Mutation de professeurs pédophiles en Outre-mer : Des députés ultramarins réclament une enquête après les propos de Ségolène Royal

PEDOPHILIE Des députés ultramarins demandent l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire pour faire la lumière sur des propos tenus par Ségolène Royal, début janvier

Julie Bossart
— 
Ségolène Royal est au cœur d'une nouvelle polémique, qui concerne les Outre-mer cette fois-ci.
Ségolène Royal est au cœur d'une nouvelle polémique, qui concerne les Outre-mer cette fois-ci. — A. Robert
  • Début janvier, Ségolène Royal a dénoncé « la mutation discrète » des enseignants pédophiles « si possible dans les Outre-mer », lorsqu’elle était ministre de l’Enseignement (1997-2000).
  • Les propos de l’ex-ministre socialiste ont provoqué une vague d’indignation dans les territoires ultramarins, qui exigent des explications du gouvernement.
  • Mercredi, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer a assuré qu’il n’y avait « aucun élément probant » permettant de corroborer de telles déclarations.

Ségolène Royal n’en finit pas de faire parler d’elle, en ce début d’année. Après avoir été démise de ses fonctions d’ambassadrice des pôles pour manquement à son devoir de réserve et vivement critiquée pour sa prise de position dans l’affaire Mila, l’ex-ministre socialiste est au cœur d’une nouvelle polémique impliquant les départements d' Outre-mer et le monde de l' enseignement.

En cause, une bombe lâchée le 3 janvier dernier dans l’émission Bourdin Direct, sur BFMTV-RMC. Invitée à réagir sur l’affaire Gabriel Matzneff, Ségolène Royal en a profité pour critiquer le traitement des cas de pédophilie dans l’enseignement. « Quand j’étais ministre de l’Education [elle a été déléguée à l’Enseignement scolaire de juin 1997 à mars 2000] (…), j’ai fait les premières instructions contre la pédophilie dans le milieu scolaire. C’était tabou, avant, on mutait discrètement les pédophiles, si possible dans les Outre-mer, comme ça, c’était loin, on n’en entendait plus parler. La première instruction a dit : "vous avez une obligation de signalement lorsqu’il y a des abus sexuels". Cela a été très difficile. J’ai même subi un certain nombre de menaces. J’ai vu la chape de plomb », a révélé l’ex-candidate à la présidentielle, à deux minutes de la fin de l’interview. « Quand il y avait des suicides d’enfants, personne n’en parlait et, quand un pédophile était identifié, et qu’il mettait fin à ses jours, là, ça faisait un scandale (…). Il est temps de dire les choses et les mots justes sur les faits : la pédophilie est un crime et, à 14 ans, on est une enfant et on n’est pas consentante », a-t-elle ajouté.

Vers un scandale d’Etat ?

Des propos qui ont suscité une vague d’indignation dans les territoires d’Outre-mer, qui exigent des explications au gouvernement. Dans une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron, l’Association des maires de Guyane demande au président de s’adresser « à [ses] compatriotes des Outre-mer pour les rassurer quant aux vérifications judiciaires inhérentes aux professions en contact avec notre jeunesse », ainsi qu’aux « enseignants qui pourraient être injustement soupçonnés ».

La déclaration de Ségolène Royal « nourrit davantage, si faire se peut, chez les Français d’Outre-mer, le sentiment d’appartenir à une autre France. Un sentiment qui ne repose plus seulement sur l’éloignement géographique et le retard structurel mais aussi, en l’espèce, de réceptacle aux déviants sexuels dont l’Hexagone chercherait à se débarrasser », écrit l’organisation.

En Guadeloupe, le syndicat UGTG (Union générale des travailleurs de Guadeloupe) est également monté au créneau, en interpellant Mostafa Fourar, le recteur de l’académie du département, pour avoir des précisions sur ces « faits d’une extrême gravité ».

« Tout ceci n’a pas de fondement », affirme Blanquer

Mardi, le député guyanais Gabriel Serville (GDR) a profité des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale pour interroger le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer sur cette affaire. « Nous, parents, enfants et professeurs des Outre-mer, voulons savoir. Si ces propos étaient confirmés, nous serions face à un véritable scandale d’Etat, scandale qui témoignerait, une fois de plus, le peu de considération manifesté à l’égard des Outre-mer par certains de nos dirigeants », a insisté le député, par ailleurs proviseur.

« Je pense que tout ceci n’a pas de fondement », lui a répondu Jean-Michel Blanquer, ajoutant « comprendre l’émotion » suscitée par les affirmations de l’ex-ministre, mais précisant ne pas être « comptable des propos de madame Royal ». Pas de quoi satisfaire Gabriel Serville.

Demande d’une enquête parlementaire

« Loin d’être rassurant, le ministre s’est contenté de botter en touche (…) », a déploré Gabriel Serville, dans un communiqué diffusé mardi soir. D’où son intention, avec son groupe, de « déposer une demande de commission d’enquête parlementaire afin de faire toute la lumière sur ces affirmations et de s’assurer de la pleine sécurité des 700.000 élèves ultramarins. » Un souhait partagé par les députées réunionnaises, Ericka Bareigts, Nathalie Bassire et Huguette Bello, qui ont écrit en ce sens à Olivier Serva, président de la Délégation aux Outre-mer de l’Assemblée nationale. « Ces révélations publiques (…) laissent apparaître des comportements voire un système que les plus hautes autorités de l’Etat auraient pu inciter, cautionner ou laisser perdurer (…), dénoncent-elles. Les faits que rapporte madame Royal sont graves. » Et de demander son audition, ainsi que celle de Jean-Michel Blanquer afin d’obtenir des précisions et, le cas échéant, la constitution d’une enquête parlementaire sur ce sujet.

Le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer a réaffirmé mercredi, lors des questions au gouvernement au Sénat qu’il n’y avait « aucun élément probant » permettant de corroborer les propos de l’ex-ministre socialiste. « J’ai des doutes très forts » et « il ne faut pas accorder de crédit excessif » à ce qu’a dit l’ancienne ambassadrice des pôles, a-t-il assuré, tout en se déclarant « tout à fait d’accord pour regarder ce qu’il en est ».

Ségolène Royal, elle, a fini dans l’après-midi par se fendre d’un tweet, renvoyant à sa page Facebook. Elle entend y « apporter des réponses à ses amis d’Outre-mer », et se montre moins affirmative qu’en janvier, parlant de « rumeurs ». A son arrivée au ministère de l’Education en 1997, « c’est précisément suite aux rumeurs de mutation discrète dans les Outre-mer, qui m’ont révoltée, mais aussi en milieu rural isolé, que j’ai mis en place un plan de lutte contre cette criminalité impunie », ajoute-t-elle.

L'ex-ministre de l'Environnement, Ségolène Royal, a fini par répondre sur Facebook à la polémique sur la mutation discrète des enseignants pédophiles en outre-mer.
L'ex-ministre de l'Environnement, Ségolène Royal, a fini par répondre sur Facebook à la polémique sur la mutation discrète des enseignants pédophiles en outre-mer. - Facebook

Dans son post, Ségolène Royal met aussi en ligne la circulaire du 26 août 1997, « clarification de la conduite à tenir avec les recteurs, distribution dans toutes les écoles à tous les élèves du petit guide : mon corps c’est mon corps, j’ai le droit de dire non ». « Mon témoignage explique à quel point le ministère dont j’avais la charge a mis fin à des pratiques inqualifiables révoltantes, insiste-t-elle. Mes successeurs, quelle que soit leur étiquette politique, ont eu à cœur de continuer cette action et de rester très vigilants. »

« Elle n’a que ça pour exister ? »

Contacté par 20 Minutes, le ministère de l’Education nationale n’a pas souhaité ajouter quoi que ce soit aux deux prises de parole de Jean-Michel Blanquer. Sous couvert d'anonymat, une source rappelle que « ce n’est pas la première fois que Ségolène Royal fait des déclarations tonitruantes. Souvenez-vous, lorsqu’elle était ministre déléguée à la Famille et à l’Enfance, elle avait trouvé scandaleux que les enseignants ne remarquent pas les grossesses des adolescentes. Alors que l’on sait que le déni de grossesse existe. »

Au ministère des Outre-Mer, on ne souhaite pas commenter tant que la locataire de la rue Oudinot, Annick Girardin, n'est pas rentrée de son voyage en Polynésie. Une source glisse tout de même : « On ne sait vraiment pas d’où elle [Ségolène Royal] sort ça. Elle n’a que ça pour exister ? ».