Coronavirus : Les Gaulois sont-ils vraiment réfractaires au confinement ?

LIBERTÉS Alors que l’épidémie de coronavirus ne cesse de s’amplifier, les dérogations aux mesures de confinement « sont détournées par quelques uns », qui « cherchent à faire les malins », a déploré Christophe Castaner ce vendredi

Vincent Vantighem

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Paris, le 17 mars 2020. Deux hommes font leur footing non loin de la Tour Eiffel alors que le confinement a été ordonné en raison de l'épidémie de coronavirus.
Paris, le 17 mars 2020. Deux hommes font leur footing non loin de la Tour Eiffel alors que le confinement a été ordonné en raison de l'épidémie de coronavirus. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Depuis ce mardi, le gouvernement a ordonné le confinement des Français pour contenir l’épidémie de coronavirus qui a causé la mort d’au moins 372 personnes, selon le dernier bilan.
  • De nombreux Français contreviennent à l’obligation d’isolement et n’hésitent pas à sortir dans les rues, au risque d’être sanctionnés d'une amende de 135 euros.
  • Selon les spécialistes, le gouvernement va devoir durcir et prolonger ce confinement pour ralentir l’épidémie et limiter le nombre de victimes.

En ce moment, Emmanuel Macron a sans doute autre chose à faire que de flâner sur Twitter. Mais, a-t-il vraiment besoin de ça pour savoir que certains Français font n’importe quoi face à l’épidémie de coronavirus ? A l’image de cette femme qui trouve « merdique » de rester confinée et préfère bronzer sur la plage de Nice (Alpes-Maritimes). Ou ce sportif du dimanche qui met la patience du ministère des Sports à rude épreuve en demandant des conseils pour aller faire son footing dans la Vienne. Sans parler de ceux qui continuent de faire leur marché à Belleville comme si de rien n’était…

Capture d'écran d'un échange Twitter sur le coronavirus.
Capture d'écran d'un échange Twitter sur le coronavirus. - Twitter

Les médecins ont beau défiler tous les soirs aux journaux télévisés, les messages ont beau s’afficher en capitales : les Français ne semblent pas avoir compris qu’ils devaient rester chez eux pour sauver des vies. Y compris la leur… « La meilleure façon de combattre le Covid-19, c’est de rester chez soi », a réitéré Christophe Castaner ce vendredi, avant d’annoncer un contrôle plus strict des mesures de confinement ce week-end.

Ces mesures, les Français vont devoir s’y habituer. Ce vendredi matin, Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement, a laissé entendre que le confinement serait « probablement » prolongé. « Cela pourrait durer six semaines. Voire plus… », estime déjà Yazdan Yazdanpanah, directeur de l’infectiologie à l’Inserm.

« Chaque jour qui passe est un jour de perdu… »

Difficile de croire que les Français seront capables de tenir alors que le Printemps pointe justement le bout de son nez… « Quand je vois les images des poussettes dans les parcs et des gens qui pique-niquent, cette insouciance me désespère… », lâche Philippe Klein. Installé à Wuhan (Chine), ce médecin est sans doute l’un des mieux placés pour analyser la situation après avoir observé soixante jours de confinement. « Au début, les Chinois avaient le droit de sortir un peu… Mais l’épidémie continuait de flamber, raconte-t-il. Alors des mesures drastiques ont été prises. C’est ce qu’il faut faire ! Je sais que chaque jour qui passe est un jour de perdu dans la lutte contre l’épidémie. Et que nous allons le payer ! »

Spécialiste du contournement des règles, les Français resteront-ils réfractaires au confinement jusqu’à ce que le nombre de morts explose vraiment ? Non, si l’on en croit Frédéric Bizard, économiste et enseignant à Sciences Po spécialisé dans les politiques de santé : « Dans la très grande majorité, les Français respectent l’isolement. Mais dans toute société, il existe une minorité déviante. Et c’est celle-là que l’on voit d’abord… »

Les derniers clichés diffusés par les agences de presse lui donnent raison. On y voit des Milanais qui continuent à faire leurs courses sans masque alors qu’au même moment, à seulement soixante kilomètres de distance, les cercueils s’empilent à Bergame. Et des centaines d’Australiens agglutinés encore mercredi sur Bondi Beach, juste à côté de Sydney, alors que le pays vient de fermer ses frontières…

Les précédents du Sras et du H1N1

« Le problème français est d’abord un problème d’anticipation, assène Frédéric Bizard. Et de manque de matériel. On confine les gens car nous ne sommes pas en mesure de les protéger. » Et l’économiste de citer le cas de Singapour, entre autres exemples, où chaque habitant est systématiquement dépisté et où les masques ne manquent pas. « Tout simplement parce que les pays d’Asie ont connu le Sras en 2003 et qu’ils ont compris qu’il fallait élaborer des stratégies au cas où… »

En France, il y avait bien « un stock d’Etat de 1 milliard de masques chirurgicaux et 600 millions de masques FFP2 », a souligné Olivier Véran, le ministre de la Santé, ce jeudi soir. Avant de préciser que ces équipements avaient été déstockés en 2011 et 2013…

En Chine, des comités de quartier approvisionnent les habitants

Philippe Klein, pour sa part, préfère s’attarder sur la capacité qu’a eu la Chine à approvisionner ses habitants durant le confinement. « On le voit, en France, les gens ont le droit de sortir pour acheter à manger. Ici, pendant le confinement, l’alimentation était gérée par des comités de quartier qui faisaient le tour des habitants. C’est à ce prix que l’épidémie a enfin pu être ralentie… »

Et c’est pour ça que la crainte des autorités chinoises est aujourd’hui de voir le virus revenir par un foyer… extérieur au pays. La France, elle, n’en est pas encore du tout à ce stade. Elle envisage doucement de durcir les mesures pour contraindre les gens à rester véritablement enfermés. Un exemple ? Le préfet de police de Paris vient d’annoncer la fermeture de tous les parcs et des voies sur berges, principal axe de promenade dans la capitale quand les beaux jours arrivent. Histoire que tout le monde comprenne bien que l’heure n’est plus à la balade.