Les saisonniers des stations de ski en piste contre la précarité

MOUVEMENT SOCIAL Des Alpes aux Pyrénées, une cinquantaine d'actions ont été recensées par la CGT, à l'origine de cette mobilisation avec FO

20 Minutes avec AFP

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Illustration de stations de skis au pied du massif du Mont-Blanc. Ici, celle de Saint-Gervais.
Illustration de stations de skis au pied du massif du Mont-Blanc. Ici, celle de Saint-Gervais. — Caroline Girardon/20 Minutes

Tractage, chants au pied des télésièges, fermeture partielle des domaines : les saisonniers des remontées mécaniques ont choisi ce jour symbolique de grand chassé-croisé sur les routes des stations pour exprimer leurs inquiétudes face à la réforme de l'assurance-chômage.

Partout en France, des Alpes aux Pyrénées, une cinquantaine d’actions ont été recensées par la CGT, à l’origine de cette mobilisation avec FO.

Nouveau mode de calcul de l’indemnité

Opération tractage à Moûtiers en Savoie ou aux Deux-Alpes (Isère) avec à chaque fois quelque 200 saisonniers mobilisés. A Serre-Chevalier, ils ont chanté en bas des pistes. Dans les Hautes-Pyrénées, un rassemblement était prévu devant la préfecture où les participants vont déposer leur outil de travail, à savoir skis et chaussures.

Ce qui les inquiète ? Les répercussions du nouveau mode de calcul de l’indemnité qui entre en vigueur au 1er avril. « On va être encore plus précarisés avec ces réformes. Faudra six mois au lieu de quatre pour prétendre à une allocation-chômage », estime Christophe Dupuis, qui travaille à La Plagne comme pisteur-secouriste l’hiver et maître-nageur l’été.

« Cette réforme est très lourde pour nous. (…) Des saisons de six mois ça n’existe pas, d’autant que les saisons d’hiver ont plutôt tendance à raccourcir qu’à rallonger », insiste Maud Goret, saisonnière et délégué CGT à Font-Romeu-Pyrénées où la moitié des effectifs est en grève.

Enneigement extrêmement faible et réchauffement climatique

Dans le Massif central, les saisonniers ont voulu marquer le coup mais plus discrètement dans un contexte d'enneigement extrêment faible et sur fond de réchauffement climatique. Comme au Lioran (Cantal) où seules 13 pistes sur 44 sont ouvertes en plein cœur de la saison d’hiver.

« On porte des panneaux autour du cou "saisonnier en voie d’extinction" », raconte Stéphanie Tantot, qui vend les forfaits aux caisses et craint de voir son indemnité chômage baisser de moitié. La réforme vise à mettre fin à une situation actuellement plus favorable, pour la même quantité de travail, aux personnes alternant contrats courts et inactivité (comme peut l’être un saisonnier) qu’à celles travaillant en continu.

Sans saisonnier, pas de station

« Le risque c’est qu’on ait une pénurie de ressource de contrats de travail et on sait l’impact que ça aurait sur l’économie des stations », insiste Fabrice Michaud, secrétaire général de la Fédération des Transports de la CGT.

« Nous avons un enjeu à pérenniser ce statut de saisonnier qui est intrinsèquement lié à notre activité et sans lequel ça ne fonctionnera plus pour nous non plus », en tant que direction, confirme Blandine Vernardet, directrice du Grand Tourmalet, l’une des plus importantes stations des Pyrénées françaises. Dans sa station, les 2/3 du personnel est absent ce samedi. Résultat : 40 % seulement du domaine est ouvert, contre 85 % en ce moment.

Une mobilisation de grande ampleur

A Moûtiers, porte d’entrée vers la vallée de la Tarentaise et ses célèbres stations des Arcs ou de Val Thorens, quelque 200 manifestants ont filtré le trafic ce samedi matin avant d’aller à la rencontre des touristes arrivant par le train. « Bienvenus les touristes, et vive les saisonniers », criait un pisteur devant la gare.

« On veut informer et être visibles. On ne veut pas emmerder les touristes, ce sont eux qui nous apportent du boulot », assure Antoine Fatiga de la CGT remontées mécaniques alors que les vacanciers devaient déjà faire face aux bouchons, en ce samedi classé rouge localement dans le sens des départs. Il a rarement vu une telle mobilisation partout en France sur une seule action.

Le ministère du Travail​ doit présenter la semaine prochaine « un plan d’accompagnement » pour les saisonniers des remontées mécaniques conscient de la spécificité de la montagne « où il n’y a, dans certaines vallées, simplement pas d’emplois au printemps ou à l’automne ». Selon la Dares, le service de statistiques du ministère du Travail, plus d’un million de personnes ont été en contrat saisonnier (en moyenne de deux mois) entre avril 2018 et mars 2019. Près de la moitié des saisonniers exercent leur activité dans les secteurs de la restauration, de l’hébergement et des loisirs, principalement sur les lieux de vacances.