Coronavirus : Le prix du poisson s’effondre, la pêche française « ne sait pas où elle va »

EPIDEMIE En Bretagne, les criées voient les prix chuter et le nombre d’invendus grimper en flèche

C.A. avec AFP

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Illustration d'une pêche de coquilles Saint-Jacques, ici en Ille-et-Vilaine.
Illustration d'une pêche de coquilles Saint-Jacques, ici en Ille-et-Vilaine. — C. Allain / APEI / 20 Minutes
  • Le prix des produits de la mer s’effondre depuis quelques jours et la mise en place du confinement pour lutter contre l’épidémie de coronavirus.
  • Des sociétés de pêche bretonnes, qui fournissent 50 % du marché, s’inquiètent de ne plus sortir en mer.
  • Le président du comité des pêches de Bretagne exhorte la population à continuer d’acheter du poisson.

Les bateaux sortent encore en mer. Mais pour combien de temps. Confrontée à l’effondrement de la demande en produits de la mer, les pêcheurs subissent de plein fouet l’épisode de confinement instauré pour limiter la propagation du coronavirus. Mercredi, le prix de leurs produits avait été divisé par deux par rapport à la semaine dernière. Des langoustines vendues à 6,80 euros le kg contre 12 à 13 la semaine dernière, de la sole à 8 euros contre 17, du turbot à 12 contre 35.

Dans les criées, les prix fondent. Au Guilvinec (Finistère), tout a été vendu au prix de plancher garanti. « Et il y a eu beaucoup de poissons invendus, beaucoup de lottes en particulier », explique David Derrien, responsable adjoint de la criée. « Les mareyeurs sont présents, mais ils ne savent pas s’ils pourront vendre. Les grands groupes de distribution qui achètent habituellement chez nous, ils n’achètent plus rien ou presque ». Les espèces nobles, d’ordinaire achetées par les restaurateurs, ne partent plus non plus.

La situation est telle que des organisations de producteurs annoncent qu’elles ne vont plus pouvoir soutenir les cours en assurant un prix de retrait minimum. « Au vu de la dégradation massive et rapide du marché, l’OP Les Pêcheurs de Bretagne a été contrainte de prendre la décision de suspendre ses prix d’ordre d’achat pour une durée indéterminée », a indiqué ce groupement de producteurs dans un communiqué. Cette mesure interviendra « après la vente de jeudi matin » pour la pêche côtière et « après la vente du vendredi matin » pour la pêche hauturière, précise le communiqué.

La question du maintien de l’activité se pose désormais. « Les bateaux n’iront plus en mer s’il n’y a plus de prix de retrait. On ne sait pas où on va. Les derniers bateaux rentrent cette fin de semaine », s’inquiète David Derrien, de la criée du Guilvinec. Les petits pêcheurs devraient continuer à sortir afin de vendre en direct sur les marchés.

« Aujourd’hui, le prix du poisson, c’est une misère »

A la criée de Saint-Quay-Portrieux (Côtes-d’Armor), les signaux sont aussi au rouge. « Aujourd’hui, le prix du poisson, c’est une misère, il n’y a pas de vente. Mardi, 25 % du poisson proposé est resté invendu », constate Alain Coudray, président du comité des pêches des Côtes-d’Armor. « On aura encore une vente jusqu’à jeudi, mais après ? », s’interroge-t-il.

L’inquiétude plane aussi sur la pêche à la coquille Saint-Jacques. « Lundi, on avait 74 bateaux en mer. A l’arrivée à la criée, il n’y a pas eu d’achat. Des mareyeurs avaient prévenu qu’ils ne seraient pas là car ils n’ont plus de demandes avec les restaurants et les cantines fermés. Tout est parti à l’usine pour la congélation. Mais l’usine va fermer aussi », se désole Alain Coudray. « On est dans un moment très difficile. Malheureusement, ce n’est que le début ».

La Bretagne, région qui assure la moitié des captures françaises, est en première ligne de cette crise liée à l’épidémie de Covid-19. « Il faut continuer à produire, même avec moins de volume, que les mareyeurs s’y remettent, que les GMS (grandes et moyennes surfaces) jouent le jeu et que les consommateurs achètent du poisson », estime Olivier Le Nézet, le président du comité régional des pêches de Bretagne. Une crise qui ravit cependant certains défenseurs de l’environnement qui luttent à l'année contre la surpêche.