Coronavirus : A quoi sert le Care, le nouveau comité de scientifiques mis en place par l'Elysée?

SCIENCES Ces douze chercheurs et médecins se sont réunis mardi pour la première fois à l’Elysée

Lucie Bras, avec Laure Cometti

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Une sculpture de verre du Covid-19 réalisée par l'artiste britannique Luke Jerram, exposée à Bristol.
Une sculpture de verre du Covid-19 réalisée par l'artiste britannique Luke Jerram, exposée à Bristol. — ADRIAN DENNIS / AFP
  • Emmanuel Macron a annoncé mardi l’installation du Care, le Comité analyse recherche et expertise, à l’Elysée.
  • Cette nouvelle entité, qui vient compléter le travail du Comité scientifique, est composée de 12 chercheurs et médecins, et présidée par le prix Nobel de médecine Françoise Barré-Sinoussi.
  • Son rôle est de « regarder ce qui est possible techniquement, ce qui est prêt dans les laboratoires », a déclaré la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Frédérique Vidal.

« C’est grâce à la science et à la médecine que nous vaincrons le virus. » Emmanuel Macron l’a répété : en cette période de crise sanitaire, il veut mettre les scientifiques en avant. Le Comité analyse recherche et expertise (appelez-le « Care ») vient ainsi rejoindre le Conseil scientifique, déjà chargé de conseiller le président sur l’épidémie de Covid-19. A quoi sert ce deuxième organe en pleine épidémie ? Ses applications sont très concrètes et devraient orienter la gestion de crise de l’exécutif et l’après-confinement qui nous attend.

Missions, objectifs, membres… A quoi sert le Care ?

« Le Care couvre trois grands thèmes : les thérapies, les diagnostics et, sur une autre échelle de temps, les futurs vaccins », détaille Franck Molina, chercheur au CNRS et directeur de l’UMR Sys2Diag à Montpellier. Avec lui, onze autres médecins et scientifiques bénévoles forment ce nouveau conseil présidé par Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel 2008 pour sa découverte du virus du Sida.

« Ce comité aura pour objectif de conseiller le gouvernement pour ce qui concerne les programmes et la doctrine relatifs aux traitements, aux tests et aux pratiques de " backtracking ", qui permettent d’identifier les personnes en contact avec celles infectées par le virus », explique de son côté l’Elysée. Le comité suivra ainsi les études thérapeutiques menées en France et à l’étranger. Son rôle est aussi de « regarder ce qui est possible techniquement, ce qui est prêt dans les laboratoires », a déclaré la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Frédérique Vidal.

Objectif également affiché : donner de l’écho à la parole scientifique en période de crise. « Ce qui aurait été grave, c’est que les scientifiques ne soient pas consultés », abonde Franck Molina. « Notre rôle n’est pas de dire ce qu’il faut faire, c’est de dire ce qui peut être fait, avec les risques et les inconvénients que cela comporte », explique le chercheur.

Quelles sont ses différences avec le Conseil scientifique, qui conseille aussi le président ?

Les deux conseils ne travaillent pas sur les mêmes champs. Ils ont deux mandats distincts, mais leurs objectifs sont complémentaires. La mission du Care ? Apporter un éclairage rapide sur les innovations scientifiques, thérapeutiques et technologiques et rendre ses travaux sous 48 heures aux ministres de la Santé et de la Recherche.

Ses rapports permettront de « donner des éléments scientifiques fondés au Conseil scientifique, qui a pour mission de conseiller le président de la République », a détaillé Frédérique Vidal. Il sera aussi chargé de gérer l’après-crise, là où le conseil scientifique gère la crise.

Concrètement, de quoi ont-ils parlé lors de leur première réunion ?

Des propositions concrètes ont été mises sur la table. A la sortie de la première réunion du Care, Frédérique Vidal s’est exprimée sur les débats. Elle a notamment mentionné une solution de reconnaissance vocale, qui permet d’orienter la prise en charge d’un patient en fonction de la manière dont la personne « parle au téléphone, qui peut révéler la gravité de son atteinte pulmonaire ».

Les « tests de terrain » ont aussi été évoqués, en opposition aux expériences de laboratoire. Ces tests réalisés par le patient lui-même pourraient être déployés à grande échelle en France. Ils serviront également à « préparer le déconfinement, en particulier dans les régions très infectées » pour s’assurer que les personnes qui sortent ne sont pas malades, complète Franck Molina, qui travaille sur ces problématiques. « Les tests de terrain existent, certains sont bientôt finis, d’autres arrivent. On doit faire le tri et évaluer rapidement leur faisabilité », ajoute-t-il.

Indépendance, réunion, pouvoirs… Comment fonctionne-t-il ?

La première réunion du Care a eu lieu mardi en fin de journée à l’Elysée. Le comité est appelé à se réunir à nouveau très prochainement. Comme le Conseil scientifique, le Care fournit un avis consultatif, que le président peut choisir de suivre ou d’ignorer.

Dans une interview au magazine Télérama, Laëtitia Atlani-Duault, anthropologue spécialiste des épidémies, a défendu « l’indépendance » du comité. « Chacun doit rester dans son rôle. Une ligne jaune doit être tracée entre la décision politique et l’expertise scientifique (…) C’est ce qui fait notre force et c’est ce qu’attend le gouvernement : des scientifiques libres et critiques », a-t-elle expliqué.

Pourquoi certains membres font-ils partie des deux comités ?

Deux membres du comité scientifique sont aussi membres du Care : Yazdan Yazdanpanah, Infectiologue et épidémiologiste à l’hôpital Bichat et Laetitia Atlani-Duault, anthropologue, experte auprès des Nations Unies et spécialiste de la gestion des crises. « Ce sont des personnes qui font le pont entre les deux conseils, qui travaillent sur des problématiques complémentaires », affirme une source proche du dossier.

Ce conseil est-il amené à devenir pérenne après la crise du Covid-19 ?

Pour l’instant, aucune information n’a été donnée en ce sens. « C’est encore un peu tôt pour le dire », confie une source, qui reconnaît toutefois que cette crise pourrait « lancer une véritable réflexion sur la place de la science au cœur de la société ». « On va certainement en tirer des leçons. »