Coronavirus à Bordeaux : « Nous devrons calibrer quelles lignes de transport restent vitales », anticipe le directeur de Keolis

INTERVIEW Le réseau de transport de Bordeaux Métropole est reparti lundi, après un arrêt dimanche en raison du droit de retrait des conducteurs, mais l'offre est dégradée et pourrait encore diminuer dans la semaine

Propos recueillis par Mickaël Bosredon
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Les portes avant des tramways sont désormais condamnées par mesure de sécurité
Les portes avant des tramways sont désormais condamnées par mesure de sécurité — Marion Pignot/20Minutes
  • Les conducteurs avaient exercé leur droit de retrait en raison d’une suspicion de coronavirus parmi le personnel.
  • Des mesures ont été prises pour garantir la sécurité du personnel de Keolis.
  • Le réseau circule avec des fréquences dégradées, et un nouveau plan de transport adapté à une fréquentation très en baisse pourrait être rapidement mis en place.

Après la suspicion d’un cas de coronavirus, chez une conductrice du réseau TBM, les conducteurs de Keolis Bordeaux « ont exercé dimanche leur droit de retrait. » Aucun tram n’a circulé. Un accord est intervenu dimanche soir entre les syndicats et la direction, pour une reprise ce lundi matin, mais en mode dégradé puisque le réseau s’adapte à une fréquentation en forte baisse. 20 Minutes a interrogé ce lundi le directeur de Keolis Bordeaux Métropole, Eric Moinier.

Eric Moinier, directeur de Kéolis Bordeaux Métropole
Eric Moinier, directeur de Kéolis Bordeaux Métropole - Mickaël Bosredon/20 Minutes

Comment est la situation sur le réseau de transport ce lundi ?

Ça se passe mieux qu’hier c’est sûr, puisque le réseau a repris. Ce qui était important pour nous c’était de reprendre le service ce matin, pour ne pas mettre en difficulté les gens qui ont besoin d’aller travailler, comme le personnel hospitalier. Nous sommes bien repartis sur le plan de transport adapté que nous avions préparé samedi matin, à savoir une offre encore relativement large puisque toutes nos lignes fonctionnent, mais avec une fréquence un peu dégradée. De nouveaux process sont aussi mis en place pour rassurer nos salariés.

Des syndicats ont estimé que la direction de Keolis n’avait pas pris la mesure du phénomène, surtout après le cas de suspicion de coronavirus chez une conductrice. Il fallait rassurer tout le monde ce matin ?

C’était nécessaire pour faire retourner les gens au travail, même si on pensait que les mesures initiales que nous avions prises étaient suffisantes, notamment l’arrêt de la vente à bord. Mais il y avait encore une appréhension, et nous avons été plus radicaux. Il est important de protéger au maximum la santé de nos salariés, donc nous avons déployé l’artillerie lourde pour le garantir.

Quelles sont ces mesures ?

Après la suspension de la vente de titres à bord, nous avons aussi décidé la suspension de la montée par la porte avant dans les bus, et la ségrégation de l’environnement du conducteur, avec soit des chaînettes, soit de la rubalise, installées à l’avant du bus à proximité du poste du conducteur. L’ensemble de notre parc c’est 400 bus, mais en ce moment il y a environ 200 bus qui tournent sur le réseau. Et on l’a fait aussi sur le tram, une mesure qui n’est prise dans aucun réseau en France. Nous avons condamné les portes avant, qui sont très proches de la cabine du conducteur, et nous avons créé un sas avec de la rubalise, pour éviter les contacts lors des relèves de conducteurs, si jamais il y a des passagers agglutinés à cet endroit de la rame.

Et concernant l’hygiène ?

C’est du nettoyage renforcé, avec insistance sur l’environnement du conducteur et les barres de maintien. Il y a aussi nettoyage du poste de conduite pendant les relèves, ce qui entraîne une logistique assez importante, et des arrêts un peu plus longs lors des relèves. Par ailleurs on renforce les fréquences de nettoyage dans différents sites où il y a des relèves importantes, comme Quinconces, Saint-Jean ou Stalingrad.

Il y a moins de monde dans les transports, mais dans certaines rames on a vu ce matin des gens qui s’entassent. Comment gérez-vous cette situation ? Y a-t-il des conseils à rappeler aux usagers ?

Il faut rappeler les mesures barrières générales, à savoir autant que possible ne pas se mettre en contact avec les autres voyageurs, et qu’ils se lavent les mains. Les gens le font il me semble. Mais la fréquentation est en forte baisse depuis ce matin avec tous les établissements qui sont fermés.

Vous travaillez déjà sur un nouveau plan de transport encore plus dégradé ?

Oui on s’y met. Notamment en raison d’absences de personnels pour des motifs de garde d’enfant que l’on va nous communiquer à partir de mercredi. Et puis les besoins de la clientèle risquent de diminuer encore, car l’activité va évoluer à la baisse. Nous devrons calibrer quelles sont les lignes qui restent vitales, pour les activités qui sont encore ouvertes. C’est ce que l’on regarde en ce moment.

Concernant le cas de suspicion de coronavirus chez une conductrice, où en est-on ?

Il n’est pas confirmé. On a en tout deux ou trois cas de suspicions dans l’entreprise, mais ils n’ont pas été testés, et il n’y a pas de cas confirmé. En revanche, il y a des procédures en cas de cas confirmé, pour refaire la chaîne de tous les endroits où ils sont passés pour désinfecter ces endroits, et renvoyer le matériel roulant au dépôt pour une désinfection totale. C’est une procédure très stricte.