Les avocats poursuivent leur course d'endurance contre la réforme des retraites

REPORTAGE Opposées à la réforme des retraites, plusieurs centaines d’avocats sont venus en courant à Paris apporter des cahiers de doléances à la garde des Sceaux

Thibaut Chevillard
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Des avocats sont venus des quatre coins du pays pour apporter leurs cahiers de doléances à la ministre de la Justice
Des avocats sont venus des quatre coins du pays pour apporter leurs cahiers de doléances à la ministre de la Justice — Thibaut Chevillard
  • Des avocats sont venus en courant des quatre coins du pays apporter des cahiers de doléances à la garde des Sceaux.
  • Ils s’opposent à la réforme des retraites, qui prévoit un doublement des cotisations retraite pour ceux qui gagnent moins de 40.000 euros par an. Cette réforme, redoutent-ils, pourrait entraîner la mort d’une partie de la profession.
  • Les avocats dénoncent également le manque de moyens alloués à la justice en France.

Ils ont troqué leur robe noire contre une tenue de running. Baskets aux pieds, t-shirts sur le dos, une centaine d’avocats, originaires des quatre coins du pays, sont venus ce mercredi à Paris en courant afin d’apporter des cahiers de doléances à la ministre de la Justice, Nicole Belloubet. Ce sont ceux du barreau de Montpellier qui sont à l’origine de cette initiative inédite, imaginée un dimanche après-midi sur un groupe WhatsApp. « Nous sommes partis le 26 février à 6 h du matin, en direction de Nîmes, il faisait froid ! Nous avons couru une quarantaine de kilomètres jusqu’à Gallargues », expliquent Guillaume et Isabelle.

D’autres barreaux ont ensuite rejoint le mouvement « de façon spontanée », poursuit Guillaume qui salue « une magnifique idée pour défendre notre justice et ceux qui l’animent ». Tout au long du parcours, ils ont recueilli les revendications de leurs collègues qui, en plus d’être opposés à la réforme des retraites, dénoncent « l’état de délabrement de la justice française », poursuit le jeune homme qui porte un tee-shirt sur lequel est écrit « colère noire », comme la couleur des robes des professionnels de la justice.

Concert de classique

Après plusieurs semaines de mobilisation des avocats, la garde des Sceaux a tenté de calmer la situation en annonçant une « mission opérationnelle » confiée à l’un de ses prédécesseurs, Dominique Perben, qui a depuis rejoint un grand cabinet d’avocat parisien. « Je regrette que nos représentants n’aient pas été associés pour choisir les personnalités qui composent cette commission », soulève Arnaud, ancien bâtonnier du barreau de Rouen. « Il n’y a pas assez de représentants des barreaux de province et de petits barreaux », ajoute ce Normand, casque ailé sur la tête.

Il est un peu plus de 15 h quand les avocats, réunis devant le siège du Conseil national des barreaux, s’élancent sur le boulevard Haussmann en direction de la place Vendôme. Les moins sportifs ont loué des Vélib’pour suivre la troupe qui se faufile dans la circulation jusqu’au palais Garnier. Devant l’édifice, une dizaine de musiciens de l’opéra, eux aussi en grève, ont joué quelques morceaux de Vivaldi pour soutenir les robes noires dans leur combat, sous le regard intrigué des touristes qui passaient par là.

« Nous espérons des réponses concrètes »

Une petite demi-heure plus tard, les avocats arrivent enfin devant le ministère de la Justice. Christiane Féral-Schuhl, présidente du Conseil national des barreaux, rentre à l’intérieur du bâtiment avec les fameux cahiers de doléances. « C’est le résultat de la collecte faite à travers tous les barreaux », explique-t-elle, saluant la « formidable unité » des avocats. « Nous espérons des réponses concrètes. Il faut des moyens humains et financiers pour la justice. Ce n’est pas un service public comme les autres, et les avocats ne sont pas des prestataires de services mais des auxiliaires de justice. »

Les avocats en colère devant le ministère de la Justice
Les avocats en colère devant le ministère de la Justice - Thibaut Chevillard

Les avocats, qui dénoncent le « mépris » de la garde des Sceaux à leur égard, ne comptent pas en rester là. « S’il le faut, on ira jusqu’à l’Assemblée nationale, au Sénat. Nos représentants continueront à discuter mais il faut que le gouvernement cesse d’être opiniâtre », assure Julia. « Si la réforme des retraites passe, 30 % de la profession peut disparaître », redoute cette avocate au barreau de Paris depuis 11 ans. Avant de conclure : « Nous ne sommes pas des nantis. Quand on facture 2.000 euros à nos clients pour des dizaines d’heures de travail, il nous reste 400 euros net. C’est ça la réalité. »