Coronavirus : Inquiets, les policiers attendent du matériel et des consignes

VIRUS Alors que plusieurs commissariats ont été brièvement confinés ces derniers jours, les agents attendent du matériel et des consignes claires du ministère de l’Intérieur  

Thibaut Chevillard

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Un policier à la gare de Lyon Perrache après qu'un bus en provenance de Milan a été bloqué en raison d'une suspicion de coronavirus à bord
Un policier à la gare de Lyon Perrache après qu'un bus en provenance de Milan a été bloqué en raison d'une suspicion de coronavirus à bord — JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP
  • Plusieurs commissariats ont été brièvement confinés au cours des derniers jours après le passage de personnes malades.
  • Les policiers, inquiets, attendent que le ministère de l’Intérieur leur fournisse des masques et du gel hydroalcoolique.
  • Un comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail se réunira ce mercredi au ministère de l’Intérieur. Une réunion qui, espèrent les syndicats, apportera des réponses aux agents.

Ce lundi matin, un homme arrivant d’Indonésie a fait un malaise au commissariat central de Lille après s’être plaint de douleurs au ventre. Les locaux ont été fermés durant une heure, le temps qu’une équipe du Samu intervienne pour s’assurer qu’il n’était pas contaminé par le coronavirus. Quelques jours plus tôt, c’est le commissariat du 16e arrondissement de Paris qui a été brièvement confiné après que deux touristes sud-coréens ayant transité par l’Italie se sont présentés à l’accueil en expliquant être malades. Une situation similaire s’était produite dans le 13e arrondissement de la capitale après qu’un touriste chinois venu déposer plainte pour vol s’est trouvé mal.

Ces incidents récents suscitent l’inquiétude dans les rangs policiers. « On se questionne car il n’y a pas vraiment de préconisations claires » de l’administration, explique Grégory Joron, secrétaire national du syndicat Unité-SGP police FO. « On se trouve dans un flou artistique, les instructions sont transmises au fil de l’eau », poursuit le syndicaliste. Présidente de l’association Femmes de force de l’ordre en colère (FFOC), Aurélie Laoussie s’est entretenue récemment avec l’épouse d’un agent affecté à la police aux frontières (PAF), à Menton, à proximité de l’Italie, pays le plus contaminé d'Europe. « Il y a trois jours, ils n’avaient aucune information, aucune consigne sur la marche à suivre », explique-t-elle.

Des masques périmés

D’autant que les masques et flacons de gel hydroalcoolique se font attendre. « Les agents en ont besoin pour préserver leur santé. Ils sont en train d’arriver, on a commencé à les distribuer. Les services les plus exposés, comme la PAF, présente dans les zones de transports et les centres de rétention administratifs, doivent être équipés en priorité », souligne Frédéric Galea, délégué national chargé de la qualité de vie au travail au sein du syndicat Alliance. Selon les syndicats, l’Intérieur stocke 24 millions de masques et en a commandé 200 millions supplémentaires pour faire face à la situation. « Il en faut en quantité suffisante car s’ils sont portés en permanence, il faut les changer toutes les trois heures », ajoute Frédéric Galea.

Alors que le matériel est distribué au compte-gouttes, certains agents ont constaté avec surprise que les masques qu’ils venaient de recevoir étaient périmés… depuis 2008 ! « Ils avaient été stockés au moment de la grippe H1N1 », signale Aurélie Laroussie.

En outre, si le gouvernement a annoncé ce samedi l’interdiction des rassemblements de plus de 5.000 personnes en milieu confiné, aucune mesure comprable n’est prévue (pour l'instant) pour les matchs de foot. Mercredi, les CRS qui assuraient la sécurisation du match Lyon-Turin s’étaient équipés de masque. « Mais on leur a demandé de les enlever pour ne pas effrayer la population », rapporte la présidente de l’association FFOC.

Une réunion pour apporter des réponses

A la demande de plusieurs syndicats, un comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail se réunira ce mercredi au ministère de l’Intérieur. L’occasion de faire le point sur les matériels de protection, les consignes à donner aux fonctionnaires, les instructions opérationnelles et la délicate question de la gestion RH. « Les agents confinés doivent-ils être en arrêt maladie ? Ou bénéficient-ils d’une autorisation spéciale d’absence ? », s’interroge Grégory Joron, regrettant que, bien souvent, « les commissaires se retrouvent seuls pour gérer » la situation.