VIDEO. Coronavirus : Fermeture des écoles, cours à distance, maintien des examens… Que va-t-il se passer pour les élèves ?

EDUCATION Mesure-phare de l’allocution du chef de l’Etat, la fermeture des crèches, écoles et universités a été décidée « jusqu’à nouvel ordre » pour lutter contre la propagation du coronavirus

Delphine Bancaud

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Une école fermée à côté de Montpellier, fermée le 12 mars à cause du COVID-19.
Une école fermée à côté de Montpellier, fermée le 12 mars à cause du COVID-19. — Pascal GUYOT / AFP
  • La France traverse sa « plus grave crise sanitaire » depuis un siècle, a souligné le président de la République dans une allocution télévisée ce jeudi soir.
  • Toutes les crèches, tous les établissements scolaires et les universités seront fermés à partir de lundi, « jusqu’à nouvel ordre ».
  • La continuité pédagogique va être assurée via une plateforme pédagogique gratuite du Cned, baptisée « Ma classe à la maison », a expliqué Jean-Michel Blanquer.

Un impératif : protéger les élèves et leurs enseignants. Toutes les crèches, tous les établissements scolaires et les universités seront fermés à partir de lundi « jusqu’à nouvel ordre » pour freiner l’épidémie de coronavirus, a annoncé ce jeudi, Emmanuel Macron. 20 Minutes vous explique quels sont les tenants et aboutissants de cette mesure.

Pourquoi le gouvernement a-t-il pris cette décision ?

La France traverse sa « plus grave crise sanitaire » depuis un siècle, a souligné le président de la République dans une allocution télévisée ce jeudi soir, alors que le nouveau coronavirus a causé 13 nouveaux décès en, portant le total à 61 morts pour 2.876 personnes affectées, dont 129 sont en réanimation. « L’urgence est de freiner l’épidémie », a-t-il ajouté, avant d’annoncer la fermeture des établissements scolaires et universitaires dès lundi. « La fermeture des écoles a un impact pour freiner l’épidémie », a aussi justifié le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer ce vendredi sur France Inter.

Une décision quasi inédite dans l’histoire du pays. Ce type de mesure n’a été prise qu’une autre fois : « En 1939. Cela a occasionné la création du Cned », a rappelé le ministre.

Jusqu’à quand seront fermés les établissements ?

Le président ne l’a pas précisé, mais lors d’un point presse jeudi soir, le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer a indiqué qu’il était « prématuré de fixer une date », mais que cette mesure pourrait durer « sans doute jusqu’aux vacances de printemps ». « C’est le mois de mars qui va être touché, après on va voir en fonction », a ajouté Jean-Michel Blanquer vendredi sur France Inter. Les élèves de la zone C (Paris, Versailles, Toulouse, Montpellier…), les premiers à partir en congés, seront en vacances dans trois semaines. Le ministre communiquera régulièrement avec la communauté éducative via le site du ministère et les réseaux sociaux. Pour sa part, Olivier Véran, ministre de la Santé, a évoqué sur Europe 1 une fermeture de « minimum 15 jours ».

Quelles sont les modalités pédagogiques prévues pour enseigner aux élèves à distance ?

« Ce n’est pas une période où les enfants ne doivent pas travailler », a déclaré ce jeudi soir Jean-Michel Blanquer lors d’un point presse. « Cette mesure [de fermeture des établissements], nous y sommes préparés. Notre but : qu’aucun enfant ne reste au bord du chemin (…) La France a des atouts, le Cned », a-t-il poursuivi.

Début mars, le ministère de l’Education nationale avait en effet présenté le dispositif prévu pour assurer la continuité pédagogique en cas de fermeture des établissements scolaires. Une plateforme pédagogique gratuite du Cned, baptisée « Ma classe à la maison », offre la possibilité aux enseignants de proposer des activités aux élèves dans différentes matières et de tenir des classes virtuelles, de la grande section de maternelle à la terminale.

Les parents d’élèves vont recevoir dans les prochains jours « un mail personnalisé » précisant les modalités de connexions à la plateforme d’enseignement à distance. « Il y aura aussi des tutoriels », a assuré le ministre.

Est-il prévu un mode de garde pour les parents qui devront travailler ?

« Un service de garde sera mis en place région par région » pour que les personnels « indispensables à la gestion de la crise sanitaire » puissent « faire garder leurs enfants et continuer d’aller au travail », a indiqué Emmanuel Macron. Soit les personnels médicaux.

En ce qui concerne les autres actifs, « l’Etat prendra en charge l’indemnisation des salariés contraints de rester chez eux », a déclaré le président. Y compris ceux qui resteront à domicile pour garder leurs enfants. Mais les parents qui pourront télétravailler sont incités à le faire.

Comment réagissent les profs, les chefs d’établissements, les parents d’élèves ?

La décision de fermer l’ensemble des établissements paraît justifiée pour la plupart des syndicats d’enseignants : « C’est une solution de bon sens, car on ne peut pas assurer la mise en place des gestes barrières dans les établissements. Par ailleurs, les conditions d’hygiène dans les toilettes ne sont pas optimales et beaucoup de personnes circulent dans les établissements », indique Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-Fsu. « Ces derniers jours, nous avons vu monter une grosse inquiétude des parents et des enseignants », explique aussi Stéphane Crochet, secrétaire général du syndicat enseignant SE-Unsa. Idem chez les principaux et proviseurs : « C’est une mesure qui a du sens face à l’épidémie », indique Philippe Vincent, secrétaire général du Syndicat des personnels de direction (SNPDEN).

Mais plusieurs syndicats estiment que les équipes pédagogiques ne sont pas totalement prêtes : « Je regrette que les enseignants n’aient pas été mieux préparés au téléenseignement cette semaine », lance Stéphane Crochet. « Je ne suis pas sûr qu’il soit possible d’organiser massivement des classes virtuelles. Par ailleurs, est-ce que les établissements auront assez de cours en ligne pour nourrir les élèves pendant plusieurs semaines ? », interroge Philippe Vincent.

Et selon eux, l’enseignement à distance ne sera pas optimal : « Cela ne pourra pas être pareil que des cours en présentiel », souligne Frédérique Rolet. « Beaucoup d’élèves ont des smartphones. Il est difficile de lire des textes longs dessus », souligne-t-elle. Par ailleurs « tous les élèves ne sont pas bien équipés en informatique et n’ont pas une connexion Internet optimale », ajoute Stéphane Crochet. De son côté, Jean-Michel Blanquer a indiqué ce jeudi que seulement « 5 % des élèves n’avaient pas d’équipement informatique […] grâce à l’appui des collectivités territoriales ». « Nous allons proposer une solution à chacun », a-t-il précisé.

Autre difficulté pointée du doigt : s’assurer d’un minimum d’assiduité chez les élèves. « On ne peut pas contraindre les élèves à se connecter plusieurs heures sur un écran. Et tous ne sauront pas gérer leur autonomie », note Philippe Vincent.

« Nous sommes persuadés que la communauté éducative mettra tout en œuvre afin que tous les élèves bénéficient d’une continuité pédagogique de qualité », estimait de son côté, vendredi, Gérard Pommier, président de la Fédération des Parents d’Élèves de l’Enseignement Public (PEEP).

Les examens seront-ils reportés ?

« Je suis favorable au maintien des examens », a déclaré ce jeudi Jean-Michel Blanquer. Pas question donc pour l’instant de reporter le brevet et le bac. En revanche, pour les examens universitaires et les concours d’entrée aux grandes écoles, les choses seront parfois réorganisées « au cas par cas », a indiqué le ministre ce vendredi sur France Inter. Mais pour Frédérique Rolet : « si la fermeture des établissements dure au moins un mois, il serait sage que le ministère décale le brevet et le bac », estime-t-elle. « Les concours d’entrée dans les grandes écoles, qui devaient démarrer mi-avril, risquent d’être reculés », imagine de son côté Philippe Vincent.

Du côté de l’Unef, on demande à ce qu' « aucun étudiant ne (soit) pénalisé par ces mesures ». Parmi les solutions réclamées, des cours en ligne disponibles à toute heure, et pas seulement en direct, mais aussi le maintien de l’ouverture des points de restauration universitaire à proximité des résidences. Car « cela permet à de nombreux étudiants précaires d’avoir accès à un repas complet et de rester en bonne santé », appuie le syndicat étudiant.