Parcoursup : Comment les dossiers des candidats sont-ils triés ?

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR Les candidats ont jusqu’à ce jeudi minuit pour formuler leurs vœux d’inscription sur la plateforme Parcoursup

Delphine Bancaud

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Une jeune femme consulte le site de Parcoursup.
Une jeune femme consulte le site de Parcoursup. — DENIS CHARLET / AFP
  • Les lycéens et candidats en réorientation ont jusqu’à ce jeudi minuit pour formuler leurs vœux d’inscription sur la plateforme Parcoursup.
  • Dans les formations très prisées par les jeunes, où le nombre de places est inférieur aux demandes, les universités procèdent à un tri des dossiers de candidature.
  • La Fage et la Cour des comptes estiment que les critères de classement des dossiers ne sont pas assez transparents et trop élitistes dans beaucoup d’universités.

Une première étape franchie. Les élèves de terminale et les étudiants en réorientation ont jusqu’à ce jeudi minuit pour formuler leurs vœux d'inscription sur la plateforme nationale Parcoursup. S’ils postulent à une formation qui n’est pas en tension, ils ont toutes les chances d’obtenir une place. Mais dans les formations très prisées par les jeunes, où le nombre de places est inférieur au nombre de demandes, les universités procèdent à un tri des dossiers de candidature.

Si toutes les formations affichent des attendus nationaux communs (compétences à avoir, cours optionnels suivis…), les établissements du supérieur affichent les prérequis spécifiques sur la plateforme. « Car une licence de psychologie va offrir des parcours différenciant. Dans une université, elle sera plus tournée vers la psychologie clinique, alors que dans une autre, elle sera plus axée vers la psychologie sociale, par exemple. Ce qui expliquera le fait que le niveau de maths du candidat soit davantage observé s’il choisit la première », explique Jérôme Teillard, chargé de mission Parcoursup au ministère de l’Enseignement supérieur.

Des commissions d’examen pour « éviter le tirage au sort »

Et pour éviter que certains jeunes n’aillent au casse-pipe, toutes les formations précisent le nombre de vœux formulés pour la formation l’année précédente et le nombre de candidats ayant reçu une proposition d’admission. Elles indiquent aussi le pourcentage d’étudiants boursiers admis.

La sélection des dossiers s’opère ensuite dans des commissions d’examen des vœux. « Cela permet d’éviter le tirage au sort qui avait lieu avec le système APB (admission postbac) et d’ordonner les candidatures en fonction de la capacité d’un jeune à réussir dans une formation. Ce système permet aussi de repérer les étudiants qui ont besoin d’un accompagnement pour intégrer une formation [les fameux oui, si] », indique Jérôme Teillard.

Des algorithmes locaux qui ne font pas l’unanimité

« Mais là, les pratiques diffèrent. Certaines universités ont mis en place des algorithmes locaux qui trient les dossiers. Mais dans d’autres, ce sont dix personnes autour d’une table qui font ce travail de sélection. Ce système est très peu transparent, car la composition des commissions et leur mode de fonctionnement ne sont pas cadrés nationalement », critique Orlane François, la présidente du premier syndicat étudiant, la Fage. « Les algorithmes locaux sont des outils d’aides à la décision. Mais il ne s’agit pas d’une automatisation du classement des dossiers. Exemple : les commissions se penchent ensuite sur les candidatures qui arrivent ex aequo… », défend Jérôme Teillard.

De plus, les critères pour classer les dossiers peuvent varier d’une université à l’autre. Les notes ne sont pas regardées de la même manière. Concernant une inscription en licence de droit, l’université Paris XIII tient compte, par exemple, du classement du lycéen dans sa classe, des notes aux épreuves anticipées du bac de français et de celles en histoire/géo, mathématiques et LV1 en 1re et en terminale. Pour la même formation à l’université Paris 2, les notes de français, de philosophie, d’histoire géographie, d’anglais et de mathématiques de 1re et de terminale sont prises en compte, ainsi des épreuves anticipées du bac. Mais aucune mention n’est faite du classement du lycéen dans sa classe.

« Ce système discrimine les lycéens qui n’ont pas eu d’excellents résultats »

« Ce qui n’est pas normal, c’est que les notes soient le principal critère sur lequel les commissions s’arrêtent. Ce système discrimine les lycéens qui n’ont pas eu d’excellents résultats, alors qu’ils peuvent très bien se révéler à l’université », fustige Orlane François. « Il n’y a pas que les notes qui sont prises en compte, mais aussi la motivation des candidats, leurs engagements… », défend de son côté Jérôme Teillard.

Dans un récent rapport, la Cour des comptes critiquait aussi le « défaut de transparence » de la procédure d’affectation. Elle notait la forte sélectivité des universités de l’académie de Paris : « La part d’admis ayant eu une mention très bien au baccalauréat dans les filières non sélectives y est passée de 29 % en 2017-2018, dernière année d’APB, à 40 % en 2018-2019, première année de Parcoursup », indiquaient les Sages.

Anonymiser le nom du lycée ou pas ?

Mais ce n’est pas tout : la Cour des comptes critiquait le fait que le lycée d’origine de l’élève soit pris en compte par certains établissements du supérieur. « Des établissements du secondaire se trouvent alors priorisés dans le classement par rapport à d’autres, sur la base de critères plus ou moins aléatoires, tels celui lié à sa réputation, ou celui, plus objectif, du pourcentage de réussite au baccalauréat », décrivait la Cour. « Un système injuste, qui reproduit les inégalités », commente Orlane François.

« Les universités souhaitent que le nom du lycée soit visible, car ils veulent pouvoir identifier les lycées qui ont bénéficié des "Cordées de la réussite" (un dispositif favorisant l’accès au supérieur des jeunes issus de lycées d’éducation prioritaire via un tutorat). Par ailleurs, on sait que certains lycées notent plus sévèrement que d’autres, ce qui permet de nuancer certains résultats », indique Jérôme Teillard. Des arguments qui ne convainquent pas la Cour des comptes, qui recommande « d’anonymiser le lycée d’origine et de lui substituer une mesure de l’écart entre les résultats au baccalauréat et la notation au contrôle continu ».