Coronavirus : « Il y aura des morts, mais ce ne sera pas une hécatombe dans les Ehpad »

INTERVIEW Président de l’association des directeurs au service des personnes âgées, Pascal Champvert révèle à « 20 Minutes » la situation dans les Ehpad alors que l’épidémie de coronavirus fait rage

Vincent Vantighem

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Illustration d'un Ehpad
Illustration d'un Ehpad — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • 3.523 personnes sont mortes du Covid-19 dans les hôpitaux français, soit 500 de plus en une journée. Deux TGV médicalisés, avec à son bord 36 malades du coronavirus, ont quitté Paris pour la Bretagne.
  • La direction générale de la Santé devrait prochainement intégrer à son décompte journalier le nombre de cas recensés dans les Établissements pour personnes âgées.
  • Président de l’association des directeurs au service des personnes âgées, Pascal Champvert livre son analyse de la situation.

Son téléphone n’arrête pas de sonner. Il cherche des masques. Rassure son personnel. Et continue de maintenir la pression sur les autorités sanitaires. Directeur d’un Etablissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), Pascal Champvert est aussi le président de l’Association des directeurs au service des personnes âgées. Un poste qui lui permet d’avoir une vision d’ensemble sur la situation des personnes âgées, principales menacées par l’épidémie de coronavirus. Il a accepté de répondre aux questions de 20 Minutes

Les autorités sanitaires devraient intégrer dans leur décompte journalier les morts du coronavirus survenus dans les Ehpad. Faut-il s’attendre à une hécatombe ?

Il y a des morts dans les établissements pour personnes âgées. Mais ce n’est pas un scoop. On le sait depuis le début. Ce virus est extrêmement contaminant. Et il est extrêmement dangereux pour les personnes de plus de 70 ans. Pape Diouf [il était âgé de 68 ans],  Manu Dibango, Patrick Devedjian… Donc bien évidemment, il va y avoir des morts dans les Ehpad.

Mais non, ce ne sera pas une hécatombe ! On a parlé des établissements où l’on déplore dix ou quinze morts par exemple. C’est dramatique. Mais cela ne concerne que dix établissements sur les 10.000 que compte la France. Donc c’est dramatique pour les personnes âgées, pour les familles, pour les personnels. Mais c’est très peu. Il ne faut pas parler d’hécatombe dans les maisons de retraite.

Vous donnez le sentiment d’être en colère sur ce sujet ?

Non, ce virus est grave et contaminant. Mais il y a quelque chose d’encore plus contaminant, c’est la peur ! Il faut que l’on soit tous responsables. Comment ? On applique les gestes barrière, on se confine. Et ensuite, on fait ce que font plein de Français :  on applaudit les soignants, on fait des chansons, on échange des plaisanteries, on échange des mots d’amour, on fait du bénévolat.

Le moral des troupes en période de guerre est déterminant. Cela ne veut pas dire que le moral va remplacer les respirateurs. Mais cela va nous permettre d’aller mieux. Il faut que le directeur général de la Santé nous dise le nombre de morts tous les soirs. Parce qu’il ne faut rien nous cacher. Et il faut se dire que la crise est grave… Mais il ne faut pas se dire qu’on va tous mourir dans d’affreuses souffrances.

Pourquoi les statistiques dans les Ehpad tardent-elles donc à être communiquées ?

Elles devraient l’être ce mercredi soir [elles ne l'ont pas été] ou demain au plus tard, je pense. Il se trouve qu’il faut faire remonter les données de 10.000 établissements et de 10.000 services de soins à domicile. On a commencé en début de semaine dernière. Il a fallu créer un processus. Au début, certains n’avaient pas rempli les bonnes cases. Il a fallu revoir les choses. Mais je pense qu’on y est presque désormais.

Les gens qui décèdent en maisons de retraite ont, tous, un certificat de décès. Il y a toujours la cause de la mort. C’est pour cela que ces certificats sont signés par des médecins. Quand il y a suspicion de coronavirus, il sera marqué « suspicion de coronavirus ». Quand il y aura eu un test positif avéré, il sera marqué « coronavirus ».

Les Ehpad disposent-ils tous de masques pour se prémunir de l’épidémie ?

Nous avons alerté vigoureusement le ministre il y a une dizaine de jours. Depuis, ils sont arrivés. Par ailleurs, certains départements ou certaines entreprises en ont également commandé ou apporté.

Le problème, c’est qu’il y a encore des difficultés d’approvisionnement dans certains endroits. Notamment chez les personnes qui s’occupent de soins à domicile. Et là, nous tirons la sonnette d’alarme. Il faut que chaque salarié ait deux masques par jour. Nous avons écrit parce que nous sommes en situation d’attente. Nous attendons. Et si cela dure, nous rendrons publics les noms des départements où les Agences régionales de santé ne font pas leur boulot.

Que pensez-vous des équipes qui décident de se confiner avec les résidents ?

Ça fait partie des initiatives solidaires. Bien entendu, on ne peut que féliciter les salariés. Bravo mais soyez vigilants. Prenez soin de vous aussi. Cette crise est longue. Cela ne va pas disparaître dans une semaine. Faites attention de ne pas vous épuiser au-delà du raisonnable.

La deuxième chose. Il faut que les équipes soient unanimes pour le faire. Si tout le monde l’est, pourquoi pas ? Mais moi, je déconseillerai de le faire dans la durée. Faites attention, les amis. Faut tenir dans la durée…