Coronavirus en Bretagne : « On ne va pas manger que des pâtes »… L’agroalimentaire en plein doute

EPIDEMIE Si certains sites voient leur activité grimper en flèche, d'autres subissent de plein fouet l'épidémie de coronavirus

Camille Allain

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Illustration d'une usine d'agroalimentaire ici près de Rennes, en Bretagne.
Illustration d'une usine d'agroalimentaire ici près de Rennes, en Bretagne. — C. Allain / 20 Minutes
  • L’industrie agroalimentaire bretonne subit elle aussi l’épidémie de coronavirus. Certaines entreprises tournent au ralenti, quand d’autres turbinent.
  • De nombreuses entreprises sont confrontées à la baisse d’activité à cause de la fermeture des restaurants et cantines.
  • Si aucune pénurie de main d’œuvre n’est constatée, l’incertitude plane sur la continuité de la filière logistique.

Souvent considérée comme « le grenier de la France », la Bretagne subit de plein fouet la crise du coronavirus. Si ses agriculteurs et ses éleveurs peuvent continuer à travailler, ils voient leurs canaux de distribution se réduire. Avec eux, c’est toute l’industrie agroalimentaire qui est en plein doute. On voit d’un côté des sociétés à l’agonie, plombées par la fermeture des restaurants et des cantines. Et de l’autre des sites qui carburent pour répondre à l’appétit grandissant de la grande distribution. 20 Minutes fait l’état des lieux d’un secteur en pleine tourmente qui se réfugie derrière un mot d’ordre : « mangez varié ».

« Je vous préviens, je vis sous le stress ». Joël Tingaud a la voix calme et le ton posé. Mais pour le patron des Ateliers de l’Argoat, la situation est loin d’être simple. A la tête d’une société qui fait travailler 85 personnes à Plélan-le-Grand (Ille-et-Vilaine), il a vu plus de la moitié de son chiffre d’affaires s’envoler avec la fermeture des restaurants. Heureusement pour lui, ses andouilles faites maison continuent d’être vendues par la grande distribution. « Mais on voit que les grandes surfaces privilégient les produits à forte rotation. On se retrouve avec des stocks importants dont on ne sait pas trop quoi faire », admet Joël Tingaud. Pour l’instant, le patron continue de faire travailler la plupart de ses salariés en usant du temps partiel. Débordé de demandes l’été dernier, l’entrepreneur avait même recruté pour faire face à l’activité croissante. Mais ça, c’était avant la naissance de l’épidémie de Covid-19.

« Les entreprises sont parties du jour au lendemain »

Face à l’incertitude de la période de confinement, le patron des Ateliers de l’Argoat est dans le flou. Il n’est pas le seul. A Concarneau (Finistère), le chantier de construction de la nouvelle usine de la Brasserie de Bretagne est à l’arrêt, ou presque. « Les entreprises sont parties du jour au lendemain. Je peux le comprendre au vu de la situation mais c’était un peu brutal ». A l’image du préfet du Morbihan, qui exhorte les entreprises à rouvrir, le patron de la plus grande brasserie bretonne espère que les ouvriers seront bientôt de retour. « Nous pouvons trouver des solutions et faire travailler les corps de métier à tour de rôle afin de limiter les contacts », suggère Marc-Olivier Bernard.

En attendant de voir le chantier reprendre, le patron de la brasserie Britt a prolongé la vie de son usine historique à Trégunc. « Nous avons une baisse d’activité du fait de la fermeture des cafés. Nous avons levé le pied sur la production car nous savons que nos produits ne sont pas indispensables à la survie. Mais cette période de confinement ne doit pas signifier qu’on ne se fait plus plaisir. Nos bières sont là pour ça. Je veux inviter les consommateurs à varier leurs achats. On ne va pas manger des pâtes tous les jours ». Un peu plus d’un tiers de sa cinquantaine de salariés est actuellement à l’arrêt.

« Un pic de ventes sans précédent »

Plus à l’Est, Fabrice Chapuzet vit la situation inverse. A la tête de la marque Champignons Lou, installée à côté de Fougères (Ille-et-Vilaine), le patron a vu l’activité de son usine exploser en début de semaine. « Un pic de ventes sans précédent », reconnaît-il. Les commandes de champignons, vendus à 98 % à la grande distribution, ont été multipliées par quatre, voire par cinq. « Nous n’avons pas pu faire face. Nous avons pu honorer 65 à 70 % de la demande pendant ces trois jours ».

Depuis, la situation est revenue à la normale mais l’activité du site reste soutenue. Heureusement pour lui, Fabrice Chapuzet peut compter sur près de 100 % de ses 170 salariés. « Nous avons constaté une réelle mobilisation collective ». Tous les deux jours, l’entreprise Lou réunit ses équipes sur le parking de l’entreprise pour les informer. « Notre inquiétude, c’est de savoir si nous pourrons toujours être approvisionnés en matières premières, en emballages. Pour travailler, il faut produire mais il faut aussi expédier. Combien de temps le transport va-t-il tenir ? Et les centrales ? », questionne le patron de Lou.

« Les vaches ne s’arrêtent pas de produire »

Le dirigeant tacle au passage l’absence de certains interlocuteurs. Dans l’administration mais aussi chez certaines enseignes de la grande distribution, injoignables depuis plusieurs jours. Pour tenter de faire le lien entre les différents corps de métier, l’association bretonne des entreprises agroalimentaires (ABEA) s’est largement mobilisée. Son message va dans le même sens. « Nous avons des entreprises qui ne peuvent pas s’arrêter. Les vaches n’arrêtent pas de produire du lait, le végétal non plus », image Marie Kieffer, directrice de l’ABEA.