Coronavirus : Des images de cadavres dans les rues chinoises ? Gare à l’intox

FAKE OFF On fait le point sur une photo et une vidéo virales qui prétendent montrer les cadavres de victimes du coronavirus dans des villes chinoises

Alexis Orsini

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Des piétons dans une rue de Shanghaï, le 19 février 2020.
Des piétons dans une rue de Shanghaï, le 19 février 2020. — NOEL CELIS / AFP
  • Depuis le début de l'épidémie de coronavirus en Chine, de nombreuses images trompeuses circulent.
  • Des photos ou vidéos prétendent ainsi montrer les cadavres de victimes de la maladie, étendus à même le sol de certaines villes.
  • 20 Minutes revient sur une photo et une vidéo de ce type sorties de leur contexte. 

Alors que le cap des 2.000 morts liées au coronavirus a été franchi en Chine, les prétendus « mensonges » du gouvernement de Xi Jinping commenceraient-ils à être mis au jour par des images amateurs ? C’est ce que laissent penser des photos et vidéos publiées sur les réseaux sociaux et montrant de prétendus cadavres de victimes dans les rues de certaines grandes villes.

Une vidéo filmée depuis un deux-roues en mouvement montre ainsi furtivement des corps, pour la plupart allongés devant des devantures de commerces fermés, qui semblent s’étendre sur toute la longueur d’une rue. La séquence d’une vingtaine de secondes a été visionnée plus de 110.000 fois.

« Des sacs de morts jonchent le bord des rues ! Cela confirme les indications que les crématoriums sont débordés, et les calculs qui indiquent que la Chine cache le nombre de morts en ne comptant que ceux à l’hôpital… #Covidー19 », affirme le texte accompagnant ce tweet en date du 18 février.

Dans le même registre, une photo aérienne – particulièrement virale fin janvier – de nombreuses personnes étendues à même le bitume était présentée par une page Facebook comme le cliché d’un journaliste brésilien « avertissant le monde que la situation réelle [en Chine] est complètement cachée (sic) ».

La photo présentée à tort comme ayant été prise en Chine.
La photo présentée à tort comme ayant été prise en Chine. - capture d'écran/Facebook

FAKE OFF

En réalité, cette photo est complètement sortie de son contexte puisqu’elle a été prise le 24 mars 2014, à Francfort (Allemagne), comme on peut le vérifier sur la banque d’images de Reuters.

En outre, les personnes allongées, loin d’être décédées, participaient à un projet artistique « en mémoire des 528 victimes du camp de concentration de Katzbach », selon la légende accompagnant ce cliché du photographe Kai Pfaffenbach.

Quant à la vidéo des prétendus « sacs de morts », une autre séquence tournée au même endroit permet de constater qu’il s’agit en fait de personnes recouvertes de draps ou de couvertures, certaines étant en outre en position semi-assise, la tête collée contre la devanture la plus proche (à 0’20 notamment).

Un accès réglementé aux quartiers résidentiels

Cette vidéo, tweetée le 13 février, expliquait ainsi qu’un « un système de laissez-passer » mis en place par la ville de Shenzhen (dans la province du Guangdong) afin de lutter contre la propagation du coronavirus obligeait de « nombreuses personnes [dépourvues de ce document] à passer la nuit en dormant dans la rue ». Une information confirmée par un article de la chaîne de télévision New Tang Dynasty Television (NTDT) au titre évocateur : « Le cloisonnement brutal de la ville […] a réduit de nombreuses personnes au statut de "réfugiés" urbains ».

On retrouve notamment un extrait de cette séquence virale dans le reportage vidéo de NTDT intégré à l’article (à 0’56), qui montre aussi les contrôles sanitaires réalisés par les autorités à certains points d’entrée de la ville (à 0’30).

Un témoin cité par NTDT indiquait ainsi que la municipalité contrôlait depuis plusieurs jours l’accès aux « quartiers résidentiels », avec des conditions d’accès particulièrement strictes – obligeant de fait les personnes dépourvues du sésame à dormir dans la rue, dans cette ville où travaillent de nombreux citoyens chinois venus d’autres régions. Et où des drones participent au filtrage des automobilistes souhaitant y entrer.