« Nous avons annulé notre voyage en Jordanie »… Le coronavirus va-t-il chambouler les projets de vacances ?

VOUS TEMOIGNEZ A l’approche des vacances de printemps, certains renoncent à partir, quand d’autres ne veulent pas céder à la panique

Delphine Bancaud

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La valise et le passeport d'un vacancier.
La valise et le passeport d'un vacancier. — Pixabay
  • Alors que les vacances d’avril démarrent dans un mois, les Français s’interrogent sur leurs projets, en raison de l’épidémie de coronavirus.
  • Certains de nos lecteurs renoncent à leurs plans de vacances à l’étranger, par crainte pour leur santé ou parce qu’ils redoutent des complications sur place.
  • Mais d’autres refusent de céder à la psychose et s’offriront bien une parenthèse enchantée hors de France.

Partir loin ou rester en France ? Alors que les vacances d’avril démarrent dans un mois, les Français s’interrogent sur leurs projets, en raison de l’épidémie de coronavirus. La question se pose avec encore plus d’acuité pour ceux qui comptaient prendre la poudre d’escampette dans les prochaines semaines, à l’instar de Francis, qui a répondu à notre appel à témoins. Alors que son périple à Lanzarote, en Espagne, est planifié dans une semaine, il est encore dans l’expectative : « Nous attendons de voir l’évolution de l’épidémie pour valider ou annuler ce déplacement, sachant que dans le second cas, nous perdrions le montant du séjour. Nos craintes sont motivées par l’éventualité d’être mis en quarantaine sur place ou de ne pouvoir rentrer à cause du trafic aérien suspendu », explique-t-il.

Maxence, lui aussi, hésite à annuler, notamment pour des raisons financières : « Nous avons acheté nos billets d’avion pour Syracuse, en Italie, la veille de la découverte des premiers cas dans ce pays. Pour nous, c’est un voyage qui représente un budget conséquent par rapport à nos salaires. Si ce voyage était perdu, cela représenterait deux années d’économies mises à la poubelle », explique-t-il. Pour Chantal, la décision n’est pas encore prise non plus, et le sera en fonction des risques pour sa santé : « Nous devons partir le 19 mars à Marrakech. Je sais que pour le moment, ce n’est pas une zone à risque, mais j’ai peur ».

« Pas envie de revenir contaminée »

Mais pour beaucoup de lecteurs, pas questions de transiger avec un risque pour leur santé. D’ailleurs, le secteur touristique européen a perdu « deux millions de nuitées » hôtelières depuis janvier en raison de l’épidémie de coronavirus, a indiqué jeudi le commissaire européen Thierry Breton sur BFMTV. Laetitia a ainsi décidé d’annuler son week-end prolongé à Florence du 5 au 8 mars prochain. « Pas du tout envie de partir dans ces conditions, et surtout de revenir contaminée avec mes enfants ! Pas envie d’être placée en quarantaine à mon retour ! », explique-t-elle. Même prudence chez Jean-Pierre : « Nous devions partir en cure comme chaque année début avril. (Nous avons 70 ans mon épouse et moi-même). Mais compte tenu du brassage de population et de la promiscuité dans les thermes, et ce, sans aucune protection, nous préférons annuler ». Dominique n’avait pas vraiment le choix : « Je viens d’annuler mon voyage en Emilie-Romagne car, âgée de 70 ans, et en rémission d’un cancer du poumon, cela m’a semblé plus raisonnable », confie-t-elle. Brigitte a opté aussi pour la prudence : « Nous avons annulé le voyage en Jordanie du 7 mars. Sachant que les aéroports sont des lieux à risques augmentés », affirme-t-elle.

Pour d’autres lecteurs, c’est surtout la perspective de complications lors de leur voyage qui les a fait renoncer, à l’instar d’Annie : « J’avais prévu un voyage de 15 jours au Japon, pendant les vacances scolaires de printemps, avec ma famille. Cependant, nous avons annulé. Le Japon n’est pas encore une zone à risque comme la Corée du Sud, la Chine ou l’Italie, mais, le gouvernement japonais a déjà décidé de fermer Disneyland, le musée Ghibli jusqu’à mi-mars… Je me voyais mal faire du tourisme dans ce climat. Par ailleurs, je trouve que la façon dont le gouvernement japonais a géré les cas du Diamond Princess (paquebot mis en quarantaine au large du Japon) a été déplorable. J’ai donc annulé mon voyage pour ne pas me retrouver dans la galère », explique-t-elle. Idem pour Laurent : « Mon épouse, ma fille et moi-même devions partir du 1 au 8 mars 2020 en Sicile. Après quelques heures de réflexion, nous avons décidé d’annuler notre voyage. Nous ne souhaitions pas être mis en quarantaine et surtout nous voulions passer des vacances sans contraintes », confie-t-il. Christine imagine aussi le même type de scénario aux Etats-Unis : « Je viens d’annuler deux billets d’avion pour San Francisco chez Air France au mois de mai. Connaissant bien les douanes américaines, je peux supposer que tous les Européens seront soumis à des règles drastiques, voire peut-être à un confinement lors de leur arrivée ».

« On va privilégier la France »

Et pour certains de nos lecteurs, le fait d’annuler va leur coûter un bras. A l’instar de Jean-Luc, qui a renoncé à son périple familial à Phuket, en Thaïlande , début mars : « Nous avions prévu de fêter notre anniversaire mon épouse et moi pour nos 60 ans en famille. Mais comme il y a 3 asthmatiques et des bébés, nous avons décidé d’annuler. Ce voyage a été acheté dans une agence de la grande distribution. Bien que nous ayons contracté une assurance annulation (500 euros quand même), seulement 50 % du séjour a été remboursé », déplore-t-il. Même déconvenue pour Heidi, qui devait voyager à Venise : « Au vu des événements, nous ne sommes pas partis. J’avais pris un combiné vol et hôtel en novembre. Impossible de me faire rembourser par le voyagiste, qui considérait que Venise n’était pas sur la zone à risque ! Seules les excursions m’ont été remboursées ».

Beaucoup de ceux qui veulent partir quand même comptent se reporter sur la France, comme Clarisse : « Nous avons stoppé notre projet et allons rester en France. Nous partirons en dernière minute sur le territoire français pour les prochaines vacances ». « Je préfère annuler mon voyage à l’étranger et privilégier la France », annonce aussi Josiane.

« Le risque est minime et je me refuse d’arrêter de vivre »

A l’inverse, d’autres lecteurs ne veulent pas se laisser gagner par la peur. « Je crains plus l’épidémie de psychose que celle du coronavirus. J’ai réservé des billets pour Gênes fin avril et j’espère bien partir… sauf si on me l’interdit », indique Cathy. Baptiste se montre aussi philosophe : « un virus est un risque de la vie, comme un accident de voiture », s’enflamme-t-il. « Je pars le 4 avril en croisières à Miami et aux Caraïbes. Aucune inquiétude », assure Claudia. Même détermination chez Wanda : « Je dois partir en Martinique dans 24 jours, je ne repousserai pas mon voyage, sauf si on y est obligé ». Mélina ne veut pas non plus renoncer à des moments de bonheur : « Nous venons d’acheter nos billets pour l’Indonésie pour début mai. On se dit qu’on ne va pas arrêter de vivre et de faire les vacances que l’on prévoit depuis un an ! »

Vincent, lui, a déjà la tête au soleil : « Arrivé hier au Brésil en famille et très content d’y être », fanfaronne-t-il. De son côté, Cyril essaye d’observer la situation avec rationalité : « Je pars dans 9 jours au Kenya avec mon ami. Pas question d’annuler ! Le risque est minime et je me refuse d’arrêter de vivre. De toute façon, dans un mois, le monde entier sera touché par ce virus moins mortel que la grippe. Par ailleurs, je travaille dans les trains. Je suis constamment en contact avec la clientèle et je sors faire mes courses. Donc le coronavirus, j’aurais pu le choper n’importe où dans ce contexte, bien avant mon départ en vacances. J’ajoute que j’ai assisté au Lyon-Juventus polémique [rencontre de Ligue des champions disputée le 26 février dernier] Je vis ma vie. Et si je dois l’attraper, je me soignerai. Mais hors de question de céder à la panique et de rester enfermé ».

De son côté, Emmanuel est fair-play : « Nous partons à Tenerife en avril, cela ne nous inquiète pas. C’est au voyagiste de nous informer en cas de risque et de prendre les mesures adéquates », affirme-t-il. Idem pour Anthony : « Je vais simplement faire plus attention aux règles d’hygiène », prévient-il. Même prudence chez Marie : « Je dois partir le week-end prochain à Rome pour faire le semi-marathon. On ne peut pas se faire rembourser. Je vais prendre mes précautions et rester vigilante. Apres tout, ce n’est qu’une grosse grippe. En cas de doutes, je ferai un test à mon retour », assure-t-elle.