Coronavirus : Rentrées d’argent en moins, dépenses alimentaires en plus… Les étudiants souffrent du confinement

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR Les mesures annoncées par Frédérique Vidal sont jugées insuffisantes par certaines organisations

Delphine Bancaud

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Chambre pour étudiant dans la première eco résidence du CROUS de Toulouse.
Chambre pour étudiant dans la première eco résidence du CROUS de Toulouse. — Fred.Scheiber
  • Depuis les mesures de confinement, une partie des étudiants ont vu leurs conditions de vie se durcir.
  • Car ils n’ont plus accès aux restaurants universitaires et doivent renoncer à des rentrées d’argent, certains jobs n’étant plus praticables.
  • La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a annoncé jeudi une série de mesures sociales pour leur venir en aide. Mais elles sont insuffisantes, selon certaines organisations étudiantes.

En temps normal, ils ne roulent déjà pas sur l’or. Mais la situation de certains d’étudiants pourrait encore s’aggraver avec le confinement. Les inquiétudes se portent d’abord sur ceux qui habitent dans une résidence universitaire gérée par les Centres régionaux des œuvres universitaires (CROUS). Beaucoup d’entre eux ont quitté leur logement pour aller rejoindre leur famille. Pour qu’ils ne soient pas pénalisés financièrement, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a annoncé jeudi qu’ils n’auront pas de loyer à payer en avril.

Reste que tous n’ont pas regagné le domicile familial. « Certains n’ont pas voulu se déplacer pour ne pas risquer de contaminer leur famille et se retrouvent seuls dans une petite chambre d’une dizaine de mètres carrés pour une période longue », constate Orlane François, présidente de la Fage. Et leurs conditions de vie se sont largement dégradées : « Les restaurants universitaires sont fermés, ainsi que beaucoup de cuisines collectives dans les résidences. Du coup, les étudiants doivent dépenser plus pour se nourrir, surtout ceux qui ne disposent pas de kitchenette dans leur chambre », observe Mélanie Luce, présidente de l’Unef.

La galère des étudiants étrangers

Pour les étudiants qui résident dans le parc privé, la donne n’est pas plus rose. Car qu’ils soient partis rejoindre leur famille ou pas, ils doivent s’acquitter de leurs loyers. Ce qui pousse le syndicat Solidaires étudiants à demander dans un communiqué « la prise en charge par l’Etat de tous les loyers des étudiants qui louent dans le parc privé pendant toute la durée de l’épidémie de coronavirus ».

Autre catégorie de jeunes qui se retrouvent précarisés par le confinement : les étudiants étrangers. « Ils n’ont pas les moyens de se payer un billet retour et sont exclus de la quasi-intégralité du système des aides sociales étudiantes », indique Mélanie Luce. Même galère pour les étudiants français partis à l’étranger. « Aucun rapatriement n’est prévu par l’État pour eux. Ils doivent se débrouiller par leurs propres moyens pour contacter leur ambassade et doivent financer eux-mêmes leur vol retour, alors que les prix des trajets en avion ont explosé », constate Mélanie Luce. Une solution financière semble cependant exister pour les étudiants Erasmus +, la Commission européenne ayant déclaré que les frais supplémentaires inhérents au retour des étudiants français sur le territoire national pourraient être pris en charge par le programme.

Des revenus en moins et peut-être pour longtemps

Et de nombreux étudiants vont devoir s’asseoir sur des revenus qu’ils comptaient toucher. « Certains devaient commencer un stage rémunéré et en seront privés. D’autres ont vu leur convention de stage rompue par l’entreprise qui les accueillait », souligne Orlane François « On sait aussi que beaucoup de jeunes font des petits boulots non déclarés, comme du baby-sitting ou du soutien scolaire. Des activités qui ont cessé avec le confinement », complète Mélanie Luce.

Le ministère de l’Enseignement supérieur a annoncé jeudi dernier que ceux qui étaient employés dans leur établissement comme agent vacataire temporaire verraient leurs emplois préservés. Cela concerne notamment près de 20.000 doctorants et plusieurs dizaines de milliers d’autres étudiants. Et les étudiants salariés en entreprise pourront bénéficier du dispositif de chômage partiel mis en œuvre par le ministère du Travail. Pour les étudiants autoentrepreneurs, ils pourront bénéficier de l’aide exceptionnelle de 1.500 euros annoncée le 17 mars dernier par le ministère de l’Economie.

Des organisations étudiantes réclament une aide d’urgence

Le ministère s’est aussi engagé à ce que la contribution de vie étudiante et de campus, due chaque année par les étudiants, « puisse dans les meilleurs délais financer des bons d’achat de première nécessité à destination des étudiants qui en ont le plus besoin », notamment ceux qui sont confinés en résidence universitaire.

Des mesures insuffisantes selon l’Unef : « Nous demandons qu’une aide alimentaire d’urgence, renouvelable selon la durée du confinement, soit mise en place. Et qu’elle soit accessible aux étudiants étrangers », indique Mélanie Luce. Une revendication partagée par la Fage, qui estime aussi « qu’il faudrait faciliter le recours aux assistants sociaux des Crous à distance et renforcer l’accès des psychologues accessibles à distance pour les étudiants », ajoute Orlane François. Contacté par 20 Minutes, le ministère de l’Enseignement supérieur a indiqué qu’aucune nouvelle mesure sociale n’était prévue pour le moment.

L’autre crainte des organisations étudiantes est que le gouvernement décide de bouleverser le calendrier universitaire : « Ce serait une catastrophe pour tous les étudiants qui ont prévu un emploi saisonnier pour financer leurs études », prévient Orlane François.

Comment joindre les organisations étudiantes ?

L'Unef a mis en service un numéro dédié (01 42 02 25 55) pour accompagner les étudiants dans leurs démarches. Des bénévoles sont disponibles pour y répondre du lundi au vendredi de 10h à 17h, et le samedi de 13h à 18h. 

Pour joindre la Fage, envoyez un mail à mesdroits@fage.org