Coronavirus à Lyon : Ces couturières s’activent pour confectionner des masques pour les soignants et le public

SOLIDARITE Plusieurs couturières indépendantes et petits ateliers de créateurs consacrent leurs temps de confinement à Lyon avec les moyens qu'ils ont à créer du matériel en tissu face à la pénurie de masques en France

Elisa Frisullo

— 

Les masques confectionnés par Juliane, une créatrice lyonnaise.
Les masques confectionnés par Juliane, une créatrice lyonnaise. — Juliane Sievert
  • A Lyon, des couturières et créateurs indépendants font tourner leurs machines à coudre avec les moyens du bord pour créer du matériel en tissu face à la pénurie de masques en France.
  • « 20 Minutes » a contacté deux de ces Lyonnaises qui participent à ce geste de solidarité nationale destiné aux soignants et particuliers.

EDIT : Depuis la publication de cet article, les deux couturières citées ont reçu de très nombreux mails. Zélia, interrogée dans la première partie de l’article, ne dispose plus de matériaux pour fabriquer des masques adaptés et ne prend pas de commandes.

Dans son appartement de la Croix-Rousse où elle a l’habitude créer, Zélia n’a pas mis bien longtemps à dénicher une idée pour occuper son confinement. Depuis quinze jours, cette Lyonnaise de 31 ans, costumière et créatrice de multiples œuvres textiles, s’est lancée dans la conception de masques en tissu. Avec les moyens du bord. Et pour une production en petite quantité. « C’est une solution de dépannage dans une situation extrême », souligne la jeune brodeuse, consciente qu’un matériel en tissu n’assure pas la même protection que les masques FFP2 dont manquent cruellement les soignants en pleine épidémie de coronavirus.

Comme d’autres créateurs lyonnais, qui se sont aussi lancés dans la fabrication de masques en urgence, la Lyonnaise n’a pas manqué de voir circuler sur les réseaux sociaux un patron mis à disposition par des hôpitaux, dont le CHU de Grenoble en Isère. Voilà qui a fini de convaincre la costumière de faire tourner sa machine à coudre pour la bonne cause. Et venir en aide aux personnels soignants uniquement.

« Des soignants lyonnais m’ont contacté quand ils ont vu que je fabriquais des masques et ils m’ont expliqué que le manque était tel dans les établissements hospitaliers que ce serait toujours mieux que ce qu’ils avaient parfois à disposition », ajoute Zélia, qui a produit, selon les jours, une vingtaine de masques en tissu. Du matériel que chacun peut porter même s’il paraît plus adapté aux particuliers, moins exposés au coronavirus que les personnels médico-sociaux et soignants, en première ligne. « Le masque, réalisé en tissu 100 % polyester, avec un maillage serré et un maillage en coton pour protéger la peau, doit retenir les postillons. Une personne malade ou contaminée sans le savoir aura moins de risques de contaminer son entourage », ajoute la jeune femme, qui a déjà écoulé gratuitement plusieurs modèles auprès des personnels hospitaliers et des Ehpad.

View this post on Instagram

• Slip • Pendant ces temps de confinement et de restez-chez-soi, @hermanitas__ change de cible et de produit : j’ai décidé de confectionner des caches-sexes pour mes voisins ! (J’aime beaucoup cette blague, désolée pour ceux qui la lisent ou l’entendent pour la 10ème fois déjà). Trêve de plaisanterie : depuis le début de cette sale affaire, j’alterne entre des périodes assez tranquilles, et des moments de panique (le tout depuis chez moi bien entendu). Du coup, depuis quelques jours, j’ai complètement arrêté de lire les médias, et olala je m’en porte 1000 fois mieux. Depuis quelques jours, j’ai plutôt décidé, comme énormément de couturières et créatrices en France, de mettre mon temps à profit pour coudre des masques. Au début pour mes voisins, ensuite pour des gens dans le besoin : priorité aux soignants et aux commerçants, éboueurs, chauffeurs de bus, employés en tout genres qui continuent à travailler. Grâce à la page @sauvetonsoignant qui met en relation les personnes qui cherchent avec celles qui font, dans chaque département, un cabinet d’infirmier(e)s de mon quartier a été approvisionné, et ce sera bientôt le cas d’un autre. Comme moi, même de chez soit, enfermé avec une machine à coudre, on peut être utile. Ouf ! Si c’est votre cas, n’hésitez plus. Certes les masques en tissu font polémique quant à leur niveau de protection, et soyons bien d’accord : ils ne protègent pas du covid19 mais peuvent tout de même éviter une projection de postillons et donc une propagation plus rapide de l’épidémie. Soyons bien d’accord sur autre chose : je fais les masques en accord avec deux amies médecins, l’une anesthésiste et l’autre urgentiste, et suite à de nombreux messages de soignants. Les personnes qui critiquent les masques en tissu sont en général sur les plateaux télé ou bien au chaud chez elles; les infirmières qui nous écrivent sont elles en pleine bataille, et préfèrent ça plutôt que rien. Alors à vos machines ! Pour le tuto, j’ai d’abord utilisé celui du CHU de Grenoble, puis celui de l’ @atelierdelacreation qui est plus rapide à faire. Du coton, du molleton, des élastiques... et c’est parti !! • • • #masques #masquesentissus #masqueslyon #lyon

A post shared by Hermanitas (@hermanitas__) on

« La nécessité d’être équipés auprès des plus fragiles »

En cette période de crise sanitaire et de forte pénurie en matériels de protection adaptés, Juliane Sievert ne chôme pas non plus. Même si elle a dû fermer son magasin de prêt-à-porter Boutique XIX, située dans le centre de Lyon, cette créatrice passe de nombreuses heures dans son atelier. Pour confectionner elle aussi des masques en tissus et participer, comme Zélia, à « l’effort de solidarité collectif ». Avec les petits moyens dont elle dispose.

« J’ai vu comme tout le monde sur les réseaux sociaux qu’il y avait un besoin immense de masques, de tous les côtés », souligne la jeune femme, maman d’un petit garçon handicapé moteur. « Je vois bien avec Nils cette nécessité d’être bien équipés quand on est auprès de personnes fragiles », souligne la jeune femme, qui a multiplié les prototypes pour proposer un masque en tissu le plus fiable possible. Pour cela, elle a utilisé du tissu à disposition dans sa boutique, de la popeline, de la satinette de coton et des tissus techniques, et a réalisé du matériel en trois couches à la maille très serrée. Son dernier prototype se rapproche en de multiples points d’un masque chirurgical.

La petite production de masques colorés, lavables et donc réutilisables, est là encore destinée à chacun. « Pour les soignants, je me ferai un plaisir de les offrir. Mais pour le grand public, je les vends à petits prix. Ma boutique est à l’arrêt, je ne peux pas tout financer », souligne la mère de famille qui a même demandé une homologation de ses créations à la direction générale des armements. « Je veux faire les choses bien et j’aimerais savoir si ces masques en tissus sont vraiment efficaces ou si cela ne sert à rien », glisse-t-elle, avec déjà petite idée de la réponse. Car même si le débat sur l’efficacité des différents types de masques est loin d’être tranché, nombre de spécialistes s’accordent à dire que, pour éviter la propagation du virus, mieux vaut porter un masque à l’efficacité imparfaite que ne rien porter du tout.