Coronavirus : Policiers et gendarmes ont encore du mal à faire respecter le confinement

VIRUS Alors que de nombreux Français sortent de chez eux malgré le confinement ordonné par gouvernement, les forces de l’ordre s’apprêtent à durcir le ton

Thibaut Chevillard

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Des gendarmes effectuent des contrôles près de Nantes
Des gendarmes effectuent des contrôles près de Nantes — JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP
  • Depuis ce mardi, le gouvernement a ordonné le confinement des Français pour contenir l’épidémie de coronavirus.
  • De nombreux Français contreviennent à l’obligation d’isolement et n’hésitent pas à sortir dans les rues, au risque d’être sanctionnés d’une amende de 135 euros.
  • Les 100.000 policiers et gendarmes mobilisés pour faire respecter le confinement s’apprêtent à serrer la vis, quitte à placer les contrevenants en garde à vue.

En visite à l’institut Pasteur, Emmanuel Macron s’est énervé. Le confinement imposé depuis mardi par le gouvernement « n’est pas aujourd’hui parfaitement respecté ». « Quand je vois que des gens continuent d’aller au parc, à se mettre ensemble, à aller à la plage ou se ruer dans les marchés ouverts, c’est qu’ils n’ont pas compris les messages », a déploré ce jeudi le président de la République.

Pourtant, sur le terrain, 100.000 policiers et gendarmes ont été déployés pour faire respecter le confinement. Alors que l’amende de 135 euros n’en dissuade pas certains de sortir sans motif légitime, les autorités ont décidé que les mesures déployées pour « combattre » le coronavirus seraient appliquées de façon « plus stricte », a annoncé le ministre de l’Intérieur ce vendredi.

Le week-end s’annonce ensoleillé dans les Landes, et la gendarmerie a prévu de multiplier les contrôles, notamment sur les côtes qu’un hélicoptère survolera. Idéal pour repérer les voitures de ceux qui auraient été tentés d’aller à plage.

« Nous rencontrons deux types de comportements au sein de la population », confie à 20 Minutes le colonel Laurent Langelier, commandant du groupement de gendarmerie des Landes. « Il y a ceux, principalement les locaux, qui comprennent la nécessité des mesures prises. Et ceux avec qui nous avons des difficultés parce qu’ils considèrent que cette période de confinement est l’occasion de se rendre dans leur résidence secondaire, de profiter des plages et du soleil », poursuit-il.

Sur le département, une cinquantaine de personnes prises en flagrant délit de « mauvaise foi » ont été verbalisées, ajoute l’officier, soulignant que ce chiffre lui paraissait « raisonnable ». Ce dernier n’a jamais vu « autant de personnes se mettre au sport ou promener leur chien », parfois loin de chez eux. Les pistes cyclables, elles, restent encore « fréquentées ».

Gardes à vue

Dans le Pas-de-Calais, la police ne se contentent plus de distribuer des amendes pour faire respecter le confinement. Deux personnes qui avaient déjà été verbalisées ont ainsi été placées en garde à vue pour « mise en danger de la vie d’autrui par violation délibérée des mesures destinées à prévenir et limiter les conséquences des menaces sanitaires sur la santé ». Une infraction passible d’un an de prison et 15.000 euros d’amende.

Parmi ces deux personnes, un homme interpellé à Bruay-la-Buissière alors qu’il consommait de l’alcool sur la voie publique, ce jeudi vers 16h, indique une source policière. Quatre autres personnes, avec lesquelles il se trouvait, ont pris la fuite. Dans la région lyonnaise, quatre personnes ont également été placées en garde à vue ce vendredi pour ne pas avoir respecté les mesures de confinement.

En Seine-Saint-Denis, les policiers avaient déjà pour instructions de ne pas hésiter à verbaliser les contrevenants. « Sur la première journée, 10 % des PV dressés en France l’ont été en Seine-Saint-Denis », a déclaré au Parisien Fabienne Klein-Donati, procureure de la République de Bobigny.

Depuis jeudi, les fonctionnaires ont aussi reçu pour consigne d’interpeller et de placer en garde ceux qui ont été verbalisés plusieurs fois. « Il n’y a pas de nombre établi, la réitération est potentiellement établie à partir de deux fois », nous explique une source judiciaire. Au moins sept personnes ont été déjà placées en garde à vue dans le département. Deux d’entre elles ont été libérées après avoir écopé d’un rappel à la loi.

Eviter les contrôles dans « les quartiers sensibles »

Dans les Hauts-de-Seine, les policiers s’inquiètent d’une situation qui devient par endroits explosive. A Nanterre, les policiers ont même reçu un e-mail leur demandant d’éviter les contrôles dans « les quartiers sensibles comme Pablo Picasso, Petit Nanterre, Zilina ou Vieux Pont ».

« On nous l’a demandé afin d’éviter les incidents avec les jeunes, d’éviter les affronts », explique à 20 Minutes une source proche du dossier. « On est en train de se rendre compte que la consigne sera difficile à faire appliquer dans certains quartiers », ajoute cette source, amère. « Il y a aussi beaucoup de commerce souterrain, comme les stupéfiants. Vu qu’il y a en ce moment beaucoup moins d’argent à se faire, ça risque de grogner. »

La capitale n’est pas épargnée non plus par les mauvais comportements. « Le Bois de Boulogne ou le Champs de Mars étaient encore noirs de monde hier », tempête un policier. « Trop de comportements insouciants voire irresponsables sont encore à déplorer », écrivent la maire de Paris et le préfet de police, dans un communiqué commun. Sauf exception, il est désormais interdit de se déplacer ou de se rassembler sur les voies sur berges, les pelouses de l’Esplanade des Invalides et du Champ-de-Mars.

Enfin, la Préfecture de police a fait savoir dans un communiqué que les contrôles dans les gares parisiennes allaient être renforcés « dès vendredi soir et durant le week-end ». Les départs en vacances ou en week-end « ne font pas partie des cas visés par l’attestation » de déplacement dérogatoire.