Coronavirus : « Je vais m’en rappeler ! » Plus de 5.000 élèves policiers et gendarmes déployés en renfort

TEMOIGNAGE Des membres des forces de l’ordre en formation ont été mobilisés pour aider leurs aînés à faire respecter les mesures de lutte contre le coronavirus  

Thibaut Chevillard

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Les gendarmes contrôlent des automobilistes à Saint-Paul, sur l'île de la Réunion (illustration)
Les gendarmes contrôlent des automobilistes à Saint-Paul, sur l'île de la Réunion (illustration) — Richard BOUHET / AFP
  • 110.000 policiers et gendarmes sont mobilisés afin de faire respecter le confinement.
  • Pour les épauler dans cette tâche, 3.000 élèves gendarmes et 1.500 apprentis gardiens de la paix ont été projetés à travers tout le pays.
  • Deux d’entre eux, Alexandre et Clara, racontent à 20 Minutes leurs premiers jours sur le terrain.

Elles ne portent l’uniforme et le képi que depuis quelques mois. Mais ces jeunes recrues, qui n’ont pas encore achevé leur formation, ont été projetées sur le terrain, la semaine dernière, pour prêter main-forte aux 100.000 membres des forces de l'ordre déployés pour faire respecter le confinement. La gendarmerie a mobilisé 3.700 élèves gendarmes issus de ses six écoles de sous-officiers et de l’école des officiers de Melun. Dans la police, ce sont 1.500 élèves gardiens de la paix, issus des 253 et 254e promotions, qui ont quitté l’école prématurément pour renforcer les effectifs, dont une petite partie a été contaminée par le coronavirus.

Parmi eux, Alexandre, 26 ans. Le jeune homme est entré à l’école de police de Nîmes en septembre 2019. Six mois plus tard, le voilà envoyé dans le Nord, d’où il est originaire, pour renforcer les effectifs du commissariat d’Arras. « Ça s’est fait subitement, raconte-t-il. J’ai débuté lundi dernier, c’était la visite de locaux, la prise d’arme… Et j’ai commencé mon cycle horaire dès mercredi. » L’essentiel de ses missions consiste à « vérifier les attestations » de déplacement. Pour l’instant, il observe que « les gens se plient très bien » à cette mesure. Il est aussi amené à patrouiller aux côtés de ses collègues et à répondre aux urgences.

« S’adapter fait partie du métier »

Clara, 24 ans, est élève gendarme à Montluçon (Allier). Cette Toulousaine a été envoyée dans la Loire pour renforcer les effectifs de la brigade de proximité de Saint-Genest-Malifaux. « Je suis arrivée dimanche dernier, j’ai été très bien accueillie, il y a une très bonne ambiance ici », souligne la jeune femme qui était « impatiente » de se retrouver sur le terrain. Tout comme ses collègues « plus expérimentés », Clara est agent de police judiciaire et est armée lorsqu’elle part avec eux en patrouille. L’un d’eux a été désigné pour être son tuteur. « Il est responsable de ma formation pendant mes quelques mois de stage », explique-t-elle.

Illustration d'un contrôle de police pendant le confinement à Rennes.
Illustration d'un contrôle de police pendant le confinement à Rennes. - J. Gicquel / 20 Minutes

Fille de militaire, Clara a « toujours voulu » rejoindre la gendarmerie, à l’instar de ses deux frères. « C’est un métier qui me plaît énormément », poursuit-elle, précisant se destiner « plutôt à une carrière d’enquêtrice ». A terme, elle aimerait intégrer une brigade de recherche afin de pourchasser les criminels et les malfaiteurs. En attendant, elle veille avec ses nouveaux collègues à « faire respecter toutes les mesures mises en place » pour lutter contre la propagation du virus sur le territoire. Un contexte inédit pour faire ses premiers pas dans cette institution pluriséculaire. « Mais s'adapter fait partie du métier de gendarmes. »

« En première ligne »

« Je suis content d’être là… De toute façon on n’a pas eu trop le choix non plus ! », sourit Alexandre. Et le jeune policier de poursuivre : « Normalement, on était censé faire un stage et voir différents services. Mais finalement, ce n’est pas plus mal car cela permet de se concentrer sur les missions principales, on va à l’essentiel. C’est l’idéal. » Ses collègues font preuve, avec lui, de beaucoup de pédagogie et il « apprend beaucoup » en les assistant. Même pour ceux qui « ont trente ans de carrière », la situation est inédite. Et dangereuse. « En première ligne », les policiers et gendarmes sont confrontés « plus que les autres » au risque d’être contaminés par le virus, reconnaît-il.

Alexandre, qui ne craint pas de tomber malade, redoute surtout de contaminer ses proches. « Mais on applique les mesures de protection, tant en matière de distance que d’hygiène. Et les gens sont très respectueux vis-à-vis de nous par rapport à tout ça. » Après avoir étudié le droit durant cinq ans, le jeune homme a aujourd’hui « envie de faire du terrain ». Quand il aura acquis plus d’expérience, « d’ici quelques années », il envisage de passer le concours interne pour devenir officier. Tout comme Alexandre, Clara n’est pas près d’oublier ces premiers jours passés sur le terrain à « protéger la population ». « Je vais m’en souvenir ! Ça restera une très bonne expérience ! »