Coronavirus : « On a peur que ça dure longtemps »… Près de Toulouse, le marché de Fronton à l’heure du confinement

REPORTAGE Rendez-vous commercial majeur au nord de Toulouse, Fronton a vécu son premier marché ce jeudi depuis la mise en place du confinement pour lutter contre le coronavirus. En version très réduite

Nicolas Stival
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Le marché de Fronton, en Haute-Garonne, en version réduite pour cause de confinement, le 19 mars 2020.
Le marché de Fronton, en Haute-Garonne, en version réduite pour cause de confinement, le 19 mars 2020. — Nicolas Stival / 20 Minutes
  • Le marché de Fronton, en Haute-Garonne, a eu lieu ce jeudi matin, comme toutes les semaines.
  • Seuls des commerçants alimentaires étaient autorisés, sur une surface et avec une affluence très réduites par rapport à d’habitude.
  • Le maire de cette commune d’environ 6.000 habitants entend continuer à faire travailler les producteurs locaux, tant que l’Etat lui en donne le droit.

En Occitanie et au-delà, Fronton et ses environs sont réputés pour leur vignoble. Dans le nord de la Haute-Garonne, cette petite ville d’un peu plus de 6.000 habitants, à 30 km de Toulouse, est aussi connue pour son marché du jeudi matin, qui réunit d’ordinaire une centaine de commerçants en plein air, et une trentaine sous la halle. Une fois par semaine, la foule, mêlant personnes âgées et poussettes, avance au ralenti entre les stands de vêtements ou de fruits et légumes. On slalome paisiblement entre les grappes de personnes qui discutent.

Rien de tout ça ce jeudi, deux jours après le confinement décidé dans toute la France pour lutter contre le coronavirus. Les marchés alimentaires restent autorisés. Mais à Fronton, sa partie en plein air n’enlace plus comme d’habitude le centre-bourg, avec sa mairie et sa belle église du XVIe siècle en briques rouges.

Les parkings d’ordinaire bondés sont clairsemés, le silence s’est fait. Seuls une quinzaine d’étals sont installés sur toute la longueur de l’esplanade Pierre-Campech, devant le monument aux morts.

« Nous avons appelé les commerçants qui proposent du non-alimentaire pour leur dire qu’ils ne pouvaient pas venir, explique le maire Hugo Cavagnac. Notre souci, c’est de maintenir la partie alimentaire. »

Amazon vs les producteurs locaux

« Un marché de plein-vent pose peut-être moins de risques de promiscuité qu’un magasin clos, développe le premier magistrat de 49 ans, réélu dimanche dès le premier tour des municipales. Il y a aussi des personnes, âgées ou pas, qui ont leurs habitudes et veulent les conserver. Enfin, cela me gênerait que la crise sanitaire profite à Amazon et pas aux producteurs locaux. »

Hugo Cavagnac, le maire de Fronton.
Hugo Cavagnac, le maire de Fronton. - Nicolas Stival / 20 Minutes

Hugo Cavagnac fait ses courses avec des gants, entre un boucher et un traiteur réunionnais. Il est 11 heures du matin, et seuls quelques clients vadrouillent, le plus souvent seuls, parfois masqués. A une ou deux exceptions près, les enfants sont restés à la maison.

« On a peur que ça dure longtemps », confie une dame entre deux âges à la fromagère. A une période où les soignants sont vent debout contre le Covid-19, une autre cliente peste contre la façon dont a été prise en charge sa nièce, victime d’abcès dentaires. « On lui a donné de la morphine, des antibiotiques, mais on ne l’a pas vraiment traitée… »

En traversant la rue, voici la halle sous laquelle ce jeudi à peine une dizaine de commerçants ont pris place. Une habituée très âgée, qui propose tous les jeudis quelques produits de son jardin à la droite de l’entrée, a par exemple passé son tour. Une petite queue se forme de temps à autre devant le bâtiment, avec deux ou trois bons mètres entre chaque personne, car deux policiers municipaux filtrent l’accès.

Devant la halle, la police municipale filtre les entrées.
Devant la halle, la police municipale filtre les entrées. - Nicolas Stival / 20 Minutes

« Il y a eu du monde plus tôt dans la matinée, surtout pour les fruits et légumes, indique David Fromentin, chef de la police municipale. On a mis en place un circuit dans un seul sens, avec la sortie à l’autre bout du bâtiment. Il n’est pas possible de faire demi-tour. Mais les gens sont respectueux, il n’y a pas de récalcitrant. » Tout juste quelques étourdi(e)s, comme cette sexagénaire qui présente une attestation de déplacement non remplie, et qu’elle assure avoir déjà utilisée un peu plus tôt pour « sortir le chien ».

A l'intérieur de la halle, on circule à sens unique.
A l'intérieur de la halle, on circule à sens unique. - Nicolas Stival / 20 Minutes

Dans la halle, Magali Salesses confirme avoir vu « un peu de monde » et que « les clients sont prudents et respectueux ». Cette agricultrice de Bessières (à 20 km à l’est de Fronton) vend sa production, dont des œufs, et elle explique avoir changé sa manière de travailler. « On fait des livraisons qu’on dépose devant le domicile de nos clients. Nous avons deux ou trois personnes à la santé un peu fragile qui nous paient en laissant l’argent dans la boîte aux lettres. »

« Les marchés vont être supprimés » 

Retour sur l’esplanade Pierre-Campech où Jacques Carme ne partage pas le même (relatif) enthousiasme. Depuis une quinzaine d’années, il vient presque chaque jeudi à Fronton vendre son aligot. « C’est mon dernier marché ici, explique cet habitant de Tauriac, dans le Tarn voisin. Samedi, j’irai à celui de Rabastens [Tarn] puis je resterai chez moi jusqu’à ce que tout reparte. Je pensais que les gens profiteraient du marché pour sortir, mais ce n’est pas le cas. »

Pour lui, pas de doute : « les marchés vont être supprimés. Cela a déjà été le cas à Lavaur [Tarn]. On va tous être complètement confinés. Et c’est sans doute plus sage au niveau sanitaire. » Plus au nord, en Aveyron, Rodez a également décidé de supprimer son marché de plein vent.

« Nous sommes légalistes, si on nous dit qu’il faut arrêter, nous arrêterons, indique le maire Hugo Cavagnac. Mais encore une fois, tant qu’on peut faire travailler les producteurs locaux, en respectant les consignes de sécurité… D’ordinaire, avec le marché, nous sommes dans la convivialité et la nécessité. Là, nous mettons la convivialité de côté. Il reste la nécessité. »