Coronavirus : Problèmes de connexion, trop de devoirs, dur de se motiver… Les débuts difficiles de l’école à la maison

EDUCATION Après une semaine de classe à domicile, « 20 Minutes » fait un premier bilan avec ses lecteurs, qu’ils soient élèves ou parents

Delphine Bancaud

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Un enfant travaille pendant la période de confinement dûe à la crise sanitaire.
Un enfant travaille pendant la période de confinement dûe à la crise sanitaire. — MARIO FOURMY/SIPA
  • Depuis la fermeture des établissements scolaires, lundi dernier, pour éviter la propagation du coronavirus, les familles expérimentent l’école à la maison.
  • Entre les problèmes de connexion, les informations disparates, le manque d’interactivité, la continuité pédagogique n’est pas évidente.
  • S’improviser coach scolaire pour les parents est un réel défi. Surtout pour ceux qui télétravaillent en même temps.

 

Depuis la fermeture des établissements scolaires, lundi dernier, pour éviter la propagation du  coronavirus, c’est l’école à la maison. Et tout ça, dans l’improvisation. Les familles ont à leur disposition les ressources du Centre national d’enseignement à distance (Cned) et les espaces numériques de travail, sur lesquels les enseignants déposent des cours ou documents de travail. Par ailleurs, beaucoup d’enseignants ont inventé d’autres moyens ingénieux pour garder le contact avec leurs élèves.

Oui, mais voilà, beaucoup de familles ont rencontré des problèmes de connexion. A l’instar de Violaine, mère de trois enfants, qui a répondu à notre appel à témoins : « Le début de semaine a été très difficile avec de nombreuses difficultés de connexion. Mais vers mercredi, on a ressenti une nette amélioration », a-t-elle constaté. Idem pour Fabienne et son fils, lycéen de seconde, qui utilisent le système D pour contrer les problèmes techniques : « La plateforme Elyco (espace numérique de travail) est souvent saturée. Le seul recours dans ces cas-là, est d’appeler les copains pour qu’ils transmettent les captures d’écran qu’ils ont pu faire ». Et pour ceux qui habitent dans des zones où la 4G passe mal, c’est la double peine : « Semaine de galère quand vous êtes dans une zone à bas débit avec un matériel peu ou pas adapté ! De plus, nous avons rencontré de grosses difficultés de connexion en raison de l’affluence sur les serveurs », témoigne ainsi Marie.

« La compréhension des devoirs et la motivation sont beaucoup plus difficiles »

La mise en route de l’enseignement à distance ne semble pas non plus avoir été facile du côté des profs, d’où une certaine pagaille dans les informations délivrées aux familles, estime Marianne : « Les professeurs ne mettent pas les devoirs au même endroit sur Toutatice (espace numérique de travail). Alors avec notre garçon qui est en 5eme, on met beaucoup de temps le matin à aller chercher les devoirs », indique-t-elle.

Et certains élèves ont un mal fou à se mettre au boulot et à trouver un rythme. Comme la fille de Violane, élève de 1re : « La compréhension des devoirs et la motivation sont beaucoup plus difficiles. Levée à 12h et couchée a minuit, elle travaille l’après-midi ». « C’est assez difficile de se mettre au travail nous-même puisqu’on a quasiment jamais eu l’occasion d’être autonome », reconnaît aussi Lilia, elle aussi en 1re. D’autant que l’interactivité manque vraiment aux élèves, comme c’est le cas pour Elise, du même niveau : « Je n’ai absolument aucun cours en vidéo. Je travaille, mais sans être en cours. C’est très compliqué de suivre et de tout comprendre », estime-t-elle. Et tenir concentrés les plus petits s’avère sportif : « Les enfants ne sont attentifs qu’un temps réduit, car ils sont distraits à la maison par un rien », témoigne Isabelle, mère de quatre enfants.

Les parents, des profs pas comme les autres !

S’improviser coach scolaire pour les parents n’a rien d’évident non plus : « Nous ne sommes pas professeurs. Les nouvelles leçons, je les explique comme on me les a apprises et lors de la correction renvoyée par l’institutrice, je me rends compte que ce n’est pas le bon procédé », reconnaît Isabelle. Plus rares sont les parents, à l’instar de Benjamin, qui semblent avoir trouvé leurs marques : « Nous avons gardé le rythme de l’école. Je navigue entre deux niveaux, CP pour mon garçon et CM2 pour ma fille. Le matin, on étudie le français et les maths. L’après-midi, on a créé un coin regroupement dans la salle avec des coussins. Avant de reprendre, on fait des petits exercices de respiration, puis on étudie l’anglais, la géo, l’Histoire, les sciences ou la musique. J’utilise beaucoup des sites pédagogiques comme lumni. On termine par sport », raconte-t-il. Peggy, elle, ressent aussi une certaine satisfaction : « Mon fils est content que je sois sa maîtresse. Et moi, je prends du plaisir dans ce nouveau rôle ».

Autre difficulté pour les parents : gérer cette nouvelle mission de pédagogue avec leur propre télétravail : « Quand les deux parents télétravaillent, c’est impossible de tout concilier. Une collègue a dû m’aider à superviser mes dossiers. Même si mon patron est très indulgent, cela génère beaucoup de stress et de frustration », témoigne Elise. « Les enseignants nous abondent d’exercices à faire faire aux enfants et cela ne nous permet pas de pouvoir travailler. Et je me suis fait reprendre par les deux maîtresses de mes enfants car nous ne rendions pas les devoirs à temps », renchérit Gaëlle. Et pour ceux qui ne télétravaillent pas, épauler correctement les enfants dans leur travail est tout bonnement impossible : « L’école à la maison… C’est super quand les parents sont à la maison ! Nous sommes un couple d’hospitalier, donc pour nous, les devoirs commencent à 19h avec des enfants peu prédisposés et des parents fatigués ! », déplore Hélène.

« Nous ne serons pas préparés correctement pour le baccalauréat »

Et si la scolarisation des enfants handicapés est toujours difficile dans notre pays, l’école à la maison est encore plus difficile pour eux… « Si vous avez un enfant dys, les choses se compliquent. Comment comprendre un cours sur les fractions exponentielles sans un exemple concret ? », interroge Marie, une maman. « Notre aîné souffre de TSA (Troubles du spectre autistique). Pour lui qui est en 4ème, nous devons centraliser toutes les informations, remplacer ses professeurs et son AVS. Il faut le canaliser, le motiver, copier ses cours… Pas évident, surtout que les enfants écoutent souvent moins leurs parents », confie Anaïs.

Outre ce quotidien scolaire bouleversé, ce qui inquiète les familles, c’est surtout le fait qu’il puisse durer : « La peur du moment, c’est l’après. Comment va se passer la fin de l’année scolaire, et surtout vont-ils passer en classe supérieure ? Auront-ils le niveau ? », s’interroge Natacha, mère de trois collégiens. Idem pour Lilia, élève de 1re : « Mon lycée comptait nous faire passer l’oral blanc de français la semaine du 16 mars. On n’a pas pu le passer et donc pas pu s’exercer », déplore-t-elle. L’échéance du bac angoisse aussi de nombreux élèves comme Lorie : « Nous ne serons pas préparés correctement pour le baccalauréat. Nous aurons tous des lacunes qui nous bloqueront à un moment donné. C’est pour cela que je souhaiterais que le bac soit entièrement en contrôle continu sinon, il y aura de grosses disparités selon les régions », estime-t-elle.

Certains profs donnent-ils trop de boulot ?

Comme les enseignants ne se réunissent plus en salles de profs, leur coordination n’est pas optimale. D’où une charge de travail trop importante pour beaucoup d’élèves : « La semaine a été cauchemardesque pour mes deux collégiennes (en 5e et 3e), indique ainsi Mamadou. Elles ont croulé sous des quantités astronomiques de travail, souvent noté… Elles n’ont jamais terminé avant 18h, passent la journée face à l’ordinateur (on est très loin des 3 à 4 heures recommandées). Chaque prof pense être seul, envoie du travail sans trop de coordination avec ses collègues. Même le prof d’EPS a envoyé une séance de sport à la maison et demande un compte rendu A ce rythme-là, c’est le burn-out avant la fin de semaine », s’inquiète-t-il. Fanny, qui doit superviser la scolarité de quatre enfants, trouve même que certains profs font du zèle : « Les enseignants mettent une pression si les devoirs maison ne sont pas rendus à temps. Ils donnent le double de travail par rapport à d’habitude. Je me demande s’ils n’en profitent pas pour rattraper le retard qu’ils ont pris dans l’année sur le programme ».

Certains élèves se sentent aussi débordés. Comme Mathieu : « La charge de travail est beaucoup trop importante. Avec notamment une durée de devoirs approximative de 1h30 par jour et par matière. Seul problème, nous avons six matières. Ce qui fait un temps de travail de 9 heures, si on prend le temps de tout faire correctement, cela est bien loin de nos 7 heures de cours habituellement, qui comprennent du temps de discussion avec nos professeurs », compare-t-il.

Et pour Agathe, élève en terminale STMG, qui est confinée depuis deux semaines dans l’Oise, la fatigue se fait déjà ressentir. « J’arrive à tout rendre dans les délais demandés par les professeurs, mais je fais des journées de 9h – 23h en faisant des pauses repas/douches, et le rythme commence à être dure je ne me vois pas faire 6 semaines comme ça, même si nous n’avons pas le choix ». « Il faut que les leçons soit plus ludique et ralentir la cadence, même si cela veut dire prendre du retard sur le programme établi par l’Education nationale », recommande Vany.