Coronavirus : Des inégalités entre groupes sanguins face au Covid-19 ? Pourquoi il faut prendre de la distance avec cette étude

FAKE OFF Les personnes appartenant au groupe sanguin O seraient moins susceptibles d’être infectées par le virus, selon des chercheurs chinois. Toutefois, cette étude est à prendre avec du recul, expliquent deux spécialistes à « 20 Minutes »

Mathilde Cousin
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Une prise de sang en Allemagne en 2013.
Une prise de sang en Allemagne en 2013. — Caro / Dittrich/SIPA - 1812051612
  • Le 16 mars, des chercheurs chinois ont publié une étude dans laquelle ils expliquent que les personnes appartenant au groupe O ont un risque « significativement moins élevé » d’être infectées par le Covid-19.
  • Cette étude n’a pas encore été relue par des pairs. Il faudra que d’autres travaux soient réalisés pour confirmer ces résultats, préviennent des experts interrogés par 20 Minutes.
  • Des études sur le Sras, qui avait sévi en 2003 et 2004, s’étaient déjà penchées sur les groupes sanguins.

Une piste pour la compréhension du Covid-19 ? Le 16 mars, une équipe de chercheurs chinoisa publié une étude au sujet des relations entre les groupes sanguins ABO et la possibilité d’être infecté par le nouveau coronavirus.

L’équipe conclut que les personnes du groupe A ont un risque « significativement plus élevé » d’être infectées par ce coronavirus que les personnes des autres groupes. Les personnes du groupe O ont un risque « significativement moins élevé » d’infection comparé aux autres groupes. Les chercheurs ont étudié des patients provenant de trois hôpitaux. Dans le groupe le plus important, composé de 1.175 patients, il y avait plus de malades du groupe A (37,75 %) par rapport aux nombres de personnes du groupe A à Wuhan (32,16 %). A l’inverse, les malades du groupe O étaient moins nombreux (25,8 %) par rapport à la population de groupe O à Wuhan (33,84 %).

« Indispensable de faire d’autres études »

Ces résultats, toutefois, doivent être pris avec beaucoup de recul : ils n’ont pas encore été relus ni validés par des pairs, processus essentiel pour la validation d’une étude. « C’est de la science en marche, il faut être prudent, rappelle à 20 Minutes Jacques Le Pendu, chercheur à l’université de Nantes, dont les travaux portent sur les antigènes de groupes sanguins tissulaires. C’est une première étude et il est indispensable d’en faire d’autres, avec d’autres auteurs, de façon à la confirmer ou à l’infirmer. » Quel que soit votre groupe sanguin, il est donc toujours important de continuer à respecter les gestes qui protègent contre la contamination : se laver les mains régulièrement, se tenir éloigné des personnes malades…

Pourquoi les chercheurs chinois ont-ils étudié les groupes sanguins ? Ceux-ci peuvent avoir des interactions avec certaines maladies infectieuses, rappelle le professeur Jacques Chiaroni, directeur de l’EFS Paca-Corse, dont les travaux portent sur les groupes sanguins : « Le groupe O est moins sensible aux formes graves de paludisme, mais il est plus sensible au choléra ou au norovirus. Il n’existe pas de groupe sanguin qui protège de tout. »

Des anticorps qui empêcheraient le virus d’entrer dans la cellule

Des travaux de recherche menés sur le Sras-CoV, qui avait sévi lors de l’épidémie en 2003 et 2004 en Asie et causé près de 800 morts, avaient déjà évoqué une susceptibilité en fonction du groupe sanguin ABO. « Une étude publiée avait montré que les sujets de groupe O étaient moins susceptibles d’être contaminés, rappelle Jacques Chiaroni. Un des éléments pouvant expliquer cette observation pourrait être lié à une réduction de l’adhésion du virus à son récepteur. Cette réduction serait le fait de la présence de l’anticorps anti-A, naturellement présent dans le sang des sujets de groupe O et absent chez les sujets de groupe A. »

Publiée en 2008 dans la revue Glycobiology, une étude à laquelle a participé Jacques Le Pendu, a été faite pour comprendre ce mécanisme. Comment agit le virus ? « Celui-ci porterait les antigènes du groupe sanguin de la personne qu’il a infectée, développe le scientifique. Les anticorps anti groupe sanguin peuvent bloquer les interactions entre la protéine de spicule du virus et son récepteur dans la cellule. » Ce qui expliquerait que le groupe O soit moins susceptible d’être infecté par le Sras. En effet, les personnes du groupe O fabriquent des anticorps anti-A, empêchant ainsi le virus d’entrer dans les cellules.

Pourquoi les sujets O possèdent cet anticorps alors que les sujets de groupe A ne l’ont pas ? « Les groupes sanguins ABO sont des molécules (antigènes) qui sont portées par les globules rouges et d’autres tissus, explique Jacques Chiaroni. Ces antigènes ne sont pas propres à l’homme. Ils sont présents dans l’environnement et en particulier sur les bactéries de notre microbiote intestinal. Ce contact avec ces antigènes va susciter des anticorps dirigés contre les antigènes que nous n’avons pas. Ainsi, à titre d’exemple, le sujet du groupe A, ne possédant pas l’antigène B, va fabriquer des anticorps anti-B, alors qu’un sujet du groupe O, qui n’a ni antigène A ni antigène B, va fabriquer des anticorps anti-A et anti-B. Bien qu’il faille être très prudent sur toute conclusion, ce seraient ces anticorps anti-A du sujet de groupe O (qui sont absents chez le sujet de groupe A) qui pourraient réduire la pénétration du virus. » Une piste à explorer.

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