Incendie de Lubrizol à Rouen : L'association de sinistrés alerte la justice sur le manque de transparence au sujet des produits brûlés

INFO « 20 MINUTES » L'association des sinistrés de l'incendie a analysé les données communiquées par Lubrizol. Elle a découvert que l’entreprise n’avait sans doute pas tout dit

Thibaut Chevillard

— 

Le 26 septembre, un énorme incendie se déclare sur les sites de Lubrizol et de Normandie Logistique à Rouen.
Le 26 septembre, un énorme incendie se déclare sur les sites de Lubrizol et de Normandie Logistique à Rouen. — Philippe LOPEZ / AFP
  • Un incendie a ravagé l’usine Lubrizol, à Rouen, le 26 septembre 2019. Au total, 9.505 tonnes de produits chimiques avaient brûlé, provoquant un nuage de fumée noire de 22 km de long.
  • Des membres de l’Association des sinistrés de Lubrizol ont analysé les données communiquées par l’entreprise concernant les produits présents sur le site.
  • Ils ont découvert que sur 628 produits stockés, l’entreprise n’a transmis que 479 fiches de données de sécurité. Et certaines sont incomplètes.

Ils auraient pu se contenter d’envoyer un email au juge d’instruction. Mais Sébastien Duval et Simon Carvalho ont tenu à venir à Paris, ce jeudi, pour apporter au magistrat en charge de l’information judiciaire sur l' incendie de l’usine Lubrizol le fruit de leur travail. Tous deux membres de l’Association des sinistrés de Lubrizol, ils ont analysé, durant quatre mois, la multitude de données relatives à la composition des produits présents sur le site. Ils ont travaillé à partir de la liste communiquée par l’entreprise et publiée sur le site de la préfecture de la Seine-Maritime sous forme d’un tableau Excel. « Du chinois », résume Simon Carvalho, président de l’association. Surtout, ajoute-t-il, « il manque plein de choses ».

Au total, 9.505 tonnes de produits chimiques avaient brûlé dans l’incendie, le 26 septembre 2019, qui avait provoqué un nuage de fumée noire de 22 km de long. Première découverte : sur 628 produits consommés par les flammes, l’entreprise n’a transmise que 479 fiches de données de sécurité. Ces documents, indique la préfecture, « précisent les caractéristiques des produits et les risques associés, notamment en cas de combustion ». 149 produits sont donc « totalement inconnus », dénoncent-ils dans un rapport consulté par 20 Minutes.

Composition « incomplète »

« La préfecture n’a cessé de dire que les produits qui avaient brûlé n’étaient pas toxiques. Comment peut-elle en être certaine alors que, justement, on ne les connaît pas tous ? », souligne Simon Carvalho. D’autre part, sur les 479 fiches de sécurité transmises, seuls trois produits sont « complètement connus ». La composition de 309 autres est « incomplète », et celle de 167 « incertaine ». L’association note aussi, dans le document remis au magistrat instructeur, que « des substances dangereuses ne sont pas mentionnées dans les fiches de données de sécurité, bien que l’on sache qu’elles sont effectivement présentes dans les produits ». En effet, ces fiches indiquent parfois « les maladies professionnelles liées au produit », explique Sébastien Duval.

Selon les recherches de l’association, certaines de ces maladies professionnelles peuvent être causées, par exemple, par le benzène, un liquide incolore très volatil connu pour sa toxicité. Leurs découvertes intriguent autant qu’elles effraient. « Les agriculteurs de la région exportent leurs produits partout en France », remarque Sébastien Duval. Comment, dès lors, être certain que les fruits et légumes produits ne sont pas mauvais pour la santé ? s’interroge-t-il.

« Une anxiété latente de la population »

Et comment comprendre la décision de rouvrir l'usine ? « Il y a une anxiété latente de la population depuis l’incendie, les gens sont à fleur de peau », souligne celui qui est également administrateur du groupe Facebook «  Collectif Lubrizol », fort de 26.000 membres.

Simon Carvalho et Sébastien Duval souhaitent que les juges d’instruction analysent à nouveau ces données et « ordonnent à Lubrizol de leur transmettre toutes les informations » concernant la composition des produits partis en fumée.

Lubrizol France a été mis en examen fin février pour « déversement de substances nuisibles » et pour des manquements dans l’exploitation de son usine ayant porté une « atteinte grave » à l’environnement.