Coronavirus en outre-mer : Désormais plus de 200 cas sont confirmés, des restrictions sont prises pour les transports aériens

PANDEMIE Après Saint-Martin, Saint-Barthélemy, la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion, la Guyane, la Polynésie et Mayotte, la Nouvelle-Calédonie a recensé ses premiers cas de Covid-19

Sélène Agapé avec AFP

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La Guadeloupe est le département d'outre-mer qui compte le plus de cas avérés de Covid-19 à ce jour (illustration).
La Guadeloupe est le département d'outre-mer qui compte le plus de cas avérés de Covid-19 à ce jour (illustration). — SYLVERE SELBONNE / AFP

Près de 200 cas avérés de coronavirus dans huit territoires d' Outre-mer. Après les Antilles, la Guyane, la Réunion et Mayotte, deux premiers cas de contamination au Covid-19 ont été recensés en Nouvelle-Calédonie, a annoncé ce mercredi le gouvernement local.

La Nouvelle-Calédonie avait pour l’instant été épargnée par la pandémie. En outre-mer, seuls Wallis-et-Futuna et Saint-Pierre-et-Miquelon sont pour l’instant exempts de cas de virus sur leur sol. Les outre-mer sont moins touchés pour l’instant que l’Hexagone par l’épidémie, mais certains territoires commencent à enregistrer une hausse inquiétante, comme la Guadeloupe, avec 58 cas confirmés et un premier décès enregistré vendredi 20 mars. 

« Voyants au rouge »

Le nombre de malades du coronavirus en Guadeloupe va « exploser », estiment plusieurs sources sanitaires, alors que le système hospitalier reste en difficulté, deux ans et demi après l'incendie du CHU de Pointe-à-Pitre. L’île pourrait atteindre bientôt son stade épidémique (38 cas environ), a indiqué la préfecture de Guadeloupe. « En comptant la réanimation, la surveillance continue et les soins intensifs, on monte à de 70 lits disponibles », indique Valérie Denux, directrice générale de l’ARS de Guadeloupe. « Mais il faut rester lucide : si la crise est forte, nous aurons des difficultés ».

En Martinique, on dénombre 44 cas. C’est le seul département ultramarin dans lequel un décès a été enregistré. « Les voyants sont au rouge et notre système hospitalier déjà en difficulté risque d’être débordé », a déploré le syndicat des médecins de Martinique dans un communiqué.

En Guyane, on compte 20 cas dont 5 guéris, précise la préfecture de la Guyane. A Saint-Barthélemy, on recense 2 cas confirmés confinés à domicile, et, à Saint-Martin, 3 cas. Saint-Martin et Sint Marteen (la partie néerlandaise de l'île) travaillent en étroite collaboration, indique à 20 Minutes Alain Rioual, chargé de la communication à la préfecture de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin. Concernant les trois premiers cas avérés à Saint-Martin et Saint-Barthélemy, l’agence régionale de santé a annoncé, dans un bulletin de situation daté du 15 mars, qu’ils étaient guéris. On dénombre 65 cas à La Réunion, 18 cas en Polynésie, 21 cas à Mayotte et désormais 8 cas en Nouvelle-Calédonie.

Un couple en « voyage de noces » infecté

Pour les deux premiers cas néo-calédoniens, il s’agit de deux personnes arrivées sur l’archipel mardi « vers 16 h 30 par le vol Aircalin en provenance de Sydney [Australie] pour leur voyage de noces », a précisé l’exécutif dans un communiqué. Le couple a commencé à présenter des symptômes après une première nuit passée en Nouvelle-Calédonie. « Il a été immédiatement pris en charge au Médipôle », un hôpital situé en périphérie de Nouméa, où « les tests se sont révélés positifs ». Ces deux patients ont été placés depuis en isolement dans ce centre hospitalier. Les personnes qui se trouvaient en contact avec les deux malades, notamment dans l’avion, « sont en cours d’isolement » au centre international sport et expertise, un espace situé en banlieue nouméenne, réservé aux athlètes de haut niveau et reconverti en centre de quarantaine.

Afin d’éviter la propagation du virus sur ce territoire de 271.407 habitants, situé à 16.000 km de la métropole, le gouvernement local a indiqué que « tous les établissements scolaires publics et privés, sans exception, seront fermés jeudi ». Seuls les internats resteront ouverts jusqu’à vendredi. Les transports seront également assurés pour permettre aux élèves de regagner leur domicile.

Un arrêté pour un confinement généralisé a été pris dans la nuit du lundi au mardi 23 mars 2020. 

Un système de santé plus défaillant

Les départements ultramarins sont astreints aux mêmes mesures de confinement que la métropole, en raison notamment d’un système sanitaire plus défaillant, qui pourrait avoir des conséquences encore plus dramatiques.

« Les précédentes crises sanitaires ont prouvé que l’insularité ne protège pas des virus », explique le ministère des Outre-mer. « Ces mesures fortes et assumées nous permettront d’assurer une meilleure efficacité aux systèmes de santé des territoires et d’éviter au maximum leur saturation au moment critique. Le respect des consignes du président de la République est une question d’unité nationale ».

D’autant que plusieurs de ces territoires sont déjà touchés par une épidémie de dengue (Antilles, La Réunion, Mayotte, Guyane). A La Réunion, plus de 1.200 cas de dengue ont été enregistrés depuis le début de l’année « avec un nombre de passages aux urgences et d’hospitalisations toujours en augmentation », souligne la préfecture. Et Mayotte est passé au stade 4 de l’épidémie de dengue avec 2.254 cas confirmés sur la même période.

« Si nous avons ici des cas de coronavirus dans la proportion de la métropole, nous serons dans une situation dramatique », a affirmé le préfet de Mayotte, Jean-François Colombet, sur Mayotte La 1ere. Le jeune département français de l’Océan indien ne compte pour l’instant que trois cas de coronavirus. Mais il est considéré comme un désert médical avec un seul hôpital, saturé, et 80 médecins pour 100.000 habitants, alors que la moyenne nationale se situe à 437, selon un récent rapport du CESE. Et dans certains territoires, comme la Guyane ou Mayotte, subsistent des squats et bidonvilles, où la « distanciation sociale » est moins aisée, ce qui peut entraîner un risque de propagation accélérée du virus.

Transports réduits pour freiner la propagation

Autre difficulté, beaucoup de ces territoires sont aussi des destinations touristiques et des lieux de passage, les exposant d’autant au virus. En pleine saison touristique, et alors que plusieurs navires de croisière ont accosté avec des passagers contaminés, le gouvernement a sonné la fin des croisières la semaine dernière.

Pour tenter de limiter l’épidémie, les vols d’agréments vers ces destinations seront supprimés, et les autres voyageurs sont désormais soumis à une « quatorzaine » en arrivant sur place. « Afin de freiner la propagation du coronavirus Covid-19, des mesures de restriction des transports aériens sont mises en place. À La Réunion et à Mayotte, les vols d’agrément (tourisme, visites amicales, participation à des cérémonies familiales…) sont interdits à compter du vendredi 20 mars 2020 », indiquent dans un communiqué commun les préfectures des deux territoires.

Mardi, c’est la préfecture de Guyane qui a annoncé sur Twitter que les vols d’agrément seraient également interdits « d’ici 36 heures », soit jeudi soir. Lundi, les préfectures de Guadeloupe et Martinique avaient déjà averti, dans un communiqué commun, également, que les vols d’agrément à destination des deux territoires seraient interdits « dans les 48 heures ».

Dans le cadre de la continuité territoriale, seuls les déplacements aériens pour un retour vers son domicile (personnes revenant de vacances de métropole et métropolitains en déplacement à La Réunion), un regroupement des familles avec enfants ou personnes à charge (étudiants, personnes dépendantes…), des obligations professionnelles strictement nécessaires à la continuité des services essentiels, des impératifs sanitaires, ou des obsèques, restent autorisés.

Les compagnies aériennes pourront demander un justificatif à l’embarquement (livret de famille, certificat de décès, justificatif de domicile de moins de trois mois…). Les vols entre La Réunion et Mayotte, mais aussi les vols entre les Antilles, Saint-Barthélemy, Saint-Martin et La Guyane sont soumis aux mêmes restrictions.