Coronavirus : Les cours diffusés sur France Télévisions sont-ils « adaptés », « conventionnels » ou « très pauvres » ?

EDUCATION France Télévisions a lancé, principalement sur France 4, des cours en ligne pour les élèves français, du primaire à la terminale. Chez les parents comme chez les enseignants, ces émissions font débat

Jean Saint-Marc

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Des professeurs se relaient sur l'antenne de France 4 pour donner des cours aux élèves confinés.
Des professeurs se relaient sur l'antenne de France 4 pour donner des cours aux élèves confinés. — Capture d'écran
  • Les cours en ligne proposés par la plateforme Lumni réalisent de bonnes audiences mais sont accueillis fraîchement par les parents d’élèves et professeurs.
  • « C’est impossible d’adapter les contenus, donc ils proposent des choses conventionnelles », résume une enseignante marseillaise.

Le slogan est ambitieux : face à la crise du coronavirus, France Télévisions « se mobilise chaque jour pour prolonger les cours à la maison… Et devenir une grande classe. » Une classe un peu bancale, critiquée par beaucoup, mais pas déserte : les scores d’audience du premier numéro de «  Maison Lumni » sont impressionnants, avec, lundi, plus d’un million de téléspectateurs en moyenne, soit 16 % de part de marché.

Le jeune Amaury, élève en CE1, à Marseille, était devant son écran avec son père Fabrice, qui avait enregistré l’émission, également proposée en replay : « La maîtresse était très bien, très explicite, mais on ne savait pas si c’était CP ou CE1… Ça lui paraissait trop facile. » Le lendemain, le petit a carrément coupé l’enregistrement, lassé de revoir de vieilles notions.

« Des révisions pour le brevet seraient bienvenues »

« Pour les CM1, CM2, les exercices de maths me semblaient adaptés, estime Sabrina, mère d’un élève de 3e. Mais des révisions pour le brevet, de la méthodologie par exemple, seraient bienvenues. En attendant, je fournis les ressources manquantes à mon fils. »

Les professeurs à l’écran ne peuvent savoir où en sont leurs élèves-téléspectateurs, rappellent leurs confrères confinés partout en France. « Je suis tombée sur une séance sur l’Odyssée, très conventionnelle, que tous les élèves de sixième ont fait depuis septembre, soupire Maryline*, professeure de lettres. C’est impossible d’adapter les contenus, donc ils proposent des choses conventionnelles. »

« Si tu as la chance de tomber sur le chapitre que tu étudiais en cours, ça peut-être un bon complément, poursuit Charlotte, professeure de mathématiques. Si l’élève doit choisir entre regarder la vidéo ou suivre le cours donné par son prof, il faut sans hésiter suivre son cours ! » Mais les élèves n’ont pas tous accès au logiciel en ligne Pronote ou aux cours proposés en visioconférence par certains professeurs. Et la « télé-éducation » n’est pas forcément adaptée aux besoins des adolescents.

« Ce n’est pas si grave s’ils font une pause »

« Mes élèves me disent que deux heures de sciences économiques et sociales en visioconférence, c’est trop, ils n’arrivent pas à suivre », lance Anna*, professeure principale d’une classe de terminale. Elle a donc décidé « de ne pas avancer le programme en maths. Je suis plutôt en avance donc je laisse de l’espace aux collègues. Je propose aux élèves des annales et je leur explique, par mail ou par téléphone, les points qu’ils n’ont pas compris. »

Son collègue Guillaume, qui télétravaille dans le même appartement, « n’est pas inquiet » pour ses sixièmes et ses quatrièmes : « Ce n’est pas grave si pendant un mois ou deux, ils font un peu une pause, des activités artistiques, de la lecture… » Quitte à squatter devant la télé ?

J’ai vu un extrait où les professeurs lançaient une sorte de jeu, "qui va répondre le plus vite, les parents ou les enfants ?" C’est bien de faire ça de manière détendue. Ça fait de l’entretien. »

Mais comme l’appréciation à la fin d’un bulletin, la sentence de cet enseignant marseillais tombe : « Sur l’aspect apprentissage… C’est très très pauvre. »