Coronavirus en Ariège : A L’Hospitalet-près-l’Andorre, la solidarité face à l’isolement à 1.440 mètres d’altitude

CONFINEMENT En ces temps de confinement lié au coronavirus, L’Hospitalet-près-l’Andorre se retrouve isolé à 1.440 mètres d’altitude. Mais ce village ariégeois de 102 habitants développe la solidarité pour surmonter la crise

Nicolas Stival

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A 1440 mètres d'altitude, L'Hospitalet-près-l'Andorre est le plus haut village d'Ariège.
A 1440 mètres d'altitude, L'Hospitalet-près-l'Andorre est le plus haut village d'Ariège. — Mairie de L'Hospitalet-près-l'Andorre
  • L’Hospitalet-près-l’Andorre, en Ariège, se retrouve isolé pendant le confinement, alors que l’accès à la principauté pyrénéenne est fermé.
  • Le maire Arnaud Diaz explique comment son village de 102 habitants, à 1.440 mètres d’altitude, s’adapte en multipliant les actions de solidarité.

Pour des milliers d’automobilistes français qui se rendent au Pas de la Case, L’Hospitalet-près-l’Andorre représente l’ultime étape vers la montée finale jusqu’à la petite principauté et son commerce détaxé. Mais en cette période de confinement lié au coronavirus, le trafic s’est tu, ou presque. Seuls quelques poids lourds passent encore sur le territoire du plus haut village d’Ariège (1.440 mètres d’altitude), pour prendre le tunnel du Puymorens, vers les Pyrénées-Orientales.

« Nous sommes vraiment entre nous, constate Arnaud Diaz, maire depuis 2008 de « L’Hospi » et de ses 102 habitants. Personne ne vient nous voir et je dirais plutôt "tant mieux" en ce moment. Mais c’est aussi pour cela que nous organisons des courses collaboratives. »

Ce mercredi, une « descente » est prévue à Tarascon-sur-Ariège, à 45 minutes de là. Vendredi dernier, neuf familles, dont deux du village voisin de Merens-les-Vals, avaient fait des commandes pour des courses effectuées cette fois à Ax-les-Thermes, 20 minutes plus bas.

« On y est allé avec Alex, un autre Hospitalois, chacun dans sa voiture, explique l’élu de 44 ans, confiné avec sa fille de 16 ans, lycéenne à Pamiers. On en a eu pour trois heures, avant de remonter et de déposer les sacs devant les portes. On se fait coucou par la fenêtre et on s’organise pour les virements bancaires. »

Le souvenir de 1982

Même si l’hiver dont on sort a été du genre clément, « L’Hospi » a l’habitude de ces périodes d’isolement. Arnaud Diaz convoque le souvenir de 1982 « avec des inondations en amont et en aval, et des ravitaillements en hélicoptère Super Puma ». « Depuis le début du confinement, on crée encore plus de liens. Chacun s’appelle. J’ai envoyé des SMS à des gens avec qui je ne communique pas plus que ça en général. »

Selon le bilan de mardi soir, l’Ariège était encore relativement épargnée par le Covid-19, avec douze patients et aucun mort en établissement hospitalier. Mais le maire de L’Hospitalet pense aux voisins andorrans (douze décès enregistrés mardi), au personnel du Chiva de Foix ou encore à ses amis parisiens, auxquels il envoie des photos de montagne pour élargir un horizon sinistré. « Nous sommes un peu privilégiés », observe-t-il.

Une activité locale à l’arrêt

Mais pas tant que ça : il faut aussi gérer la crise sur place, et préparer l’après pour continuer à faire vivre un village qui a déjà dû se remettre au fil du temps du départ des personnes de la douane, de la gendarmerie et des agents de la centrale EDF. Si une entreprise de transports travaille encore un peu, l’hôtel, le gîte, le bar-restaurant, le taxi-dépannage et la boulangerie sont à l’arrêt.

La petite épicerie, si pratique pour les courses d’appoint, est aussi fermée. Ses murs, qui appartiennent à la mairie, doivent cependant très bientôt accueillir de nouveaux gérants, après le départ des anciens. La transaction se fait de manière dématérialisée avec un notaire de Varilhes, en basse Ariège (oui, le réseau Internet est bon à L’Hospitalet).

Les villageois qui travaillent d’ordinaire en Andorre ou à Ax-les-Thermes attendent pour la plupart chez eux que l’activité reprenne. « Il va falloir accompagner tout le monde », souligne Arnaud Diaz, jusqu’à présent chargé du développement local et de communication à Ax Animation. Mais aussi accueillir, ce mercredi, cinq nouveaux Hospitalois : une femme et ses quatre enfants.

Cette famille rejoint la Maison des Cimes, initiative lancée en janvier après des années de travail. « Nous accueillons des mamans en difficulté, observe le premier magistrat. A la montagne, la solidarité est la notion numéro un. Sans elle, on ne fait rien. » Une autre femme et sa fille de six ans vivent déjà dans cet établissement de six appartements pouvant accueillir une quinzaine de personnes, qui permet aussi de vivifier les écoles du coin : quelque 25 enfants répartis entre L’Hospitalet (jusqu’au CP) et Merens-les-Vals (jusqu’au CM2).

Photocopies et apéros virtuels

« En cette période de confinement, on fait les photocopies à la mairie pour les élèves, explique Arnaud Diaz. Ensuite, soit on les dépose dans les boîtes aux lettres, soit les parents viennent les chercher dans celle de la mairie. »

Toujours cette notion de solidarité exacerbée en ces temps délicats. Pour les choses essentielles comme pour celles plus accessoires. « On va s’organiser des apéros virtuels, on en a déjà fait un dimanche pour l’anniversaire de la secrétaire de mairie », sourit l’élu.