Coronavirus : « La question qui prédomine c’est quand et comment allons-nous pouvoir rentrer en France »

GALERE De nombreux Français en vacances se sont retrouvés confinés dans des pays étrangers, entre inquiétudes pour leur santé et impossibilité de rentrer chez eux

Guillaume Novello avec Caroline Girardon et Julie Urbach
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L'aéroport international de Manille, aux Philippines, le mercredi 18 mars.
L'aéroport international de Manille, aux Philippines, le mercredi 18 mars. — Joeal Calupitan/AP/SIPA
  • De nombreux Français en vacances se sont retrouvés piégés par les mesures de confinement prises pour tenter d’enrayer l’épidémie de coronavirus.
  • Nombre d’entre eux ont vu leur vol retour annulé et demeurent dans l’incertitude la plus totale.
  • Voici les témoignages de ceux pour qui les vacances de rêve ont tourné au cauchemar.

Cloîtré(e) dans son petit appartement, on se prend à rêver de plages de sable blanc et de cocotiers, d’un endroit à l’autre bout de la Terre où le confinement serait moins pénible au soleil, comme aurait chanté Aznavour. Sauf que non. Nous avons recueilli le témoignage de plusieurs Français en goguette loin de l’Hexagone et, à cause du coronavirus, leurs vacances de rêve s’apparentent davantage à un voyage au bout de l’enfer. On exagère ? Oui, un peu, mais lisez plutôt.

Vols annulés

Les galères commencent souvent par un vol annulé. « Nous devions rentrer en France samedi [14 mars] mais nous avons découvert sur Internet que notre vol retour a été annulé, raconte ainsi Florian, originaire de Pornichet, et en vacances en République Dominicaine avec sa femme et son bébé de 2 ans. Nous n’avons aucune solution pour rentrer pour l’instant, la compagnie aérienne ne nous répond pas, sauf pour nous proposer un remboursement ou un avoir valable jusqu’à la fin 2020 ! » Même infortune pour Noémie, coincée aux Canaries, et qui a vu son vol accumuler les retards puis finalement être « annulé sans raison officielle ».

Pour Manon 24 ans, en voyage aux Philippines avec une amie, « la compagnie aérienne avec laquelle nous devions rentrer en France a cloué tous ses vols au sol ». En effet, « le 13 mars au soir, le président philippin Rodrigo Duterte a décidé de placer la région de Métro Manila en confinement jusqu’au 14 avril », raconte Manon. Conséquence de quoi, il n’y a plus « aucun vol interne depuis et vers Manille jusqu’à ces dates. Aucun ferry. Aucun moyen de passer par voie terrestre ». « Sur l'île de Cebu​ où je suis, il y a des vols internationaux, ajoute la jeune femme. Mais rien ne pouvant nous amener en France, où alors nous devons être capables de payer un billet retour pour plus de 2000 euros avec 3 ou 4 escales en prenant le risque d’être placé en quarantaine dans une de nos escales. »

Absence d’informations

Sans vols pour revenir, les Français bloqués à l’étranger avancent aussi à l’aveugle. « Quand nous avons appelé l’ambassade française, cette dernière avait moins d’informations que nous, s’étonne Manon. L’ambassade nous a clairement dit qu’elle ne pourrait rien pour nous, sûrement dépassée par les événements. Pareil pour le consulat de Cebu. » « On est dans une totale inconnue, l’ambassade n’a aucune info non plus, le consul ne répond pas, s’indigne Florian. On est en contact avec énormément de Français dans notre cas. » Au Pérou, la situation n’est pas meilleure pour Alexandre, 25 ans, et sa copine de 26 ans, qui étaient partis pour un road-trip de 4 mois à travers l’Amérique du Sud, mais sont restés bloqués à la première étape. « L’ambassade de France ici semble quelque peu dépassée par la situation, compréhensible au vu de cette crise sanitaire mondiale, explique le jeune homme. La question qui prédomine c'est quand et comment allons nous pouvoir rentrer en France. J’ai vu sur le site du ministère des transports et des communications péruvien qu’un accord aurait éventuellement été trouvé pour permettre aux Péruviens de revenir sur leur territoire, et aux étrangers présents au Pérou de rentrer chez eux. Mais pour l’heure rien de concret. »

Confinement sous le soleil

Si le confinement au soleil peut paraître attrayant, c'est loin d'être le cas, au regard des témoignages que nous avons recueillis. Noémie, coincée dans un hôtel de Las Palmas, sur l’île de Gran Canaria, assure qu’un « confinement total même dans une destination de vacances reste difficile à vivre. Chacun souhaite rentrer au plus vite chez soi. » Au Pérou, les mesures de confinement sont particulièrement sévères. « Depuis ce lundi 16 mars, voici les mesures prises : fermetures des frontières, isolation sociale et confinement, avec l’armée dans les rues pour faire respecter l’état d’urgence décrété, détaille Alexandre, cloîtré dans un Airbnb à Arequipa, la deuxième ville du pays. Seule une personne par foyer est autorisée à sortir pour faire le plein de denrées alimentaires et de produits de première nécessité. Je suis donc allé faire le plein dans un supermarché situé à 15 mn de marche. »

« L’île de Cebu est désormais sous couvre-feu : aucune sortie après 21h, les militaires patrouillent, racontent Manon. Nous ne pouvons quasiment pas sortir ; plages fermées aux étrangers, montagne également. Centres de plongée, activités nautiques, sorties en mer, tout est fermé. Nous sommes bloquées à l’hôtel pour depuis des jours et sûrement pour des semaines. Pour occuper nos journées nous profitons de la piscine de l’hôtel et on sort manger dehors car les restaurants restent le seul endroit où nous les touristes sommes acceptés. En bref, on tourne beaucoup en rond… Cela peut paraître " cool ", mais ça ne l’est pas. » Mais la jeune femme ne se considère pas si mal lotie quand elle pense aux « dizaines de Français qui campent à l’aéroport de Cebu en espérant avoir une solution de rapatriement… »

La chambre d'hôtel dans laquelle Manon et son amie sont confinées aux Philippines.
La chambre d'hôtel dans laquelle Manon et son amie sont confinées aux Philippines. - M. Séfrin

Stéphane, en vacances en Guadeloupe avec sa compagne Frédérique, devait rentrer en Loire-Atlantique mardi prochain. Mais avec les mesures de confinement, rien n’est moins sûr. « On ne se voit pas non plus rester ici encore 15 jours, surtout s’il faut repayer une semaine de location, ce n’est pas possible ! s’inquiète-t-il. En attendant, on prend notre mal en patience. Nous, on a de la chance, on a une piscine et il y a une petite crique en bas. »

Inquiétudes pour la santé

Etre bloqué dans un pays étranger, où le système de santé n’est pas forcément aussi performant qu’en France, peut être source de bien des inquiétudes. « On craint pour notre sécurité, mais aussi pour la santé de notre bébé de 2 ans, qui est asthmatique, s’alarme Florian, bloqué en République dominicaine. Je ne veux même pas imaginer l’hypothèse qu’il tombe malade ici. » Alexandre, lui, s’inquiète pour sa compagne « qui est asthmatique et donc potentiellement plus vulnérable ». Stéphane, quant à lui, s’estime au contraire mieux protégé en Guadeloupe : « On est mieux ici que dans l’Hexagone, on a moins de risque de choper le virus et les gens ne sont pas trop paniqués, ils en ont vu d’autres. »