Coronavirus à Toulouse : Pourquoi le retour au travail de policiers municipaux en pleine quatorzaine fait tousser

SANTE La mairie de Toulouse a demandé à des dizaines de policiers placés en « quatorzaine » de reprendre le travail au bout de quelques jours seulement

Hélène Ménal

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Des gents de la Police municipale Place du Capitole.
Des gents de la Police municipale Place du Capitole. — FrŽdŽric Scheiber/20MINUTES
  • La semaine dernière, en raison de deux suspicions de coronavirus et d’un cas avéré, plus de 70 policiers municipaux de Toulouse ont été placés progressivement en quatorzaine.
  • Pour une question d’ordre public, et parce que leur mission est « vitale », leur hiérarchie leur a demandé de reprendre le travail dès lundi.
  • Le syndicat FO, majoritaire au Capitole, dénonce « une aberration complète ».

« Si nous ne sommes pas protégés, comment voulez-vous qu’on protège les autres ? » Didier Cabanié, policier municipal à Toulouse et délégué syndical FO, ne décolère pas depuis que ses collègues placés en quatorzaine la semaine dernière ont été priés de reprendre le travail dès lundi. « C’est une aberration complète », ajoute-t-il furieux.

L’affaire concerne plus de 70 agents (sur un effectif de 330) qui avaient été priés de rentrer chez eux par vagues : 30 mercredi après un cas suspect de Covid-19 dans les rangs, 30 autres jeudi en raison d’une nouvelle suspicion, les autres dans le courant du week-end après un test positif sur un troisième fonctionnaire.

« Mission vitale à la Nation »

La mairie de Toulouse avait déjà indiqué après les deux premières vagues qu’elle envisageait de rappeler tous les agents qui ne présentaient pas de symptômes. Elle a donc tranché comme prévu pour un retour très rapide des effectifs à la normale : « Le principe de précaution a été appliqué de façon disproportionnée par la hiérarchie, se justifie le Capitole auprès de 20 Minutes. Ils exercent une mission considérée comme vitale à la Nation qui justifie leur maintien en poste ». Jean-Luc Moudenc (LR), le maire de Toulouse, va même plus loin dans une déclaration à l’Agence France Presse. Il souligne le risque, avec la quatorzaine de précaution, « de créer une jurisprudence » pour tous les services publics.

Evidemment Didier Cabanié n’a pas le même point de vue sur la frontière entre sécurité sanitaire et sécurité tout court. « Une semaine d’isolement aurait peut-être suffi mais on les a remis dans le circuit alors qu’ils sont peut-être contaminés, c’est scandaleux ! », tempête le syndicaliste. Il est d’autant contrarié que, désormais, les policiers municipaux verbalisent les entorses au confinement. « Quand les dérogations sont pliées, il faut bien les toucher. Et, désolé, moi à deux mètres, même à un, je n’arrive pas à lire une pièce d’identité ».

Le policier indique que « seulement deux masques par agent ont été distribués pour toute la durée du confinement ». Il lave les siens le soir avec une lingette désinfectante. La mairie affirme de son côté qu’elle « a fourni à chaque unité des équipements de protection individuelle (EPI) pour qu’ils mènent à bien leur mission en toute sécurité y compris lorsque leur mission leur impose un contact rapproché avec des personnes à risque »…