Coronavirus : En Seine-et-Marne, des réfugiés appelés à aider les agriculteurs en manque de main d’oeuvre

SOLIDARITÉ La préfécture a lancé un appel aux réfugiés pour remplacer la main-d’œuvre saisonnière étrangère

Maureen Songne

— 

Un agriculteur français récolte un champ de blé. (Photo illustration).
Un agriculteur français récolte un champ de blé. (Photo illustration). — DAMIEN MEYER / AFP

« Main-d’œuvre saisonnière, les réfugiés en renfort ! » La préfecture de Seine-et-Marne a annoncé ce lundi 30 mars dans un communiqué faire appel aux réfugiés pour remédier au manque de main-d’œuvre dans les champs, en pleine crise du coronavirus.

« Faisant suite à l’épidémie de coronavirus, certains maraîchers du département ne disposent pas de la main-d’œuvre saisonnière étrangère nécessaire et peinent à recruter alors que se profile dans quelques jours le ramassage des fruits et légumes en terre (notamment des fraises et des asperges) et que les légumes qui seront récoltés en juin doivent être plantés dès maintenant. Ces fruits et légumes sont indispensables pour approvisionner les marchés franciliens. »

L’annonce créant la polémique sur les réseaux sociaux, la préfecture de Seine-et-Marne a dû justifier cette démarche dès le lendemain, en assurant que les réfugiés seraient bien protégés par le droit du travail. Le communiqué parlant de réfugiés « mobilisés », beaucoup d’internautes en ont conclu que les réfugiés seraient sous-payés, voire pas payés du tout, en faisant allusion à du travail forcé.

Polémique sur les réseaux sociaux

« Un tas de délires » déclare le préfet de Seine-et-Marne, Thierry Coudert, à 20 Minutes, pour qui la confusion vient de la différence entre demandeur d’asile et réfugié statutaire. « Beaucoup n’ont pas voulu comprendre qu’il s’agissait de réfugiés, donc de personnes qui ont le droit de travailler et pour lesquelles on a même le devoir de leur trouver un emploi » assure-t-il.

Pour lui qui avait déjà réalisé un projet similaire lorsqu’il était préfet de l’Eure, en mettant en lien des réfugiés avec des professionnels du BTP, « une opportunité s’est présentée ». En réponse aux critiques qui l’accusent « d’utiliser » les réfugiés, il précise que l’aide aux agriculteurs part du volontariat. « C’est temporaire mais ça leur permettra pendant 2-3 mois de gagner de l’argent tout en poursuivant leur recherche d’emploi » ajoute le préfet, en précisant que l’agriculture n’est pas une fin en soi pour ces réfugiés engagés dans des formations variées.

Avec pour certains quelques connaissances en agriculture, c’est près d’une soixantaine de jeunes hommes qui ont répondu à l’appel, âgés de 20 à 25 ans. Ils commenceront à travailler d’ici une semaine.

« Ils doivent en avoir les compétences, mais surtout l’envie »

La semaine dernière, le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume avait lancé un appel aux personnes n’ayant plus d’activité compte tenu de l’épidémie à rejoindre « la grande armée de l’agriculture française » alors que la filière agricole hexagonale est en quête de quelque 200.000 travailleurs saisonniers. Jeudi dernier, 40.000 personnes s’étaient portées volontaires, selon les chiffres du gouvernement.

« Ce n’est pas une mauvaise idée, mais c’est quelque chose qui se réfléchit » déclare Anne-Laure Leguicheux, cheffe de projet à Fermes d’avenir, une association proposant aux réfugiés une formation gratuite en maraîchage et agroécologie. Selon elle, l’agriculture est certes un secteur qui embauche mais des moyens dans l’insertion doivent aussi être injectés pour ces réfugiés. « Bien évidemment, ce n’est pas parce qu’ils sont réfugiés qu’ils doivent apporter de la main-d’œuvre dans ce secteur en tension » ajoute-elle. « Ils doivent en avoir les compétences, mais surtout l’envie ».