Coronavirus : « On a un devoir moral »... Les associations caritatives tirent la sonnette d’alarme

SOCIAL Depuis lundi, les activités envers les plus démunis sont suspendues ou fortement dégradées par le manque de bénévoles ou les contraintes logistiques

Frédéric Brenon et Marion Pignot

— 

Distribution de repas par Les Restos du coeur à Toulouse.
Distribution de repas par Les Restos du coeur à Toulouse. — LANCELOT FREDERIC/SIPA
  • Plusieurs associations ont décidé de suspendre la distribution alimentaire destinée aux personnes démunies.
  • D’autres maintiennent avec les moyens du bord leurs missions essentielles.
  • Les acteurs, dont la Croix-Rouge, en appellent au soutien de l’Etat.

« Dans une situation de crise, ce sont toujours les plus vulnérables qui paient le prix le plus élevé », s’alarme Jean-Christophe Combe, directeur de la Croix-Rouge française. Les associations caritatives sont extrêmement inquiètes. Depuis le début de la semaine, leurs activités sont très fortement perturbées par la crise sanitaire du coronavirus et les mesures de confinement. Le pan le plus touché est le soutien alimentaire aux personnes démunies.

Alors que les propositions de dons venant de professionnels affluent​, de nombreuses associations ont décidé paradoxalement de suspendre ou réduire la distribution de repas en raison de locaux inadaptés aux nouvelles contraintes ou, le plus souvent, du manque de bénévoles.

C’est le cas de plusieurs sites départementaux des Restos du cœur, dont le centre de distribution de Saint-Etienne, l’un des dix plus gros en France. « On a beaucoup de bénévoles âgés, inquiets pour leur santé ou contraints de garder leurs petits-enfants, et qui ne sont donc plus disponibles. Nous n’avons plus les moyens de continuer comme avant », explique Jacky Lepron, vice-président des Restos du cœur de Loire-Atlantique. « Sans nos bénévoles, on ne peut rien faire, confirme Nadège Potevin, directrice de l’association Pain partagé, à Nantes. On a été obligés d’annuler nos distributions, la mort dans l’âme. »

« Des personnes fragiles vont se retrouver livrées à elles-mêmes »

La banque alimentaire de Gironde est plongée dans le même désarroi. « On ne peut pas prendre le risque d’accepter des denrées sachant que nos associations ne pourront peut-être pas les récupérer. On ne veut pas non plus exposer nos bénévoles. Nous ne ferons donc plus la ramasse de produits frais. C’est désolant, d’autant plus que nous venons de recevoir un énorme arrivage de la cuisine centrale de Bordeaux-Merignac. »

Les activités de lien social, comme les maraudes ou les accueils de jour, sont également impactées. De même que l’hébergement d’urgence. « On a été obligés de réduire le nombre de places dans nos centres, les conditions sanitaires n’étant plus réunies, explique Jacky Lepron des Restos du cœur de Loire-Atlantique. C’est terrible. Des personnes fragiles vont se retrouver un peu plus livrées à elle-même. »

« On a un devoir moral envers eux »

Le tableau n’est pas totalement noir. Certaines associations, soutenues par un élan solidaire, parviennent à continuer avec les moyens du bord et une nouvelle organisation calée sur les précautions sanitaires (inscription obligatoire, distance de sécurité, horaires limités…). C’est, par exemple, ce que tente L’Autre Cantine, association nantaise qui distribue en moyenne 400 repas par jour aux exilés et réfugiés. La Croix-Rouge assure également maintenir la plupart de ses missions en France, « en mode dégradé ». « On a pu redéployer des salariés. On a le soutien d’étudiants en formation. On a aussi des nouvelles personnes volontaires qui nous contactent pour venir nous aider », souligne Jean-Christophe Combe.

Comme tous les acteurs du monde associatif, il a entendu Emmanuel Macron déclarer lundi soir que, pour « les plus démunis, les plus isolés », l’Etat fera « en sorte qu’ils puissent être nourris, protégés ». « On a besoin du soutien de l’Etat. J’attends de voir quelles vont être ses propositions, insiste le directeur de la Croix-Rouge. Malgré les difficultés, il faut vraiment qu’on arrive à trouver un cadre sécurisé pour ne pas que ces personnes vulnérables s’isolent encore plus. On a un devoir moral envers eux. C’est un défi majeur. »