VIDEO. Plus d’un jeune Français sur quatre a déjà été témoin d'un « revenge porn »

EXCLUSIF Près de 90 % des 18-30 ans connaissent bien la notion de « revenge porn », sachant qu’un jeune sur quatre en a déjà vu passer un, selon les résultats de notre étude #MoiJeune « 20 Minutes » – OpinionWay

Anissa Boumediene

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Plus d'un jeune sur quatre déclare avoir déjà vu passer un revenge porn, et 2% des 18-30 ans indiquent avoir été directement victime d'un tel acte, révèle notre Etude #MoiJeune 20 Minutes - OpinionWay.
Plus d'un jeune sur quatre déclare avoir déjà vu passer un revenge porn, et 2% des 18-30 ans indiquent avoir été directement victime d'un tel acte, révèle notre Etude #MoiJeune 20 Minutes - OpinionWay. — simardfrancois / Pixabay
  • L’affaire Griveaux a mis en lumière le phénomène de revenge porn, déjà bien connu des jeunes. En effet, selon notre étude #MoiJeune 20 Minutes – OpinionWay, 89 % des 18-30 ans connaissaient déjà cette notion.
  • 2 % des jeunes interrogés déclarent avoir été directement victimes de revenge porn.
  • Pour ces mêmes victimes, les effets psychologiques d’une telle exposition peuvent être dévastateurs.

Voir son intimité la plus absolue dévoilée au grand jour. Sur Internet, sur les réseaux sociaux. Là même où le droit à l’oubli n’existe pas. Quand on est victime de revenge porn – lorsque quelqu’un dévoile des images à caractère sexuel sans le consentement de la personne concernée –, tout s’effondre. C’est précisément ce que vient de subir Benjamin Griveaux, le poussant, en fin de semaine dernière, à renoncer à sa candidature à la Mairie de Paris.

Ce phénomène n’est pas nouveau et a pris de l’ampleur avec le développement des réseaux sociaux. Une pratique que connaissent bien les jeunes, puisque 89 % des 18-30 ans avaient déjà entendu parler de revenge porn avant la déflagration de l’affaire Griveaux, selon les résultats de l’étude #MoiJeune 20 Minutes–OpinionWay* que nous dévoilons ce vendredi. Et plus d’un jeune sur quatre (26 %) dit avoir déjà vu passer des photos ou vidéos de ce type. Qui peut être victime d’un tel acte ? Comment réagissent celles et ceux qui y sont confrontés directement ou indirectement ? Les signalements aboutissent-ils ?

Les femmes plus affectées par le « revenge porn »

Si Benjamin Griveaux est la dernière victime connue du grand public à subir la diffusion de contenus à caractère pornographique le représentant, il n’est pas le seul. Ainsi, 2 % des 18-30 ans interrogés indiquent avoir été déjà victimes personnellement d’une telle action, et un jeune sur dix dit connaître une victime dans son entourage. Toujours selon notre enquête #MoiJeune, dans les faits, les victimes de revenge porn seraient le plus souvent les femmes, puisque 13 % d’entre elles disent être touchées de près par ce phénomène (elles ou quelqu’un de leur entourage), contre 8 % des jeunes hommes.

Pour les femmes victimes, les effets d’une telle exposition peuvent être particulièrement ravageurs. C’est ce qu’a mis au jour la chercheuse Samantha Bates, qui a mené une étude au sein de la Simon Fraser University, au Canada, sur les effets psychologiques du revenge porn sur les femmes. L’analyse des résultats de ses entretiens a révélé, chez les victimes interrogées, l’apparition de problèmes de confiance, de troubles de stress post-traumatique, d’anxiété, de dépression ou encore de pensées suicidaires. « Les victimes subissent de plein fouet la honte que provoque le revenge porn, abonde Michael Stora, psychologue et coauteur de l’ouvrage Hyperconnexion(éd. Larousse). Les personnes qui vivront le plus mal un revenge porn sont les personnes dont l’image va être particulièrement entachée, à l’instar de Benjamin Griveaux, qui a dû renoncer à sa candidature à la Mairie de Paris. Ou, comme c’est le plus fréquemment le cas en pratique, des jeunes femmes voire des adolescentes ayant des profils sur plusieurs réseaux sociaux, et qui vont être victimes d’un garçon malveillant. D’autant que cela peut ouvrir la voie à des campagnes de cyberharcèlement ».

Avec le revenge porn, « il y a l’idée d’opération commando, un mode opératoire outrancier, pour nuire et montrer au monde le vrai visage de la personne qui en fait l’objet », analyse Nicolas Arpagian, expert en cybersécurité et auteur de La Cybersécurité(Que sais-je ?).

Des signalements de « revenge porn » peu suivis d’effets

Si le phénomène du revenge porn est si connu des jeunes, c’est donc parce que nombre d’entre eux en auraient eu devant les yeux. On l’a dit, plus d’un jeune sur quatre (26 %) déclare avoir déjà vu passer personnellement des photos ou vidéos de revenge porn concernant d’autres personnes que lui. Sans surprise, les réseaux sociaux sont le principal canal de diffusion de ces contenus, nous apprend l’étude #MoiJeune 20 Minutes – OpinionWay, avec en tête Twitter (39 %), Snapchat (33 %) et Facebook (27 %). Mais comment réagit-on lorsque l’on voit passer cela ? En pratique, 43 % de ceux qui ont vu ce type de contenus indiquent l’avoir signalé. Les jeunes femmes seraient de meilleures élèves, puisque 56 % de celles qui ont vu un revenge porn disent avoir lancé l’alerte, soit deux fois plus que les jeunes hommes (28 %). Comment l’expliquer ? Peut-être parce que le revenge porn est davantage pratiqué par les garçons, comme l’expliquait le Collège national des Gynécologues et Obstétriciens Français lors d’une conférence sur l’exposition des jeunes à la pornographie en juin 2018.

Parmi les 43 % de jeunes qui disent avoir signalé un revenge porn, la démarche n’aurait pas été suivie d’effets dans la moitié des cas (21 %). « Les réseaux sociaux ont un statut d’hébergeur du contenu, ils n’en sont pas éditeurs, donc ne sont pas légalement responsable de la diffusion de ce type d’images, décrypte Nicolas Arpagian. Les seules actions possibles reposent sur une logique de signalements, mais il n’y a pas d’automatisation de la responsabilité. En outre, comme le terme même de revenge porn l’indique, il y a une notion de diffusion d’images à caractère sexuel, ce qui en fait un matériau à fort potentiel de viralité. Dès que c’est en ligne, un tel contenu échappe à tout contrôle, des captures peuvent en être faites et ces contenus peuvent ainsi ressurgir à tout moment et ne jamais disparaître, souligne-t-il. La solution, pour lutter contre, est d’obtenir le déréférencement du contenu, plateforme par plateforme. Mais c’est un processus qui prend du temps, et qui n’est pas totalement efficace ».

Etude #MoiJeune 20 Minutes – OpinionWay, réalisée en ligne le 17 février 2020 auprès d’un échantillon représentatif de 540 jeunes âgés de 18 à 30 ans (selon la méthode des quotas).

Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet « #MOIJEUNE », une série d’enquêtes lancée par 20 Minutes et construite avec et pour les jeunes. Toutes les infos pour vous inscrire en ligne ici.