Coronavirus : « Demain, on sera plus stricts, les gens ne pourront plus dire qu’ils ne savaient pas »

REPORTAGE Dans le 16e arrondissement de Paris, les policiers s'assurent que les automobilistes et les usagers de deux roues sont en possession d'une attestation sur l'honneur justifiant leur déplacement

Thibaut Chevillard
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Des policiers effectuent des contrôles Porte de Saint-Cloud
Des policiers effectuent des contrôles Porte de Saint-Cloud — Thibaut Chevillard
  • Depuis ce mardi à midi, les Français sont confinés chez eux pour une durée d’au moins 15 jours, a annoncé le président de la République, Emmanuel Macron.
  • S’ils veulent se déplacer, ils doivent imprimer une attestation disponible sur le site du gouvernement ou la recopier sur papier libre.
  • Ce mardi, à Paris, les policiers ont effectué des centaines de contrôles afin de vérifier que les personnes se trouvant sur l'espace public l’avaient bien en leur possession.

La place de la Porte de Saint-Cloud est étrangement calme. Habituellement encombrée, ce coin du 16e arrondissement de Paris, situé près du Parc des Princes et du périphérique, semble délaissé par les automobilistes et les motards. Ceux qui passent par ici, ce mardi après-midi, se font systématiquement contrôler par les policiers qui veulent voir leur « attestation dérogatoire de déplacement ». Depuis quelques heures, les Français, qui sont invités à rester chez eux pour éviter une propagation du coronavirus, doivent obligatoirement être munis de ce document s’ils veulent se déplacer, pour aller au travail, se rendre chez un médecin ou promener leur chien.



« Actuellement, nous faisons de la pédagogie, nous expliquons aux gens la manière dont ça va se passer, nous ne procédons pas encore aux verbalisations », indique la commissaire Marine Bénichou, cheffe de la de la division régionale de la circulation par intérim. Au volant d’une Citroën blanche immatriculée dans le Pas-de-Calais, un homme un peu âgé est contrôlé alors qu’il emmène son épouse à un rendez-vous médical. Problème : le couple n’a qu’une seule attestation. Il s’en sort avec un simple rappel des règles. « Il faut agir avec discernement. Mais demain les sanctions vont tomber, on sera plus stricts, les gens ne pourront plus dire qu’ils ne savaient pas », souffle un agent.

« La prochaine fois, ils me verbaliseront »

Dans leur grande majorité, les personnes contrôlées étaient bien en possession de leur attestation. Même si les débuts ont été un peu compliqués pour certains. « Ce matin, le site du gouvernement buggait et on n’arrivait pas à la télécharger », raconte la conductrice d’une camionnette blanche, membre d’une association « qui fait des expositions partout dans le monde ». Sur son vélo de course vintage, Kasun, 14 ans, est également prié de s’arrêter devant l’église Sainte-Jeanne-de-Chantal. L’adolescent, parti faire une course pour son frère, avait bien pensé à imprimer une attestation. Mais il a oublié de prendre avec lui sa carte d’identité. « Les policiers m’ont dit que la prochaine fois, ils me verbaliseraient », confie-t-il.



« La verbalisation, actuellement, c’est une contravention de 38 euros. Mais le gouvernement va faire passer cette infraction à une contravention de 4e classe, de 135 euros », précise la commissaire Marine Bénichou. « Au début du contrôle, il y avait pas mal de personnes qui n’avaient pas l’attestation, observe-t-elle. Et au fur et à mesure que l’opération se déroule, on constate que beaucoup de gens ont pris les devants, qu’ils ont imprimé ce document que l’on trouve sur le site du gouvernement. D’autres nous présentent des attestations rédigées à la main. »

« C’est nécessaire »

Les agents, pourtant très exposés, ne sont équipés que de gants. « Vous n’avez pas de masque ? » demande un automobiliste aux policiers, un peu embarrassés. « Pour l’instant ce n’est pas prévu », lui répond l’agent penché à sa portière. « Avec le masque, on est moins intelligible », avance un autre policier aux journalistes qui l’interrogeaient. Une situation que déplore le syndicat Alternative police. « Le port d’un masque de protection des policiers sur le terrain doit être systématique », affirme dans un communiqué son secrétaire général, Denis Jacob, estimant que « les policiers ont l’impression d’être envoyés au casse-pipe ».



Dans l’ensemble, les personnes contrôlées « sont tout à fait compréhensives », remarque la commissaire Bénichou. Plus de 150 opérations du même type ont été organisées ce mardi dans Paris et son agglomération à l’occasion de ce premier jour de confinement, mobilisant près de 3.000 fonctionnaires. Au total, près de 8.000 contrôles auront été réalisés dans la journée. « C’est nécessaire », admet un cycliste contrôlé alors qu’il était parti se détendre les jambes. Evoquant les photos de Parisiens agglutinés dans les parcs le week-end dernier, ce dernier estime qu’il y a eu « beaucoup trop d’abus ».