Coronavirus : Ecole à la maison, loisirs… Comment bien organiser la journée de votre enfant ?

EDUCATION Une psychologue et une directrice d’école livrent leurs conseils pour organiser sereinement la nouvelle vie à domicile de votre enfant

Delphine Bancaud

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Ecolier travaillant à la maison à la suite de la fermeture des écoles lors de l'épidemie de coronavirus, le 16 mars 2020.
Ecolier travaillant à la maison à la suite de la fermeture des écoles lors de l'épidemie de coronavirus, le 16 mars 2020. — RAPHAEL BLOCH/SIPA
  • Elèves, parents et enseignants sont entrés en terrain inconnu ce lundi, en commençant à organiser des cours à la maison pour éviter la propagation du coronavirus.
  • Même s'il y a eu des bugs ce lundi, les familles ont théoriquement à leur disposition les ressources du Centre national d’enseignement à distance (Cned) et les espaces numériques de travail sur lesquels les enseignants déposent des cours ou documents de travail.
  • Une psychologue et une directrice d’école font des recommandations pour aider les parents à mettre en place un nouvel emploi du temps pour leur enfant.

C’est une plongée dans l’inconnu : élèves, parents et enseignants doivent organiser des cours à la maison, les établissements étant fermés pour éviter la propagation du coronavirus. Car le ministre de l’Education l’a répété à plusieurs occasions : « Ce n’est pas une période où les enfants ne doivent pas travailler. » D’autant que cette absence d’école pourrait durer plus d’un mois.

Pour mettre les enfants dans de bonnes conditions de travail, même s’ils restent en chaussons dans le salon, le premier impératif est d’avoir une discussion sérieuse avec eux, conseille Patricia Chalon, psychologue psychothérapeute : « Il faut leur expliquer qu’ils ne sont pas en vacances, qu’on va faire la classe à la maison et leur demander leur coopération pendant cette période pas facile », insiste-t-elle.

L’emploi du temps, une bonne idée ou pas ?

Sur les réseaux sociaux, on a vu fleurir ces jours-ci les photos d’emplois du temps concoctés par les parents pour signifier à leurs enfants que la maison ne sera pas le royaume du farniente. « Cela peut sécuriser certains enfants qui ont besoin d’un cadre strict. Mais pour les autres, il n’est pas nécessaire d’établir un emploi du temps trop rigide, avec des horaires associés à chaque activité. Car la situation actuelle est déjà pesante, ce n’est pas la peine d’en rajouter », commente Patricia Chalon. En revanche, il est utile de fixer une heure de réveil, indique Laadja Mamadi, directrice d’une école élémentaire à Paris : « Les enfants peuvent se lever une heure plus tard que d’habitude, mais l’idéal est de les faire commencer vers 9 h pour leur permettre de garder un rythme. Et de fixer un horaire approximatif pour les repas. »

Si les enfants ne travailleront pas autant qu’en classe, il faut veiller à ce qu’ils planchent un temps minimum par jour : « Pour un élève de primaire, on peut prévoir au moins deux séances de vingt minutes de travail le matin et l’après-midi, en variant les activités. Plus un temps de lecture », conseille Laadja Mamadi. Pour un collégien, on peut monter à plus ou moins quatre heures par jour, et pour un lycéen, encore davantage.

Quelles ressources pédagogiques pour travailler ?

Reste à savoir quel support ou quelle matière faire travailler son enfant. Les familles ont à leur disposition les ressources du Centre national d’enseignement à distance (Cned) : des exercices en ligne adaptés aux programmes et, dans certains cas, une « classe virtuelle » où le professeur peut faire cours à ses élèves par visioconférence. Pour les collégiens et les lycéens, les enseignants ont aussi déposé des cours et des travaux à faire sur l’espace numérique de travail. Mais ce lundi, les plateformes étaient saturées. « Heureusement, beaucoup d’enseignants du primaire ont envoyé des exercices à faire par mail aux enfants », indique Laadja Mamadi.

Et en attendant que les plateformes remarchent, les parents peuvent utiliser les livres des élèves ainsi que plusieurs sites pédagogiques comme Lesbonsprofs.com, Educarte.fr, Jenseigne.fr, Nomad Education, Maxicours…. Bon à savoir aussi : France Culture a réorganisé son antenne pour diffuser des émissions de connaissances en matière d’histoire, de philosophie, de sciences, d’économie, de sociologie, de littérature et de patrimoine. « Les parents peuvent aussi proposer à leurs enfants des temps de lecture, des visites virtuelles de musée, des vidéos d’actualité, des poésies à apprendre, des rédactions à faire… », suggère Laadja Mamadi. Les devoirs étant souvent un motif de friction entre parents et enfants, « il faut donner la main à l’autre parent, ou une sœur ou un frère lorsque l’on sent que l’on perd patience. Et éviter la surenchère avec les ados », recommande Patricia Chalon. « Il faut faire preuve de beaucoup d’indulgence avec les enfants, encore plus à cette période », surenchérit Laadja Mamadi. Difficile aussi de piloter les devoirs de son enfant quand on doit soi-même télétravailler : « Il faut indiquer à l’enfant un laps de temps lors duquel on ne veut pas être dérangé », précise la psychologue.

Quelles autres activités prévoir ?

Et à côté de ces plages de travail, les parents vont devoir être créatifs pour occuper les journées de leurs enfants. « Il faut ressortir les jeux de cartes et de société, de la cuisine, l’aider à redécorer sa chambre, faire des albums photos avec lui, le faire participer aux tâches ménagères. Et même si l’on est confiné, on peut faire de la gym avec son enfant, monter et descendre les escaliers pour faire du sport, lui faire écouter un podcast », conseille Patricia Chalon.

« Il est très important d’égayer les journées de l’enfant en inventant un nouveau jeu pour lui, en chantant ou dansant, en lui apprenant des tours de magie, en organisant un spectacle avec lui », suggère Laadja Mamadi. Tout en évitant l’écueil de laisser l’enfant totalement autonome, car le parent doit veiller à ce que le travail soit effectif.

Mais qui dit confinement dit aussi écrans. Et, là aussi, les parents vont devoir se montrer vigilants : « Il faut négocier avec l’enfant des règles concernant le temps de connexion, même si on octroie un petit plus par rapport aux règles habituelles, compte tenu de la situation », indique Patricia Chalon. « Tout en l’autorisant, surtout s’il est adolescent, à s’organiser des séances de Skype avec les copains, car il est important qu’il garde une vie sociale », indique Laadja Mamadi. Au final, même s’il est restreint dans son champ d’action, votre enfant pourrait aussi se découvrir de nouvelles passions…