VIDEO. Syndrome du bébé secoué : « En parler, c’est ce qui va faire changer les choses », témoigne une mère endeuillée

TEMOIGNAGE En sortant d’un rendez-vous, Aude Lafitte apprend que Timothée, son fils âgé de deux mois, est à l’hôpital. « Les médecins me disent que son petit cerveau saigne et que c’est le syndrome du bébé secoué », raconte celle qui perdra son fils cinq jours plus tard

Alexia Ighirri (texte) et Thomas Lemoine (vidéo)

— 

Aude Lafitte a perdu son fils, décédé des suites du syndrome du bébé secoué.
Aude Lafitte a perdu son fils, décédé des suites du syndrome du bébé secoué. — T. Lemoine / 20 Minutes
  • Aude Lafitte, mère de Louise 5 ans et habitante de Boulogne-Billancourt, a perdu son fils il y a un an : le 5 mars 2019, Timothée, alors âgé de deux mois, est décédé des suites du syndrome du bébé secoué (SBS).
  • Pour cette trentenaire, partager son histoire est une première étape pour sensibiliser le plus de monde possible sur le SBS : « Je suis sûre à 100 % que c’est en parlant qu’on va prévenir le passage à l’acte. Il faut engager la parole. »
  • Aude Lafitte organise une marche à travers Boulogne-Billancourt, et au départ de l’avenue André-Morizet, samedi à 14 h. Un hommage à Timothée et à toutes les petites victimes du SBS, malheureusement nombreuses. »

A la regarder, difficile de s’imaginer le drame vécu. Aude Lafitte, mère de Louise, 5 ans, et habitante de Boulogne-Billancourt, a perdu son fils il y a un an : le 5 mars 2019, Timothée, alors âgé de deux mois, est décédé des suites du syndrome du bébé secoué (SBS).

« Un matin, je pars à un rendez-vous médical, postaccouchement. Timothée est resté avec son papa à la maison. Quand je sors du rendez-vous, j’appelle pour savoir si tout va bien. Et là, le papa me dit qu’il est à l’hôpital, que Timothée a fait un malaise », raconte la trentenaire. Après un scanner, le verdict tombe : « Les médecins me disent que son petit cerveau saigne et que c’est le syndrome du bébé secoué. Il est transféré en urgence pour être opéré, et cinq jours plus tard, Timothée décède. Et là, ma vie s’effondre. »*

« Un bébé ne mourra pas de pleurer, en revanche d’être secoué, oui »

Sa voix tremble parfois lorsqu’elle livre son récit. Elle fait des pauses aussi, de crainte d’être submergée par l’émotion. Mais la maman ne flanche pas, parce qu’elle estime qu’il est important de témoigner. Partager son histoire, c’est pour elle une première étape pour sensibiliser le plus de monde possible sur le SBS : « Je suis sûre à 100 % que c’est en parlant qu’on va prévenir le passage à l’acte. Il faut engager la parole. En parler c’est ce qui va faire changer les choses. Si mon témoignage permet de sensibiliser les gens… Moi mon objectif c’est que demain il n’y en ait plus [de SBS]. »

Aude Lafitte entend lever le tabou qui entoure le SBS – « on ne m’a jamais parlé de ce syndrome. Ni pendant ma grossesse, ni à la maternité » –, ou du moins la méconnaissance du sujet : « Non, secouer ce n’est pas jouer. Non, ce n’est pas un accident. Oui, c’est un geste très violent, intentionnel, résume-t-elle. Devenir parents, c’est merveilleux, mais ce n’est pas tout le temps que du bonheur. Il y a des moments difficiles, il peut y avoir beaucoup de fatigue, d’épuisement, ça peut être difficile de gérer les pleurs d’un tout-petit, on se trouve parfois assez démuni face à ce nourrisson qu’on aime mais qu’on n’arrive pas à calmer. Je suis persuadée que si on sait que ces situations peuvent potentiellement arriver et qu’on a en tête les bons gestes à avoir, ça peut changer les choses. Un bébé ne mourra pas de pleurer, en revanche d’être secoué oui. »

Une marche de sensibilisation au SBS samedi

Les chiffres de cette maltraitance infantile sont éloquents : « Aujourd’hui, un bébé est secoué tous les jours. Ce sont environ 400 bébés par an », avance la trentenaire. Le rapport 2019 de Santé publique France fait lui état de 1.215 enfants victimes de traumatismes crâniens infligés par secouement et hospitalisés sur la période 2015-2017. « Il y a un vrai flou sur les chiffres, parce que seuls sont diagnostiqués les enfants qui finissent à l’hôpital. Les enfants qui sont secoués ont moins de 1 an, la plupart du temps ils ont moins de 6 mois. Ils ne peuvent pas dénoncer et les auteurs ne vont évidemment pas s’en vanter. Il y a plein de cas qui ne seront jamais connus. » Une seule fois suffit pour que ce geste soit dangereux, mais il arrive qu’un bébé soit secoué plus d’une fois.

Des outils existent, comme le numéro vert Allô parents bébé. Encore faut-il s’intéresser au sujet. Pour le porter sur la place publique, Aude Lafitte organise une marche à travers Boulogne-Billancourt, et au départ de l’avenue André Morizet, samedi à 14h. Un hommage à Timothée « et à toutes les petites victimes du SBS, malheureusement nombreuses. L’idée c’est de marcher pacifiquement, une rose blanche à la main. Dans le recueillement, mais pas de façon triste. Je vais marcher avec le sourire en pensant à tous les moments que j’ai partagés avec mon fils, assure-t-elle. Mon objectif, c’est qu’on soit suffisamment nombreux pour que les gens se demandent ce qu’il se passe et qu’on puisse commencer à engager un dialogue autour du syndrome du bébé secoué. Et qu’on en parle enfin, sans tabou, sans crainte. »

*Me Autain, avocat du père de l’enfant contacté par 20 Minutes, indique que son client est mis en examen et laissé libre sous contrôle judiciaire. « Le reste relève du secret de l’instruction et de la présomption d’innocence. Le dossier est en cours », rajoute-t-il.