Nantes : « Les coups de couteau, c’est quotidien », s’alarment des professionnels de la nuit

SECURITE Ce mercredi après midi, au moins 200 professionnels de la nuit se sont réunis place Royale à Nantes pour dénoncer « la montée de l’insécurité »

Julie Urbach

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Rassemblement de commerçants et professionnels de la nuit nantais, mercredi 29 janvier 2020.
Rassemblement de commerçants et professionnels de la nuit nantais, mercredi 29 janvier 2020. — J.Urbach/20Minutes
  • Un responsable de bar, un agent de sécurité et un barman ont organisé un rassemblement, ce mercredi après-midi en centre-ville de Nantes.
  • Comme eux, de nombreux professionnels de la nuit sont venus témoigner d'une hausse des agressions.

Ils assurent n'appartenir à aucun parti politique ou syndicat, mais ont eu le besoin de prendre la parole publiquement. Ce mercredi après-midi, place Royale, trois professionnels de la nuit organisaient un rassemblement contre « l’insécurité croissante » à Nantes. Si elle n'est pas forcément représentative de l'ensemble de la population, une foule d’au moins 200 barmans, restaurateurs ou employés de discothèque ont spontanément répondu à leur appel, lancé quelques jours plus tôt sur les réseaux sociaux. « Depuis trois mois, c’est dramatique, estime Guillaume, l’un des organisateurs, agent de sécurité. Les coups de couteau, c’est quotidien. »

Pendant de longues minutes, devant la fontaine, les témoignages se succèdent au micro. Visiblement émue, Romane raconte. « Je me suis déjà pris plusieurs patates à Commerce en rentrant chez moi vers 2h30, après le service, témoigne la jeune serveuse. Je ne me déplace plus sans ma lacrymo et avec mon autre main, je tiens mes clés,  pour me défendre au cas où. » « J’ai trois enfants et j’ai la trouille quand ils sortent le soir, confie Benoît, 64 ans. L'un des mes fils s’est déjà fait agresser trois fois en ville, pour son portable… On sent une pression négative, et une situation qui se dégrade. »

Page Facebook privée

Alors que la maire de Nantes a récemment reconnu une hausse de l’insécurité durant le mandat, sans avancer de chiffres pour autant, les organisateurs de ce rassemblement parlent d’actes plus fréquents mais aussi plus violents. « Avant, il s’agissait d’incivilités mais désormais, ce sont des agressions au cutter, au tesson de bouteille…, estime Cyril, responsable de bar. Une collègue s’est fait planter au couteau pendant sa pause cigarette, près de la gare. Les boulangers qui commencent tôt, les pharmacies qui ferment tard, les clients qui rentrent chez eux, tout le monde est concerné. L’un des problèmes est que les forces de l’ordre ne sont pas assez nombreuses. Et quand un agresseur est interpellé, il est relâché très vite. »

Si ces professionnels ont interpellé les institutions, et notamment la mairie, ils ont déjà commencé à s’organiser entre eux face à ce phénomène. Depuis quelques mois, ils communiquent sur une page Facebook privée, afin de s’alerter en temps réel des agressions et des descriptions physiques de leurs auteurs. Certains établissements, qui font appel à des agents de sécurité notamment le week-end, militent pour un dispositif qui rendrait possible leur intervention dans la rue, et pas uniquement à l’intérieur. Une autre idée, celle de s’associer avec des compagnies de taxi pour que les salariés rentrent en sécurité, est aussi à l’étude.

« Des bons moments aujourd’hui gâchés »

Soutenu par l’association des commerçants Plein Centre et des syndicats de la restauration et de l’hôtellerie, le collectif doit participer à une réunion avec mairie et préfecture, lundi prochain. « On veut arrêter de travailler dans l’angoisse et que nos clients retrouvent des bons moments aujourd’hui gâchés », lâche Charlo, barman depuis sept ans. En attendant, consigne a été donnée à toutes les victimes d’aller déposer plainte. Car selon ces professionnels, les statistiques seraient en dessous de ce qu’ils vivent au quotidien.