VIDEO. Coronavirus : De Strasbourg à Bordeaux... Les communes face au choix (ou non) de la désinfection de l’espace public

ANTIVIRUS Plusieurs villes françaises désinfectent les rues ou le mobilier urbain contre l’épidémie, d’autres ne jugent pas cela approprié

Charles Montmasson

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A Strasbourg, les stations de tram les plus fréquentées sont ciblées.
A Strasbourg, les stations de tram les plus fréquentées sont ciblées. — PATRICK HERTZOG / AFP
  • Plusieurs villes françaises ont décidé de désinfecter l’espace public pour enrayer la transmission du coronavirus.
  • Les autorités sanitaires ont averti d’un danger potentiel pour l’environnement.
  • Chaque ville a sa recette : Strasbourg pulvérise un produit « 100 % biodégradable » et Marcq-en-Barœul, près de Lille, de l’eau chaude à haute pression.

Combinaison de protection intégrale, réservoir sur le dos… Six agents de la propreté de l’eurométropole de Strasbourg, répartis en deux équipes, ont commencé lundi à pulvériser du désinfectant sur le mobilier urbain. « Des stations de tram, des stations de bus, les distributeurs de tickets, les bancs, les toilettes publiques…, passe en revue Alain Fontanel, vice-président (LREM) de l’eurométropole et adjoint au maire de Strasbourg. Nous avons décidé d’agir de manière ciblée sur les espaces où le public est nombreux. »

Une initiative présentée comme une mesure de santé publique, dans une région du Grand-Est frappée de plein fouet par l’épidémie de Covid-19. Ce jeudi soir, la maire de Mulhouse (Haut-Rhin), Michèle Lutz, a annoncé « par principe de précaution » une désinfection, dès vendredi matin, du mobilier urbain mais aussi des Ehpad, pharmacies, hôpitaux ou encore des stations de bus et de tram.

« Nous menons une action ciblée »

C’est « par nécessité sanitaire » qu’à Paris, la maire (LR) du 7e arrondissement, Rachida Dati, a « sommé » mardi la maire (PS) Anne Hidalgo d’y recourir « à l‘instar de grandes métropoles mondiales chinoises, coréennes, indonésiennes, italiennes, espagnoles… » « Désinfecter les rues pourra au pire se révéler sans effets », ajoute la candidate de droite aux municipales.

A Bordeaux, pourtant, la préfecture et l’ARS ont averti du risque de pulvériser des produits potentiellement toxiques pour l’environnement dans les rues. Le projet de désinfection reste dans les bidons. L’idée serait-elle contre-productive ? « Plutôt que d’asperger les rues, au sol, où il n’y a pas de contact direct avec les habitants, nous menons une action ciblée, défend à Strasbourg Alain Fontanel. Le produit utilisé, le Panox, est 100 % biodégradable. Sans chlore ni javel, il est utilisé habituellement pour désinfecter les conduites d’eau potable. »

L’élu strasbourgeois explique la combinaison impressionnante des agents chargés de la désinfection par la nécessité de les protéger « d’un éventuel effet gouttelettes d’eau plus virus » pendant la pulvérisation. La désinfection du mobilier urbain « est le prolongement de notre action depuis une dizaine de jours : chaque soir, on désinfecte l’intérieur de l’intégralité des bus et des trams », rappelle Alain Fontanel.

A chaque ville sa recette

A Marcq-en-Barœul, près de Lille, la municipalité a décidé d’utiliser de l’eau chaude, pulvérisée à haute pression sur les poubelles et les bancs publics. Pendant « près de quinze jours », 300 corbeilles doivent être ainsi nettoyées, sans ajout de désinfectant. Une technique « utilisée au quotidien pour le désherbage des espaces verts », précise la ville.

En l’absence d’obligation nationale de désinfecter l’espace public, les municipalités ont chacune leur recette. Nice projette un produit « à base de javel fortement diluée », ensuite rincé à grande eau. A Toulouse, une réflexion est à l’étude concernant l’usage raisonné de la javel. Suresnes, Menton et Nîmes recourent à des produits antibactériens. La métropole de Marseille assure utiliser « un produit virucide conforme aux normes européennes présentant une biodégradabilité primaire d’au moins 80 % ».

Une réflexion nationale en cours

Le Haut conseil pour la santé publique a été chargé par le ministre de la Santé de réaliser une étude comparative des stratégies de désinfection. En attendant sa réponse, les autorités sanitaires considèrent que, si le nettoyage des rues est à maintenir, « L’aspersion de javel ou autre désinfectant est inutile tout en étant dangereuse pour l’environnement. »

Une recommandation suivie par la métropole de Nancy qui a annoncé lundi qu’elle ne recourrait pas à la désinfection des rues. Dans l’Hérault, le préfet a demandé aux communes entourant le bassin de Thau, près de Montpellier, de ne « surtout pas » utiliser de « produits détergents ou javellisés » pour préserver la conchyliculture et la pêche.