Et pour aider un proche à changer de dizaine, l’entourage ne lésine pas sur les attentions, comme peut en témoigner Magali, qui vient de fêter ses 30 ans : « Tous les membres de ma famille ont enregistré une vidéo me souhaitant un bon anniversaire. Autant de larmes qu’en vrai ! ». Clara s’est elle aussi mise en quatre pour fêter les 90 ans de sa grand-mère : « Tout le monde était connecté sur Houseparty. On lui a aussi transmis un reportage avec des photos familiales via WhatsApp », décrit-elle.

Particulièrement inspirés, certains ont misé sur l’effet de surprise, comme Claire : « Pour l’anniversaire de notre voisine et amie, nous avons accroché des guirlandes et des ballons à la palissade de son jardin. À une heure précise, avec la complicité de sa fille, elle est sortie dans son jardin et nous avons chanté "Joyeux anniversaire" et dansé ». La compagne de Julie a aussi décidé de l’étonner : « Elle m’a demandé d’aller me préparer, comme pour une soirée d’anniversaire, et quand je suis revenue dans notre salon, mes amis étaient là en visio ». Idem pour Soury : « Nous avons fait une banderole sur le balcon avec mon fils de 5 ans pour une camarade de classe qui habite en face de chez nous ».

« J’ai l’impression d’avoir eu encore plus de messages que d’habitude »

Pour les cadeaux, faute de pouvoir les offrir en direct, certains se sont adaptés à la situation : « J’ai reçu des lettres et un bouquet de fleurs », raconte Maria. Quant à Sabrina, elle a reçu une carte cadeau Google Play « pour m’occuper le temps du confinement ». Autre cadeau très à propos que Séverine va offrir à sa fille : « Je vais m’arranger pour lui déposer dans la cour un panier surprise en allant faire mes courses. » Stéphanie a elle aussi pensé à un cadeau original pour une amie : « J’ai opté pour l’envoi d’un colis d’anniversaire contenant un ballon à l’hélium (mieux que des fleurs), histoire qu’elle ait une surprise malgré tout ». Jonathan a été particulièrement touché par les attentions des voisins envers sa fille Athénaïs, 4 ans : « Ils sont venus déposer de petits cadeaux sur le palier (puzzle, ballons, cahiers pour dessiner, cartes d’anniversaire et dessins réalisés par les enfants de la résidence). Du coup à notre tour, nous leur avons déposé sur leur palier une part du gâteau anniversaire "licorne arc-en-ciel" pour partager ce moment de solidarité entre voisins ».

Et certains proches semblent même plus attentionnés qu’à l’accoutumée, à l'instar de Natacha : « J’ai l’impression d’avoir eu encore plus de messages que d’habitude, et notamment un long appel avec mon frère. D’habitude, nous n’avons pas autant de temps, ni lui ni moi, ou nous ne le prenons pas. J’avais des messages pour me fêter mon  anniversaire, et cela s’est étalé sur toute la journée ». Et pour Christelle, cette journée lui a permis de prendre conscience de la chance qu’elle avait : « Cela m’a permis de me rendre compte que les choses simples étaient les plus importantes. Mon mari, mes filles, un gâteau fait par eux, quelques bougies sorties du fond du tiroir. Et voilà le plus beau des anniversaires », confie-t-elle. « Les personnes qui ont une vie intérieure riche et sont bienveillantes avec elles-mêmes parviennent à se fêter elles-mêmes ou à savourer les petits gestes », constate Catherine Aimelet-Périssol.

« Ça fait remonter une forme d’anxiété »

Reste que pour d’autres, cet anniversaire confiné laissera un goût amer. Comme pour Cédric : « J’avais posé des congés en février pour être sûr de pouvoir inviter du monde et faire la fête. Mais tout est tombé à l’eau ». Idem pour Sandra : « J’ai fêté mes 40 ans samedi dernier et ça a été le plus horrible des anniversaires… J’avais fait exprès de poser des vacances sur ce week-end depuis quatre mois pour préparer une fête… Et finir à 4 à la maison sans avoir possibilité d’annuler mes vacances, j’espère ne jamais revivre ça ». Une déception dont est témoin Catherine Aimelet-Périssol, lors de ses consultations du moment : « Les dates d’anniversaire sont des repères temporels qui sont bousculés en ce moment. Ça fait remonter une forme d’anxiété, en particulier chez ceux qui sont très dépendants des retours positifs qu’ils reçoivent de la part des autres », note-t-elle.

Et certains pensent déjà au déconfinement, qui sera l’occasion de rattraper le temps perdu. « On fêtera la fin du confinement et mes 30 ans en même temps », prévoit déjà Marjorie. Maria préfère aussi voir le verre à moitié plein : « Au final, ceux qui fêtent leur anniversaire pendant le confinement auront un anniversaire qui dure plusieurs mois, entre la fête qu’on organisera et les cadeaux qui arriveront après ».

* Catherine Aimelet-Périssol est l’autrice de Ma bible des émotions, Leduc éditions, 23 euros.