Affaire Barbarin : « Cette affaire me collera toujours au visage », déplore le cardinal relaxé en appel

REACTION L’archevêque de Lyon s’est exprimé publiquement pour la première fois depuis la fin de son procès

C.G. avec AFP

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Le cardinal Babarin s'est exprimé pour la première fois depuis sa relaxe le 30 janvier par la cour d'appel de Lyon.
Le cardinal Babarin s'est exprimé pour la première fois depuis sa relaxe le 30 janvier par la cour d'appel de Lyon. — L.Cipriani / Sipa

Le cardinal Philippe Barbarin, relaxé la semaine dernière à l’issue de son procès pour non-dénonciation des abus sexuels du prêtre Preynat, a confié au Point que cette affaire l’avait « changé », mais qu’elle resterait « toujours collée » à son « visage ».

« Cette affaire restera attachée à mon nom. Je resterai celui qui n’a pas dénoncé des actes odieux », a regretté le prélat dans un entretien publié ce mercredi soir, moins d’une semaine après la relaxe prononcée par la cour d’appel de Lyon qui l’a, dit-il, « réconforté ».

Nouvelle demande de démission auprès du Pape

L’archevêque de Lyon a annoncé à l’issue de son procès qu'il allait de nouveau remettre sa démission au pape pour « tourner la page » de cette affaire symbole des défaillances de l’Église face à la pédocriminalité dans ses rangs. Le pape a indiqué qu’il s’accorderait un délai de réflexion pour statuer.

Avec le recul, Philippe Barbarin estime que ces dernières années l’ont « changé ». « Des victimes sont venues vers moi de partout, et m’ont aidé à comprendre la gravité et la persistance de cette blessure si profonde qui a bouleversé leur vie », assure-t-il.

« Je regrette de ne pas avoir approfondi l’investigation avec Preynat »

En mars dernier, le tribunal correctionnel avait condamné le prélat de 69 ans à six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé à la justice les agressions sexuelles commises par un curé de son diocèse, Bernard Preynat, sur de jeunes scouts entre 1971 et 1991.

Comme à son procès, le cardinal répète qu’il ignorait les agissements du prêtre avant de rencontrer une victime en 2014. « Ce n’est qu’à la fin de l’année 2014 (…) que je prends conscience, brutalement, de la réalité des actes commis, de ce qu’ils signifiaient concrètement, de la souffrance des victimes (…) Je me rends compte que je n’ai pas pris les bonnes mesures », explique-t-il.

« Je regrette de ne pas avoir approfondi l’investigation avec Preynat (…) Le scandale a énormément grossi car nous avons trop attendu. Je n’ai jamais voulu ni pensé cacher quoi que ce soit. Apprenant des agressions, je ne me suis jamais dit : "Pourvu que cela ne se sache pas" », poursuit le Primat des Gaules.

Un départ vers Madagascar ?

Interrogé sur son sentiment de réhabilitation, Philippe Barbarin explique : « J’ai été déclaré non coupable. Je suis d’abord citoyen français, et en ce sens, oui, c’est une réhabilitation. Après, c’est l’opinion publique qui décide ».

Quand à son avenir après Lyon, le cardinal s’en remet au souverain pontife. « Je rendrai service ailleurs, où l’on me demandera, dans un sanctuaire pour accueillir des pèlerins, en prêchant des retraites, peut-être en donnant de nouveau quelques cours à Madagascar, ce pays que j’aime tant. J’attends la décision du pape ».