Réforme du bac : Des policiers cagoulés ont-ils contraint des lycéens parisiens à passer les épreuves de contrôle continu ?

FAKE OFF De nombreuses personnes ont dénoncé sur Twitter, photos et vidéos à l’appui, l’intervention des forces de l’ordre ce jeudi au lycée Hélène Boucher, dans le 20e arrondissement de la capitale

Marie De Fournas

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Un policier en cagoule lors d'une manifestation à Toulouse le 11 janvier (illustration)
Un policier en cagoule lors d'une manifestation à Toulouse le 11 janvier (illustration) — Pascal PAVANI / AFP
  • La vidéo d’un policier interventant dans un lycée, bombe lacrymogène à la main, a suscité beaucoup d’indignation sur Twitter, laissant entendre que les forces de l’ordre encadraient la tenue des épreuves du bac.
  • La police est bien intervenue dans le lycée Hélène Boucher, à Paris, après des débordements, mais n’a pas contraint les élèves à composer les épreuves.
  • L’agent présent sur la vidéo, qui semble cagoulé, n’est pas reconnaissable.

Que fait ce policier cagoulé, bombe lacrymogène à la main, dans l’enceinte du lycée Hélène Boucher à Paris ? C’est la question posée par de nombreux internautes ce jeudi après la publication sur Twitter d'​une vidéo tournée dans cet établissement du 20e arrondissement. Sur les images, le fonctionnaire, dont on aperçoit que les yeux, fait le pied de grue dans le hall, devant une poignée d’élèves.

D’autres photos montrent la présence de policiers dans le hall ou aux portes du lycée. Dans des publications, plusieurs personnes affirment par ailleurs que les forces de l’ordre ont contraint les élèves à passer leurs épreuves d’E3C.

FAKE OFF

Ce jeudi matin, plusieurs lycéens ont protesté contre la tenue de ces nouvelles E3C, alors que celle de LV2 était en train de se dérouler. « Nous avons tout d’abord fait un sit-in devant le lycée, nous étions approximativement une cinquantaine d’élèves de première, cela s’est fait dans un calme absolu », assure un lycéen contacté par 20 Minutes.

« Sur le coup des 9 heures, mes camarades et moi sommes rentrés dans le lycée et avons décidé de faire un sit-in dans l’escalier principal », poursuit l’adolescent. Vers 9 heures 30, le calme est rompu et les élèves décident de se rendre dans les classes et les couloirs. Des fumigènes et des pétards sont lancés, une vitre est cassée, admet le lycéen.

De son côté, le rectorat de Paris, contacté par 20 Minutes, évoque un « risque de mouvements de foule et d’accidents ». Il affirme que le groupe d’élèves a mis un véritable « chaos dans les couloirs et les cages d’escalier » et que l’élève auteur du bris de vitre a été blessé. « Certains professeurs qui surveillaient dans les salles où tentaient de se dérouler les épreuves ont eu si peur qu’ils se sont mis en position de "défense intrusion". C’est pour faire face à ce danger non maîtrisable par le personnel que la proviseure a fait appel à la police », nous assure la communication de l’académie de Paris, ajoutant qu’une plainte a été déposée.

Evacuation dans le calme et épreuves annulées

Une fois sur place, une dizaine de policiers ont alors fait sortir les élèves des parties communes du lycée. « Nous avons bien évidemment évacué l’établissement dans le calme, rapporte le lycéen. Il n’y a pas eu de débordement. » Les forces de l’ordre ne les ont donc pas contraints à passer les E3C. D’ailleurs les contrôles de LV2 ont bien eu lieu, avec seulement « la moitié des élèves », indique le rectorat. Les épreuves d’histoire-géographie prévues l’après-midi ont été annulées.

Des policiers ont donc bien pénétré à l’intérieur de l’établissement, notamment dans le hall et la cour. Ils se sont également postés à l’entrée, comme le montrent diverses photographies.

Des policiers présents dans le hall du lycée Hélène Boucher à Paris le 6 février 2020
Des policiers présents dans le hall du lycée Hélène Boucher à Paris le 6 février 2020 - Un élève du lycée

Parmi ces policiers, certains avaient dissimulé leur visage. Celui dont la vidéo a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux apparaît également sur une photographie prise à l’extérieur. L’image, plus nette, montre qu’il ne porte pas une cagoule, mais un bonnet vissé très bas sur le front et un cache-col remonté jusqu’aux paupières, d’où la confusion. Un camouflage qui ne le rend pas reconnaissable, d’autant qu’il ne semble pas non plus porter son numéro d’identification Rio.

L’élève interrogé nous rapporte qu’il n’y a eu aucun acte violent, mais déplore cette situation. « La présence de ces policiers armés dans l’établissement était assez oppressante, il n’est pas normal que les forces de l’ordre viennent à se retrouver dans un établissement scolaire et leur présence est quasiment systématique lors des blocus », lance-t-il.

Une autre lycéenne nous indique, photo à l’appui, que des médiateurs « qui ressemblaient à des vigiles » se trouvaient dès le matin dans les couloirs pour les « surveiller ». Les élèves avaient été prévenus de leur présence par la directrice de l’établissement la veille. Le message que 20 Minutes a pu consulter indique qu’une « équipe mobile de médiateurs a été mise à la disposition de l’établissement par la région Ile-de-France […] propriétaire des bâtiments et à ce titre concernée par la sécurité des locaux et de celle des élèves et personnels qui y travaillent ».

Un médiateur mobile mis à disposition par la Région Ile de France dans le couloir du lycée Hélène Boucher à Paris le 06 février 2020
Un médiateur mobile mis à disposition par la Région Ile de France dans le couloir du lycée Hélène Boucher à Paris le 06 février 2020 - Un élève du lycée

Contactée, la Préfecture de police de Paris n’avait pas donné suite à 20 Minutes au moment de la publication de notre article.

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