Marseille : « Montrer l’énergie qu’ont ces gens-là », des portraits d’enfants indiens en œuvre d’art pour financer leur éducation

INITIATIVE Philippe Echaroux est parti photographier de jeunes Indiens avant de projeter leur portrait dans les rues, et de vendre les tableaux pour financer leur scolarité

Adrien Max

— 

Le portrait d'un enfant de Calcutta projeté dans la ville.
Le portrait d'un enfant de Calcutta projeté dans la ville. — Philippe Echaroux
  • Philippe Echaroux, street artiste 2.0 originaire de Marseille, est allé en Inde pour photographier des enfants, avant d’en tirer des œuvres d’art dont la vente permettra de financer l’éducation de ces enfants.
  • A travers ce projet il souhaite aussi transmettre la joie de vie et l’entraide de ces populations qui n’ont rien aux Européens.

Un projet caritatif pour scolariser des enfants indiens, révélateur de la chance que nous avons, même en cette période de confinement. Le street artiste 2.0, parce qu’il projette ses œuvres de manières éphémères, originaire de Marseille, Philippe Echaroux, est rentré de Calcutta, en Inde, tout juste une semaine avant le début confinement. Il y a tiré les portraits d’enfants d’un centre éducatif pour améliorer leurs conditions de scolarisation. Des œuvres visibles en ligne durant le confinement grâce à une exposition virtuelle créée par Art Five Galery.

« J’ai répondu à l’invitation de deux Françaises, Violaine et Sophie, qui ont le Blue Turtle Centre. Elles ont récupéré un tout petit local qui ressemble à une terrasse avec deux petites cabanes pour offrir un lieu d’études aux enfants des rues. Ils ne sont pas forcément du quartier, certains marchent jusqu’à trois heures pour venir. C’est un lieu d’éducation un peu plus " safe ", parce qu’on a vu des gamins étudier sur des brouettes, ou même carrément sur le sol », relate Philippe Echaroux.

« Faire attention à ne pas marcher sur ceux qui dorment »

Il a réuni les enfants du centre afin de leur tirer leur portrait. Un portrait ensuite projeté dans un lieu de la ville pour en faire une œuvre d’art, qu’il photographie. La vente des tirages permettra le financement et l’amélioration de leur scolarisation. « Ils avaient tous la banane quand je les photographiais, et ce côté positif est important. Les gamins m’ont aidé à repérer les lieux de projections. Une fois qu’on était sur place, c’était un attroupement pas possible. Il y avait toujours 200 Indiens qui venaient voir ce qu’on faisait », en sourit le street artiste et photographe.

Le portrait d'un enfant de Calcutta projeté dans la ville.
Le portrait d'un enfant de Calcutta projeté dans la ville. - Philippe Echaroux

Les conditions dans lesquelles vivent les habitants de Calcutta, une ville de près de 4,5 millions de personnes, ont profondément marqué Philippe Echaroux. « Tout est ultra-rudimentaire. Beaucoup d’immeubles sont murés, les gens vivent à leur pied. Quand tu te promènes dans la rue la nuit, il faut faire attention à ne pas marcher sur ceux qui dorment. Et quand ils ont un toit sur la tête, souvent leur habitation n’est pas plus grande que des WC chez nous », décrit-il.

Malgré ces conditions de vie très difficiles, Philippe Echaroux retient deux choses de cette expérience : le sourire des habitants, et leur générosité. « Violaine et Sophie m’expliquaient qu’ils étaient très durs entre eux parce qu’ils sont très nombreux. Mais là-bas personne ne meurt de faim malgré la pauvreté, parce qu’ils s’entraident tous. Il y a je ne sais combien de religion, mais tout le monde s’entraide. Même avec rien, ils t’invitent toujours chez eux pour t’offrir un thé. Une fois une femme est venue me voir et on m’a traduit qu’elle me disait qu’elle était pauvre. Je ne savais pas quoi dire, pas quoi faire. Ce n’est qu’après qu’on m’a expliqué qu’en fait elle s’excusait d’être pauvre et de ne rien pouvoir m’offrir », se souvient Philippe Echaroux avec émotion.

Children of Kolkata from www.philippe-echaroux.com on Vimeo.

« Ils n’ont rien, mais pourtant ils sourient et s’entraident »

C’est d’ailleurs ce côté positif qu’il a souhaité mettre en avant à travers ce projet. « Je ne voulais pas parler d’enfants pauvres d’Inde. On a tous nos problèmes. Je voulais plutôt montrer aux Européens l’énergie qu’ont ces gens-là. Ils vivent dans une atmosphère 100 fois plus bordélique que nous, ils n’ont rien, mais pourtant ils sourient et s’entraident. C’est ce message que je voulais faire passer. »

La phrase de Raoult :
La phrase de Raoult : - Philippe Echaroux

Un message résumé par Rahul, un ancien enfant du centre devenu « businessman », comme il se décrit. « Il va dormir dans des églises pour laisser son père dormir assis dans le minuscule local qu’ils ont pour vendre des sacs. Et pour lui rendre hommage j’ai voulu projeter la phrase qu’il avait écrit : " Souris dans n’importe quelle situation de la vie " ». Une dizaine de jours après le départ de Philippe Echaroux, la ville de Calcutta a elle aussi été plongée dans le confinement face à la pandémie du Covid-19.