La nouvelle formule du permis moto prête à démarrer, mais sans convaincre

MOTO A compter du 1er mars (mais dans les faits le 2), le nouvel examen du permis moto A2 va entrer en vigueur. Code spécifique, examens plateaux et circulation, les évolutions ne convainquent pas les pros

Romarik Le Dourneuf

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Illustration moto
Illustration moto — Christels
  • Le permis moto A2 va changer de formule. Le 1er mars, un code spécifique sera mis en place, et de nouvelles épreuves pratiques arriveront dans le courant du mois.
  • Le plateau technique se déroulera désormais en une seule épreuve, et la circulation devrait être allongée.
  • Les professionnels regrettent que l’aspect comportemental des pilotes ne soit pas assez mis en avant dans la nouvelle formule.

Dans les stands depuis plusieurs mois, la réforme du permis moto A2 (puissance maximum de 35 kW, 47,5 ch) prend enfin la route. Menée par Emmanuel Barbe, le délégué interministériel à la Sécurité routière, elle va entrer en vigueur à partir de lundi, le 2 mars (en réalité le 1er mars, mais c’est un dimanche). Voilà pour la partie théorique.

La partie technique, elle, va évoluer plus tard dans le courant du mois de mars. Cette mise en place entraîne une période transitoire de six mois, jusqu’au 1er septembre. Au-delà, la nouvelle forme d’examen s’appliquera à tous.

Un code spécifique et une seule épreuve en plateau

Le premier changement est de taille, ou plutôt de forme : fini l’épreuve théorique générale (ETG). Le fameux « Code » était le même, que l’on souhaite passer un permis voiture ou un permis moto. Il est remplacé par l’épreuve théorique moto (ETM). L’épreuve est toujours composée de 40 questions, mais une dizaine d’entre elles seront désormais spécifiques aux deux-roues motorisés. Ce « code moto » entraîne dans son sillage la suppression des « vérifications techniques » avant le plateau, et à l’oral, des « 12 fiches », qui concluaient cette même épreuve. Selon Thierry Le Pallec, responsable moto à l’Union nationale des indépendants de la conduite (UNIC), et qui a participé aux réunions d’élaboration de la réforme, ce choix est positif : « Les questions juste avant le plateau technique pouvaient entraîner un gros stress inutile. »

Le plateau technique, justement, a lui aussi été modifié. Poussette, slalom, demi-tour, freinage, passager… Pas de révolution, la nouveauté consiste à devoir enchaîner toutes ces épreuves au lieu de les faire en deux phases. « Une légère difficulté quand même pour les candidats, qui devront retenir tout le parcours par cœur », peste Pascal Wolf, animateur de la commission pédagogique de l’Association pour la formation des motards (AFDM). L’épreuve du plateau se trouve donc raccourcie, le but de la Sécurité routière étant de privilégier la circulation.

Cette dernière épreuve va être allongée d’une dizaine de minutes. Avec les mêmes consignes, plus une : la trajectoire de sécurité dans les virages, présentée en septembre dernier par la gendarmerie. Mauvaise nouvelle pour les candidats : un minimum de 21 points sur 27 devront être validés pour l’obtention du permis, contre 17 actuellement.

Des évolutions qui « passent à côté de l’essentiel »

Autant de changements qui entraînent des réactions mitigées du côté des professionnels. « Ça part d’un bon sentiment, et les questions ne sont pas si mal faites, juge Thierry Le Pallec (UNIC). Mais elles ne sont clairement pas faites par des motards. On passe à côté de l’essentiel ». Le responsable voit pourtant un intérêt à ce code moto spécifique : « Pas mal de personnes passaient le permis moto pour ne pas perdre le délai du code, mais ne montaient finalement sur un deux-roues que des années après. »

Les formateurs ne sont pas défavorables au nouveau code, « même si ça semble davantage être un moyen de faire payer 30 euros de plus qu’autre chose », glisse Pascal Wolf. Reste que « le problème est comportemental », estime l’animateur de l’AFDM. Il réclame depuis longtemps un examen qui prend en compte « l’appréhension de la route ». Thierry Le Pallec abonde : « On s’inquiète beaucoup du côté technique de la formation, mais ça n’apprend pas à bien se comporter sur la route. » Et de rappeler que les motards ont 23 fois plus de risque de se faire tuer que les automobilistes : « Peu importe le fautif, le motard est beaucoup plus vulnérable que les autres, et c’est pour cela qu’on doit lui apprendre à éviter les erreurs, les siennes comme celles des autres sur la route. » Pascal Wolf est plus direct : « L’épreuve privilégie les plus techniques, mais ce sont aussi les plus “casse-cou”. » D’où la crainte que les épreuves à venir ne « filtrent » les femmes légères et les pilotes les plus timorés…