Coronavirus : A Carry-le-Rouet, des habitants inquiets pour leur santé, d’autres pour les oursinades

REPORTAGE La petite station des Bouches-du-Rhône se retrouve le feu sous les projecteurs, elle s’en serait bien passé…

Caroline Delabroy

— 

Le port de Carry-le-Rouet s'apprête ce week-end à accueillir ses premières oursinades.
Le port de Carry-le-Rouet s'apprête ce week-end à accueillir ses premières oursinades. — C. Delabroy / 20 Minutes
  • Le maire de Carry-le-Rouet a appris par les médias la mise en quarantaine, dans un centre de vacances de la commune, des premiers Français arrivant de Chine.
  • Les riverains s’inquiètent des chats errants et du ramassage des ordures.
  • Sur le port, on espère surtout qu’une psychose ne va pas s’installer à la veille des oursinades, rendez-vous qui fait doubler la population de cette station balnéaire en un week-end.

De notre envoyée spéciale

Ça bout à l’intérieur de l’hôtel de ville de Carry-le-Rouet, petite station balnéaire près de Marseille, où 200 premiers Français sont attendus ce vendredi en provenance de Chine pour fuir le coronavirus. Marina ne décolère pas. Elle habite l’allée du centre de vacances Vacanciel qui va servir de lieu de quarantaine pendant les 14 prochains jours, avec vue sur la mer.

« Ils ne sont pas dans un endroit isolé, lance-t-elle. Les chats errants, les ordures ménagères, ils vont faire comment pour les enlever ? On n’a aucune donnée sur cette maladie. » Alain, un autre riverain du centre, a senti qu’il se passait quelque chose dès mercredi, quand il a vu des gendarmes en promenant son chien. Mais, comme le maire, il a appris la nouvelle par les médias jeudi soir seulement. « Les médecins qu’on entend sur les chaînes d’infos disent que des choses contradictoires, s’inquiète-t-il. Et ici, c’est surtout un village de personnes âgées. »

Une réunion avec la population organisée à la hâte

Au premier étage, le maire Jean Montagnac dit encore sa colère de ne pas n’avoir pas été informé en amont par le préfet. Lui aussi a appris la nouvelle par les médias. « On aurait pu prévenir la population et éviter cet effet de panique », avance-t-il. L’édile cherche à sortir de l’effet de surprise et rassurer les habitants… et les nombreux visiteurs attendus les prochains week-ends pour les fameuses oursinades : « Je veux leur dire : n’ayez crainte. Ces Français sont confinés, surveillés, ils sont loin du centre-ville. »

Un appel interrompt l’échange avec les journalistes : c’est la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui annonce qu’elle va venir dans l’après-midi sur place visiter le site de vacances. Il est décidé d’organiser à la hâte une réunion dans une salle municipale avec les médecins de l’Agence régionale de santé, « pour rassurer la population. » « C’est une bonne chose, j’attends des médecins qu’ils leur expliquent la situation, qu’ils rassurent les gens, commente le maire. J’espère que les gens vont les croire. Leur inquiétude n’est pas illégitime à partir du moment où tout n’a pas été clair. »

Sur le port, l’ambiance est ensoleillée et tranquille. Une dame passe bien avec un masque, mais les réactions sont surtout amusées. René, 83 ans, va acheter son poisson du jour. « Inquiet ? Non, je ne le suis pas ! On en est train de nous enfariner avec ces histoires, pendant ce temps-là on ne parle plus des problèmes sociaux, des vrais sujets. » « Pour l’image de Carry, ce n’est pas bon », ajoute-t-il quand même, avec en arrière-plan l’image carte postale du petit port.

« C’est pas ça qui va nous faire peur ! »

« Ils sont confinés non ?, ajoute Serge, pêcheur à Carry. De toute façon, le virus, s’il doit arriver, qu’il passe par ici ou par là… J’espère que cela ne va pas créer un effet psychose, que les gens ne vont pas avoir peur de venir. Les oursinades, on passe de 7000 à 14.000 personnes ! ». « Ils sont en quarantaine, ils ne peuvent voir personne, c’est pas ça qui va nous faire peur », lance un passant à un cafetier, ravi du beau temps qui s’annonce pour le week-end : « C’est bon pour les affaires. » « Je ne comprends pas pourquoi ils les mettent là, ils ont qu’à les mettre à Brégançon », s’étonne une cliente. Une autre habitante proposera une autre destination : « L’Elysée, c’est grand non ? ».

A la pharmacie du centre, c’est un défilé ininterrompu d’ordonnances tout ce qu’il y a de plus classique. « Ce matin, c’est tranquille », confie Christelle Argellier, la pharmacienne. Hier au soir, ses clients les plus anxieux ont appelé, ou sont passés. « J’aurais voulu avoir une conduite à tenir, ou un discours à divulguer », regrette-t-elle. Alors, elle est allée chercher seule l’information. « On laisse les gens livrés à eux-mêmes, du coup la peur prend le dessus sur la raison. Mais le vrai risque auxquels ils sont exposés aujourd’hui, c’est la grippe. » Faute de stock disponible, elle n’a pu commander de masques supplémentaires. Alors elle ne les vend qu’à l’unité, et les réserve aux malades de la grippe. « Je veux pouvoir en avoir pour une maman grippée qui voudrait protéger son bébé. »