Coronavirus : Comment préparer et rassurer les enfants inquiets de la « guerre » contre la pandémie ?

INTERVIEW Xavier Pommereau, pédopsychiatre et directeur d’un hôpital de jour pour les 16-25 à la clinique Béthanie à Talence (Gironde), nous explique comment préparer les enfants à la « guerre » contre le coronavirus

Propos recueillis par Guillaume Novello

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Emmanuel Macron a adopté un ton très martial lundi soir lors de son allocution sur le coronavirus.
Emmanuel Macron a adopté un ton très martial lundi soir lors de son allocution sur le coronavirus. — UGO AMEZ/SIPA
  • Lors de son allocution lundi soir, Emmanuel Macron a plusieurs fois évoqué la « guerre » à mener contre le coronavirus.
  • Pour le pédopsychiatre Xavier Pommereau, ce langage martial peut avoir un impact sur les enfants.
  • Il conseille donc de bien préciser qu’il s’agit d’une « guerre contre un virus, ce n’est pas la guerre contre des gens ».

Nous sommes en « guerre » contre la pandémie du coronavirus. Emmanuel Macron a été très clair dans son allocution lundi soir​ sur le sujet. « Jamais la France n’avait eu à prendre de telles décisions par temps de paix », a lancé le président, soulignant que « nul ne peut savoir » combien de temps allait durer l’épidémie. Ce lexique guerrier peut-il affecter les enfants ? Nous avons posé la question au pédopsychiatre Xavier Pommereau qui dirige un hôpital de jour pour les 16-25 à la clinique Béthanie à Talence (Gironde).

Ce lexique martial adopté par Emmanuel Macron peut-il avoir un impact sur les enfants ?

La réponse est oui mais en même temps, il était à mon avis obligatoire de la part du président de la république d’employer ce genre de vocabulaire après le week-end qu’on a passé où manifestement sur toutes les pelouses, dans tous les parcs et sur les bords de toutes les rivières et fleuves, les Français étaient en famille, bras dessus bras dessous, sans réaliser l’ampleur de la catastrophe.

Après, évidemment, il faut reprendre ça avec les enfants. C’est la guerre contre un virus, ce n’est pas la guerre contre des gens, ça n’a rien à voir. On se protège car c’est comme un ennemi invisible, sournois qui nous guette mais c’est contre le virus qu’on se bat et on le fait de façon solidaire tous ensemble. C’est en ce sens qu’on doit respecter les consignes et le confinement, même si ce n’est pas du tout marrant.

Comment gérer la peur des enfants ?

Je crois qu’il faut que les parents, peut-être avec l’aide de tiers, de médiateurs, trouvent les mots pour expliquer aux enfants que quand on dit « c’est la guerre » et qu’on le répète plusieurs fois, ce n’est pas pour faire peur pour rien, c’est parce qu’il est important de se prémunir de ce danger. Les jeunes enfants, même les très jeunes, ils ne sont pas idiots, ils voient bien qu’il y a un truc bizarre. Même à 3 ans, ils peuvent commencer à comprendre vu l’inquiétude des parents qui passent toute la soirée devant la télé pour écouter les infos. La situation est grave, je crois qu’il faut absolument que les enfants le comprennent.

Que conseillez-vous aux parents ?

Ce que je conseillerais aux parents c’est d’en profiter non pas pour les calmer en leur disant « mais non ne t’inquiète pas, c’est rien, ça va durer trois jours », c’est de leur dire « si tu veux on va regarder ensemble des films où comment c’était quand c’était la vraie guerre », quand les gens ils étaient derrière leur poste à écouter le général de Gaulle qui leur envoyait des messages. C’est intéressant à mon avis d’en profiter pour faire des leçons d’histoire pour que les enfants mesurent comment ça fait quand c’est la vraie guerre.

Si, malgré cela, certains enfants sont pris de crises d’angoisse, que faire ?

Il faut téléconsulter, c’est ce que je fais. Il faut absolument que les médecins s’organisent, moi je me suis formé dimanche. Je n’avais jamais fait de téléconsultation de ma vie, j’étais même très réservé sur la méthode parce que ça ne me semblait pas très compatible avec un entretien psy. Mais je m’aperçois que finalement sur des bonnes plateformes médicales, ça permet vraiment de se parler. Il faut que les parents n’hésitent pas. Nous les médecins, il faut qu’on soit là pour rassurer parce que, bien sûr, il va y avoir des crises d’angoisse, aussi bien chez les enfants que chez les adultes.