Réforme des retraites : A Paris, le recours au 49.3 ne désarme pas les manifestants

REPORTAGE Le chemin vers l’adoption définitive de la réforme s’annonce encore long

Nicolas Raffin
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Le cortège parisien du 3 mars 2020.
Le cortège parisien du 3 mars 2020. — Thibault Camus/AP/SIPA
  • Environ 20.000 manifestants (selon les syndicats) ont défilé ce mardi à Paris contre la réforme des retraites et le recours au 49.3.
  • Loin de décourager, l’utilisation de cet article de la Constitution a renforcé la détermination de ceux présents dans le cortège.
  • Une nouvelle journée de manifestation est prévue le 31 mars.

Il y avait comme un petit air de déjà-vu ce mardi, place de la République, à Paris. Des syndicats en rang d’oignons, un cortège de tête festif et des banderoles inventives contre la réforme des retraites, combattue par les manifestants depuis des mois. Mais contrairement aux mobilisations précédentes, le temps presse : l’exécutif a décidé le week-end dernier de recourir au «  49.3 » pour faire adopter plus rapidement une partie de sa réforme à l’Assemblée nationale. L’opposition a aussitôt répliqué avec des motions de censure examinées ce mardi. Mais sans majorité, impossible, pour la gauche comme pour la droite, de faire tomber le gouvernement.

Sans surprise, l’utilisation de cette « arme » constitutionnelle du 49.3 passe très mal dans le cortège. « Le gouvernement n’a pas réussi à convaincre l’opinion, donc il passe en force » déplore James. Cet inspecteur du travail de 48 ans avait pourtant vu le coup venir : « Que ce soit avec les ordonnances sur le Code du travail, la réforme de l’assurance-chômage ou la conférence de financement sur les retraites, l’exécutif ne laisse jamais vraiment d’options à ceux avec qui il négocie ».

« Le macronavirus a embrouillé les esprits »

De son côté, Evelyne est venue à la manifestation parisienne déguisée en clown. Une manière, selon elle, de dénoncer « les belles pitreries » du gouvernement, « qui n’écoute pas les Français ». « Le 49.3, c’est une manière de dire au peuple "ne cause plus, tu ne m’intéresses pas". C’est une erreur politique majeure ». Elle conclut malicieusement : « Le macronavirus a embrouillé les esprits ».

Le coronavirus a inspiré les manifestants.
Le coronavirus a inspiré les manifestants. - Nicolas Raffin/20 Minutes

Pour Géraldine, infirmière en psychiatrie, c’est la volonté d’Emmanuel Macron d’imposer sa réforme des retraites à tout prix qui fait grimper la « fièvre sociale », comme le proclame une banderole rouge vif. « Je me suis radicalisée au fur et à mesure des manifestations, explique-t-elle. Les acquis sociaux ont rarement été conquis ou défendus pacifiquement. La révolte ne viendra que s’il y a un mouvement de masse ». Comme en écho à ses paroles, une parodie du chant révolutionnaire « La Carmagnole » résonne dans le cortège : « Dansons la Macrongnole, à bas le son du pognon ! ».

Une banderole dans le cortège parisien du 3 mars.
Une banderole dans le cortège parisien du 3 mars. - Nicolas Raffin/20 Minutes

« Énervé, mais pas résigné »

Même si seulement 20.000 personnes (selon les syndicats) ont défilé ce mardi à Paris – à titre de comparaison, la CGT revendiquait plus de 300.000 personnes lors du défilé du 9 janvier –, les personnes présentes rejettent l’idée d’une démobilisation liée au 49.3. « Il ne faut pas céder et faire ce qui nous semble légitime » lance Rachida. Cette retraitée, qui travaille à temps partiel pour compléter sa pension de 800 euros mensuels, se dit « très inquiète pour la démocratie », avec « une Assemblée nationale qui ne sert plus à rien ». « Il faut continuer et ne pas lâcher » appuie Géraldine.

Une pancarte dans le cortège parisien.
Une pancarte dans le cortège parisien. - Nicolas Raffin/20 Minutes

« Je suis énervé, mais pas résigné » poursuit James. L’inspecteur du travail veut encore y croire : « Le projet entier n’est pas encore voté ». En effet, l’Assemblée nationale doit démarrer cette semaine l’examen de la loi « organique » de la réforme des retraites, prévoyant notamment une « règle d’or » sur l’équilibre financier du système. Et le gouvernement ne pourra pas activer à nouveau le 49.3 sur cette partie du texte. Il ne pourra pas non plus l’utiliser lors de l’examen du texte au Sénat, prévu mi-avril.

Pas de quoi réjouir Lou, étudiante parisienne venue à la manif avec sa pancarte « LREM Wars, épisode 49.3 : L’empire macroniste contre-attaque » : « En plus de défiler, il aurait fallu faire une grève générale dès que le gouvernement a annoncé le 49.3, estime-t-elle. Les manifestations, ça ne suffit pas ». Une nouvelle journée d’action est prévue par les syndicats le 31 mars, après les élections municipales.

Edit : Ce mardi, à 20h30, le ministère de l'Intérieur annonçait 22.300 manifestants contre la réforme des retraites ce mardi dans la France entière, dont 6.200 à Paris.