VIDEO. Var : Les murs en pierres sèches, des constructions ancestrales classées au patrimoine mondiale de l'Unesco

REPORTAGE La chambre d’agriculture du Var organise des journées de formation sur la fabrication de murs en pierres sèches, un savoir-faire classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2018

Adrien Max

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Le mur en pierre sèches réalisé au cours d'une formation dans le Var.
Le mur en pierre sèches réalisé au cours d'une formation dans le Var. — Adrien Max / 20 Minutes
  • La chambre d’agriculture du Var organise des journées de formations sur la fabrication et l’entretien de mur en pierres sèches auprès des vignerons de l’AOC Bandol, dans le Var.
  • Des travaux scientifiques ont permis de faire classer ce savoir-faire ancestral au patrimoine immatériel de l’Unesco.
  • Les murs en pierres sèches jouent toujours aujourd’hui un rôle essentiel dans l’aménagement du territoire et la gestion de l’eau.

Le soleil cogne sur les collines varoises autant que les vignerons frappent sur leurs pierres. Ils sont une petite dizaine à appliquer attentivement les savoir-faire de leurs deux formateurs, sur les murs en pierres sèches – des murs bâtis sans liant, sans ciment, et sans ferraillage – sur cette parcelle de vignes en restanques du domaine Bunan, un domaine de l’AOC Bandol, dans le Var.

Philippe Bunan, un jeune vigneron, a souhaité organiser quelques jours de formation à destination des vignerons de l’AOC sur la construction et la rénovation de mur en pierres sèches. Ce savoir-faire ancestral a façonné le paysage varois à travers l’agriculture, il est depuis novembre 2018 inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco alors qu’aujourd’hui les restanques servent essentiellement à la culture de la vigne, et des olives.

« Beaucoup de vignerons étaient intéressés pas ce savoir-faire lors d’une conférence. Je me suis rapproché de la chambre d’agriculture pour organiser une formation sur ce savoir qui se perd. Je souhaite que ce patrimoine se perpétue, et il y a un réel besoin de rénover les restanques car beaucoup s’écroulent », explique Philippe Bunan.

La complexité d’un mur en pierres sèches

En ce mercredi matin ensoleillé, la petite dizaine de vignerons et d’ouvriers agricoles aidés de leurs deux formateurs, Olivier Lenormand et Albert Porri, s’affairent à tailler les pierres de couronnement, celles qui viennent tout en haut du mur. Mais il a fallu passer par bien d’autres étapes. « Il faut suivre trois maîtres mots : un maximum de contact entre les pierres pour qu’elles soient bien calées ; des croisements entre les joints, et des croisements en 3D, c’est-à-dire à la fois en hauteur et dans la profondeur du mur », détaille Olivier Lenormand.

Si l’esthétique du mur s’observe de face, il ne faut pas oublier qu’un mur en pierre sèche est profond. « Derrière les pierres de parement se trouvent les pierres de remplissage, mais surtout les pierres de drainage car les murs en pierres sèches sont de formidables outils de la gestion de l’eau », explique Albert Porri.

Les murs en pierres sèchent sont assez large pour soutenir le sol.
Les murs en pierres sèchent sont assez large pour soutenir le sol. - Adrien Max / 20 Minutes

De formidables outils de gestion de l’eau, dans un département qui a connu de très violentes inondations ces derniers mois, alors que les sols sont hyperimperméabilisés avec l’urbanisation. « Les restanques permettent de freiner l’écoulement de l’eau, qui s’évacue au fur et à mesure par le mur en pierres sèches à travers les pierres de drainage. Les murs en pierres sèches permettent également de conserver de l’humidité en profondeur pour les végétaux qui poussent sur les restanques », ajoute le spécialiste.

L’apport scientifique

Des applications contemporaines alors que le savoir-faire des murs en pierre sèches a bien failli disparaître. « Beaucoup d’hommes sont morts pendant la Première Guerre mondiale, il y a eu un véritable manque de main-d’œuvre pour construire et entretenir ces murs. Ce fut également le cas pendant la Seconde Guerre mondiale, et l’apparition de la mécanisation et la culture sur des terrains toujours plus grand a eu un fort impact sur ce savoir-faire. C’est Claire Cornu, une architecte et urbaniste qui a reféderé des gens autour de la construction en pierres sèches. Grâce à cela l’école nationale des travaux publics de l’Etat s’est intéressée à la modélisation de ces murs. Une thèse a été publiée à ce sujet, Le guide des bonnes pratiques des constructions de soutènement en pierre sèche », relate Albert Porri.

C'est la pierre de couronnement qui vient terminer le mur en pierre sèches dans sa hauteur.
C'est la pierre de couronnement qui vient terminer le mur en pierre sèches dans sa hauteur. - Adrien Max / 20 Minutes

Un guide devenu la bible des professionnels du secteur. « Il y a plusieurs paramètres à prendre en compte, la nature du sol, la hauteur du mur, la nature de la pierre et le fruit, c’est-à-dire son inclinaison car un mur en pierre sèche est toujours incliné pour soutenir le terrain. Grace à un abaque, cette modélisation, on obtient la profondeur nécessaire du mur. Si elle n’est pas suffisante, alors il s’écroulera », tente de vulgariser Albert Porri.

Et c’est ainsi, grâce à tout ce travail scientifique et la volonté de quelques personnes, que le savoir-faire de bâtir un mur en pierres sèches a été inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco en 2018. Un savoir-faire qui a su faire ses preuves au cours du temps. « Le soutènement de la vielle route du Faron à Toulon a été fabriqué en 1850 avec des pierres sèches. Lorsque les chars de 35 tonnes l’ont emprunté pendant la Seconde Guerre mondiale, elle n’a pas bougé », en sourit Albert Porri.