Coronavirus : Logement, télétravail, exposition au virus… Les Français pas tous égaux face à l’épidémie

SOCIETE Le coronavirus révèle ou amplifie des inégalités sociales déjà bien connues des chercheurs

Thibaut Le Gal

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Une caissière à Illiers-Combray en Eure-et-Loire, illustration.
Une caissière à Illiers-Combray en Eure-et-Loire, illustration. — JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
  • Ministres, acteurs ou stars de football ont été contaminées par le Covid-19.
  • Au-delà de ces cas emblématiques, se cachent des inégalités sociales face à l’épidémie et au confinement.
  • « L’épidémie rend visible des inégalités déjà existantes et les amplifie car nous vivons une période de restriction de nos mouvements », estime Anne Lambert, sociologue à l’Institut national d’études démographiques (Ined).

 

Sommes-nous tous égaux face au coronavirus ? Bien sûr, le Covid-19 peut infecter tous les habitants du globe, sans distinction. Membres du gouvernement, joueurs de foot, acteurs de cinéma ou citoyens, personne n’est à l’abri. Mais derrière cette exposition apparemment universelle au virus se cachent des injustices sociales. Logement, télétravail, continuité scolaire pour les enfants… L’épidémie et le confinement mettent en lumière des inégalités.

Résidences secondaires et logements surpeuplés

« L’épidémie rend visible des inégalités déjà existantes et les amplifie car nous vivons une période de restriction de nos mouvements. Le confinement accentue par exemple les inégalités de conditions de vie», analyse Anne Lambert, sociologue à l’Institut national d’études démographiques (Ined). Avant les mesures de quarantaine décidées par le gouvernement, certains ont préféré fuir Paris et les métropoles pour rejoindre des résidences secondaires, à la mer ou à la campagne, au risque de propager la pandémie. D’autres sont restés, dans des logements parfois modestes.

« Pour mon fils et moi c’est l’enfer… Nous ne pouvons pas profiter du confinement pour nous reposer, lire ou discuter. Nous subissons les jeux bruyants des enfants des deux familles au-dessus de nous. Les anciens HLM sont mal isolés… c’est insupportable », nous écrit ainsi Chantal, 62 ans.

« Il y a les logements insalubres ou surpeuplés mais aussi les nombreuses personnes vivant dans des petites surfaces, notamment dans les métropoles. Le confinement sera particulièrement dur à vivre pour les populations les plus mal loties, qui vivent habituellement une large part de leur vie sociale à l'extérieur », ajoute Anne Lambert, directrice de l’unité de recherche « logement et inégalités spatiales ».

Le surpeuplement au sein du logement touche
8 % des Français, selon l'Insee en 2017. Le chiffre s’élève à 18 % chez les ménages les plus modestes. « Cette inégalité est systémique, reprend Anne Lambert, car les personnes qui ont les plus petits logements, ou ont été obligées de s’éloigner des centres urbains pour vivre, sont aujourd’hui dans l’obligation d’assurer la continuité de la vie sociale ou l’approvisionnement des villes : personnels de soin, auxiliaires de vie, éboueurs… »

Télétravail et exposition au virus

C’est l’une des autres inégalités : l’exposition au risque de contamination. « La boule au ventre tous les matins » avant d’aller en tournée, témoigne un facteur à 20 Minutes. A La Poste, sur les chantiers, dans les maisons de retraite, les supermarchés, à l’usine ou dans les hôpitaux, de nombreuses personnes continuent d’assurer le service, au péril parfois de leur santé.

Plusieurs syndicats ont alerté sur la montée d’un « sentiment d’inégalité ». « Beaucoup de salariés sont sur le front, souvent des femmes, des ouvriers, des salariés en précarité, des classes populaires, contrairement aux cadres, qui se sont mis à l’abri, quand ils n’ont pas quitté les villes pour des maisons de vacances », résume Eric Beynel, de Solidaires, interrogé par l’AFP.

Là encore, le coronavirus ne fait que mettre en lumière une distinction déjà bien connue. Si le télétravail est une possibilité pour les salariés qualifiés (60,6 % l’ont déjà pratiqué selon une enquête de la Dares de novembre 2019), elle est marginale ou inexistante chez les employés (1,4 %) ou les ouvriers (0,2 %).

« Il y a une inégalité entre ceux qui travaillent derrière un ordinateur et les autres. Certains sont au contact direct des gens, ce sont souvent les plus précaires dans les métiers de service. Les caissières, souvent des femmes peu qualifiées, en sont un bel exemple », confirme Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités. « Les plus favorisés sont moins au contact, mais il faut être prudent, car à l’hôpital par exemple, toutes les qualifications sont représentées, et on retrouve aussi en première ligne des médecins très qualifiés ».

Logement, impossibilité de télétravailler, accès au soin… Les plus modestes seront-ils davantage touchés par le virus ? « Je n’ai pas assez de recul pour vous répondre. Mais dans toute épidémie, plus vous vivez en promiscuité, plus vous avez des chances de l’attraper. Et plus vous avez des problèmes de santé [avant de contracter le virus], plus vous aurez des complications », répond Philippe Juvin, chef du service des urgences de l’hôpital Georges-Pompidou à Paris.

Le coronavirus pourrait aussi creuser le fossé social de manière plus indirecte, notamment au niveau scolaire. Après la fermeture des écoles le 16 mars, des dispositifs ont été mis en place pour assurer la continuité pédagogique à domicile. Mais plusieurs spécialistes rappellent que là aussi les inégalités demeurent, liées à la possibilité d’accompagnement parental, au cadre de vie, ou encore à l’accès à Internet. Au risque d’accroître encore l’écart entre les élèves.