Coronavirus : Quelles mesures sont prises par les entreprises pour protéger leurs salariés ?

TRAVAIL Communication sur les mesures d’hygiène à respecter, annulation de déplacements, mise à l’isolement de certains salariés… Les entreprises misent sur la prévention

Delphine Bancaud

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Un salarié en entreprise
Un salarié en entreprise — Pixabay
  • Ce vendredi, la ministre du Travail et le ministre des Solidarités et de la Santé recevront les partenaires sociaux pour faire un point sur les mesures à prendre dans les entreprises concernant le coronavirus.
  • Certaines sociétés ont suspendu les voyages de leurs salariés dans des zones à risque, ou demandent à ceux qui auraient pu être en contact avec une personne infectée de rester chez eux.
  • Mais un salarié estimant que son entreprise n’a pas pris suffisamment de précaution pour le protéger peut exercer son droit de retrait dans certains cas.

Branle-bas de combat. Ce vendredi, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, et le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, recevront les partenaires sociaux pour faire un point sur les mesures à prendre dans les entreprises concernant le coronavirus.

Alors que deux décès ont eu lieu en France, pour 38 cas d’infection enregistrés, et que les Français sont inquiets, les entreprises s’organisent peu à peu. Car comme le rappelle maître Gaëlle Le Breton, Associée chez Gowling WLG, « l’employeur à l’obligation de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé des salariés de l’entreprise. A défaut, sa responsabilité peut être engagée ». De plus, « les médecins du travail reçoivent de plus en plus d’appels de salariés qui leur posent des questions sur le mode de transmission du coronavirus, ses symptômes… », constate Benoît Serre, vice-président de l’Association nationale des directeurs des ressources humaines (ANDRH).

Les déplacements dans les zones à risque sont reportés

Ce qui incite les employeurs à communiquer sur le sujet. « L’objectif est de montrer aux salariés que les entreprises ont anticipé les choses, au cas où la France entrerait dans une phase de pandémie », indique Benoît Serre. Dans un organisme parapublic situé en Ile-de-France, les salariés ont reçu un mail que 20 Minutes a pu consulter. Celui-ci stipule que les salariés « présentant des symptômes de fièvre et de toux ou des difficultés à respirer » sont invités à se confiner « dans un bureau individuel en limitant les contacts » et à appeler le service médical.

Les entreprises dont les salariés se déplacent souvent à l’international jouent aussi la carte de la prudence, comme le constate Benoît Serre : « Les déplacements en Chine, en Italie, à Hong Kong, à Macao, en Corée du Sud ou à Singapour sont généralement reportés ». Le groupe français de cosmétiques l’Oréal a ainsi indiqué jeudi avoir suspendu tous les voyages d’affaires de ses employés jusqu’à fin mars face à la propagation de l’épidémie du nouveau coronavirus. Deux jours plus tôt, le géant suisse de l’alimentation Nestlé avait également annoncé la suspension de ses voyages d’affaires, mais seulement jusqu’au 15 mars. Et certaines entreprises commencent aussi à annuler des séminaires dans des villes européennes « pour limiter les trajets en avion », observe Benoît Serre.

Des mesures d’hygiène renforcées

Des mesures sont aussi prises envers les salariés revenant des zones à risques ou ceux qui ont été en contact étroit avec une personne infectée : « Certaines entreprises leur demandent de rester chez eux pendant quatorze jours, la durée maximale de la période d’incubation, afin d’éviter le risque de propagation du coronavirus », indique Benoît Serre. Dans ces cas-là, le salarié peut télétravailler « si son poste lui permet et s’il dispose du matériel pour le faire », précise maître Gaëlle Le Breton. En outre, sous certaines conditions, une autorité sanitaire ou un médecin peut délivrer un arrêt de travail pouvant aller jusqu’à 20 jours, avec des indemnités journalières versées par l’Assurance maladie sans jours de carence.

« Ce dispositif découle d’un décret adopté le 31 janvier pour deux mois et qui pourra être renouvelé si besoin est », explique l’avocate. Et ce mercredi, le Premier ministre, Edouard Philippe a annoncé que cette mesure s’appliquerait aussi aux « parents dont l’enfant fait l’objet d’une mesure d’isolement et qui ne peuvent donc pas se rendre au travail pour garder leur enfant ».

Le salarié peut exercer son droit de retrait s’il se sent en danger

De nombreuses entreprises rappellent régulièrement les règles d’hygiène basiques à leurs collaborateurs, afin d’éviter tout risque de propagation. La SNCF a pour sa part fournit des masques à ses personnels de bord et du gel désinfectant sur les liaisons vers l’Italie du Nord ou en correspondance.

Mais si un salarié estime que son entreprise n’a pas pris suffisamment de précaution pour le protéger, il peut aussi agir, précise maître Gaëlle Le Breton : « Si son entreprise lui demande par exemple de partir dans une zone à risque, il peut refuser le déplacement en activant son droit d’alerte et de retrait. Il ne pourra pas être sanctionné pour ce refus », indique l’avocate.