Coronavirus : Karaoke, « pas d’éléphant », ébats… A cause du confinement, ils ne supportent (déjà) plus leurs voisins

VOUS TEMOIGNEZ Les lecteurs de « 20 Minutes » racontent leurs soucis de voisinage depuis que la consigne est de rester chez soi afin d’endiguer l’épidémie de Covid-19

Laure Cometti
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Les voisins, illustration.
Les voisins, illustration. — PURESTOCK/SIPA
  • Depuis mardi à midi, les Français doivent rester chez eux le plus clair de leur temps, a ordonné l’exécutif.
  • Cette situation inédite suscite des tensions entre voisins, principalement à cause du bruit, de la mauvaise isolation des logements et de certains comportements.
  • Des internautes partagent auprès de 20 Minutes leurs soucis, et parfois aussi leurs bonnes nouvelles.

« Quel calme ! Confinement à vie ! » Si Anthony, 37 ans, se réjouit d’être coincé chez lui à cause de la crise du coronavirus, c’est pour une seule et unique raison : ses voisins étudiants de l’étage du dessus, « qui sont tout sauf discrets d’habitude », sont rentrés chez leurs parents. « Pour ma femme et moi, c’est le paradis ! »

Son cas est une exception : pour de nombreux lecteurs et lectrices de 20 Minutes, confinement ne rime pas avec apaisement. Nous vous avons demandé si, depuis que vous restez chez vous, vous avez des soucis avec vos voisins et voisines, et vous avez été plus d’une centaine à nous répondre.

Travaux, musique, aspirateur trois fois par jour, sexe

Le bruit est clairement votre principal souci. Pour Loïc, 28 ans, les nuisances sonores des voisins étaient déjà un problème depuis un an, mais le confinement aggrave les choses. « Les deux premiers jours, avec un casque sur les oreilles de 9 h à 18 h, ça a permis de relativiser un peu », explique le jeune homme, qui télétravaille. Mais après quatre jours, Loïc n’en peut plus. « J’ai le sentiment d’être désormais otage des bruits de pas d’éléphant, des chaises qui grincent sur le carrelage et de leurs karaokés dissonants ».

Le confinement rend certaines personnes très actives. « Notre voisin du dessus alterne tous les jours les travaux, l’aspirateur trois fois par jour et une playlist à fond, avec les mêmes chansons en boucle », raconte Nejma, 24 ans. Pour Brice, ce sont les ébats bruyants qui sont durs à supporter. « Ils ont fait ça quatre fois en une matinée, ça me rend ouf. »

Angoisses et délation

Certains ont d’autant plus de mal à supporter le bruit de leurs voisins qu’ils sont anxieux à cause du confinement. « Mon voisin a eu la brillante idée de faire des travaux du matin au soir, alors que je suis censé télétravailler tout en gérant mes crises d’angoisses », se désole Karim, 25 ans.

Et ces nuisances ne concernent pas que les métropoles. « Ici, en Normandie, les Parisiens organisent des cousinades dans leurs résidences secondaires. Ils font des repas de famille, invitent des amis », s’étrangle une lectrice qui demande à rester anonyme. Plusieurs lecteurs dénoncent le non-respect des consignes de confinement de leur voisinage.

Enfants confinés, adultes énervés

Le sujet des enfants revient bien sûr très souvent dans vos témoignages, alors que les tous les établissements scolaires sont fermés depuis le 16 mars. Il y a ceux qui subissent le bruit des enfants des autres, comme Nathalie, la cinquantaine. « Je n’en peux plus. Les enfants des voisins crient et tapent toute la journée par terre ».

Il y a aussi les parents en galère, car le bruit du voisinage nuit aux révisions et au sommeil de leur progéniture. « Notre ado travaille car il a des examens, mais les mômes des voisins se jettent contre les murs, hurlent, et les parents leur crient dessus », raconte Eve. « Mes enfants n’arrivent pas à faire la sieste, ni à s’endormir le soir, car mon voisin du dessus fait beaucoup de bruit, dès 7 h et jusqu’à 23h », s’inquiète Katia, 33 ans.

D’autres parents sont stressés, craignant que leurs enfants ne dérangent. « Maman de six enfants, je les oblige à faire le moins de bruit possible, sachant que notre immeuble est très mal insonorisé », explique Lydia, 37 ans.

Tentatives diplomatiques… et craquages

Pour essayer de cohabiter au mieux pendant cette période, certains internautes ont tenté de dialoguer. Delphine, développeuse Web de 24 ans, a mis un mot dans la boîte aux lettres de tous les habitants de son immeuble, « appelant simplement à la solidarité et à ne pas faire de bruit excessif, pour ceux en télétravail, comme mon compagnon et moi ». Mais l’initiative n’a pas fait l’unanimité. « Nos voisins du dessus nous ont mis le papier sur le palier de la porte avec des insultes ».

Certains supportent si mal leurs voisins qu’ils en viennent à fuir. A Toulon, Marie souffre du bruit de la télé et des jeux vidéo de son voisin du dessous. Après une altercation, la sexagénaire a décidé d’aller passer quelques nuits à l’hôtel « pour avoir du calme ».

A Nice, Kevin a décidé de quitter son appartement. « Jusqu’à présent, les voisins ne me posaient pas de problème, peut-être car j’étais au bureau du matin au soir ». Désormais confiné, ce cadre dans les croisières déplore « la mauvaise isolation phonique de cet immeuble ancien » et les comportements de ses voisins. « Ceux du palier mettent la musique à fond. A l’étage du dessus, ils se disputent et s’insultent en hurlant. Ça crée une atmosphère très pesante. »

Mercredi, le jeune homme a envoyé son préavis de départ par lettre recommandée. « Il en va de ma santé mentale. Je ne dors plus la nuit, je suis amorphe le jour. » Kevin espère pouvoir se réinstaller au plus vite dans son ancien appartement, quitté début mars et resté vacant… Si toutefois les conditions de déménagement fixées par le ministère de l’Intérieur le lui permettent.

Solidarité et rencontres aux balcons

Heureusement, certains voisins s’entendent bien mieux. « Hier soir, nous avons organisé un apéro balcon avec de la musique, nous étions tous à notre terrasse en train de boire un verre en dansant ! Un super esprit de groupe et de solidarité », s’enthousiasme Audrey, 25 ans.

Chez Valérie, « une vraie solidarité s’est créée, un groupe WhatsApp a été créé. On s’envoie des messages pour faire rire tout le monde, prendre des nouvelles et se donner des trucs si besoin (laissés au portail sans se voir). Ça réchauffe les cœurs ». D’autres ont aussi commencé à nouer des liens avec leurs voisins de balcon, en applaudissant les soignants à 20h. Des relations qui pourront se consolider au fil des prochaines semaines de confinement.