Lutte contre le « séparatisme islamiste » : Sans imams détachés, la France devra trouver une autre solution, dit le CFCM

RELIGION Emmanuel Macron a fait diverses annonces mardi pour lutter contre le « séparatisme » islamiste

20 Minutes avec AFP

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Abdallah Zekri est le chef du Conseil français du culte musulman. (archives)
Abdallah Zekri est le chef du Conseil français du culte musulman. (archives) — MATTHIEU ALEXANDRE / AFP

Si la France veut supprimer le système des « imams détachés » venus de l’étranger, elle devra « trouver une solution » pour éviter de laisser ses mosquées « à la merci d’intégristes », a souligné ce mercredi le délégué général du Centre français du culte musulman (CFCM). La veille, lors d’un déplacement consacré au « séparatisme islamiste », Emmanuel Macron avait annoncé que la France allait mettre fin à l’accueil des quelque 300 imams envoyés en France par divers pays ( Maroc, Turquie, Algérie…) et augmenter en parallèle le nombre d’imams formés en France.

Elle compte le faire d’ici à 2024, a précisé mercredi matin le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. « Je ne sais pas si c’est faisable ou pas », a indiqué le délégué général du CFCM, Abdallah Zekri. « Ça peut marcher, mais il faudra former d’autres imams. »

« Les imams détachés n’ont jamais posé de problème »

Sans s’opposer au projet du gouvernement, Abdallah Zekri souligne que le système du détachement a un avantage non négligeable : les imams, qui restent plusieurs années, viennent par le biais de conventions bilatérales, sont connus, et leurs discours sont suivis par les autorités françaises. Ces 250 à 300 imams – quelque 70 d’Algérie, 50 du Maroc et 120-130 de Turquie – s’ajoutent en France à 600 autres employés, eux, directement par des mosquées, souligne-t-il.

Ces détachés « n’ont jamais posé de problème : pas un n’est fiché S (pour radicalisation), n’a commis un acte terroriste, ou n’a fait des discours » extrémistes ou antirépublicains, dit-il. « Or, s’ils partent sans être remplacés, ça peut poser des problèmes. Il faut trouver une autre solution pour ne pas laisser ces mosquées vivre sans imam et, surtout, livrées à des imams autoproclamés dont on ne connaît ni la provenance, ni les discours. »

Près de 2.700 mosquées

Pour éviter cela, « il faut former en France davantage d’imams connaissant les lois de la République, la laïcité, etc. » et augmenter le nombre de centres de formation, martèle Abdallah Zekri. Il faudra également trouver des ressources pour payer les nouveaux imams, les détachés étant payés par leur pays d’origine, « ce qui fait une économie appréciable pour les mosquées », dit-il. « Si l’Etat veut avoir des imams français républicains, il faut qu’il mette la main à la poche ».

La France compte au total 2.500 à 2.700 mosquées et dans celles qui n’ont pas d’imam, « les prières sont assurées par des fidèles volontaires qui connaissent le Coran », précise enfin Abdallah Zekri.